Publié par CRISTOL DENIS

« Une posture est la manifestation (physique ou symbolique) d’un état mental. Façonnée par nos croyances et orientée par nos intentions, elle exerce une influence directrice et dynamique sur nos actions, leur donnant sens et justification ». « Une posture professionnelle s’élabore au cœur d’une équation singulière entre des croyances et des intentions qui vont orienter l’action. Elle s’ancre essentiellement dans les facteurs personnels, mais résulte de leur interaction réciproque avec les facteurs comportementaux et environnementaux ». (Lameul, 2008 ) [1].

La posture de l’intervenant est un point important de la relation pédagogique. Il est même possible de dire que dans l’ensemble des interactions entre l’organisme de formation et le participant, c’est le moment où ce dernier peut se révéler comme un apprenant (actif, acteur, auteur) ou comme un stagiaire (conformation à un rôle attendu, souvent passif). L’individu en formation prend véritablement en charge son apprentissage ou au contraire attend qu’on lui apporte des éléments. Dans plus de 80% des situations, la situation pédagogique est encapsulée dans une salle de formation. Une fois la porte d’une salle de formation fermée derrière lui, l’intervenant a tout pouvoir pour guider les débats, se centrer sur le groupe, les contenus, ou les questions qui se posent. L’institution qui l’engage dispose de peu de moyens pour guider les discours ou les prises de position, encore moins de contrôler l’expression des valeurs et des croyances. L’intervenant et le groupe sont ensemble et créent un rapport au savoir. Soit l’intervenant capte l’attention et aspire les énergies vers son discours et son contenu propre, soit il cherche à mobiliser les participants et à les impliquer dans des activités pédagogiques. On parle alors de pédagogie active. Le style de l’animateur peut être celui :

  • d’un instructeur qui affirme des points clés ou des croyances,
  • d’un médiateur-animateur qui cherche à opérer des liaisons entre des connaissances présentes théoriques ou expérientielles et des individus,
  • d’un facilitateur qui se donne en projet de favoriser les émergences au sein du groupe, charge à ce dernier de construire son propre savoir.

La posture induit une guidance plus ou moins forte sur les objectifs, les contenus, les méthodes ou la façon de réguler. Elle doit s’adapter à chaque situation et à chaque public. Il y a autant de postures souhaitables que de situations. L’intervenant doit savoir se mettre en disposition d’agir au service de sa mission. Cette mise en disposition d’agir varie. Selon l’expérience de l’intervenant, sa maturité professionnelle, sa capacité à faire avec des prises de risques ou des émotions, il adoptera une « posture haute » (il sait, émet, contrôle, relance, encourage, évalue) ou une posture basse (il écoute, accueille, se tait, laisse de la place pour penser et agir). Ou il fera varier sa disposition..

Il y a des postures plus ou moins adaptées selon les situations, il n’y a pas de posture valable en toutes circonstances. Comme il est difficile d’imposer une posture à un intervenant, il convient pour un organisme de formation qui souhaite garantir des interventions de qualité, c’est-à-dire des interventions qui répondent à des attentes, d’exprimer ces attentes, de vérifier les intentions, de sonder les valeurs, les motivations profondes de l’intervenant, de vérifier s’il est en capacité de faire varier sa posture. Il s’agit donc de le questionner en détail sur une variété de situations pédagogiques prévues ou non, de vérifier s’il est en capacité de rebondir face à des impondérables, ou des participants différents de lui. La co-conception d’intervention, la co-animation, l’observation en intervention, sont des moyens privilégiés pour s’assurer de la posture de l’intervenant. C’est encore une manière de valider le respect d’une déontologie professionnelle (devoir de réserve, neutralité vis-à-vis des employeurs, capacité à poser un cadre d’apprentissage et à installer de la bienveillance). C’est enfin un moyen d’apprécier la consistance du travail de l’intervenant sur lui-même dans une perspective éthique : comment confronte-t-il son cadre d’action à celui de l’organisme de formation, de celui des collectivités et de celui des participants ?

Les enjeux de la posture d’intervention sont tels qu’il convient de se poser ces questions avant de confier un groupe à un intervenant. Il est enfin intéressant de noter que la posture de l’intervenant s’inscrit dans un projet pédagogique plus global porté par l’institution et qu’il s’agit d’être à minima en cohérence avec l’institution organisatrice au risque de troubler les messages et sens des apprentissages.

[1] Lameul, G. (2008). Les effets de l’usage des techniques d’information et de communication en formation d’enseignants, sur la construction des postures professionnelles Savoirs L’Harmattan n°17

La posture d'un intervenant dans un organisme de formation

Commenter cet article

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog