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Publié par CRISTOL DENIS

Lorsque l'on pense les transformations de la pédagogie liées au numérique on évoque les MOOC, la formation à distance, le e-learning, mais des transformations plus subtiles peuvent aussi être observées. Incidemment une décision de gestion peut engager une réforme des pratiques d'apprentissage dans une institution éducative. C'est par exemple le cas lorsqu'un organisme soucieux d'agir sur ses impacts sur l'environnement et d'économiser des frais de reprographie décide de limiter la production de support papier et de les mettre en ligne. Une décision de la sorte engage en fait des conséquences sur tous les équilibres pédagogiques.

Tout d'abord la relation aux intervenants est modifiée

La première question qui se pose est quid des droits de propriété intellectuelle? Il s'agit donc d'engager une réflexion sur le savoir sous un angle juridique. A qui appartient-il? Comment a-t-il été produit? Quelle est la part affectée de droits, de reproduction, d'édition, de citation et comment s'en affranchir ou payer ces droits? La forme des supports sera t-elle modifiée? Une charte graphique obligatoire sera t-elle mise en place? La place des intervenants et de leur activité sur les savoirs formalisés est donc réexaminée. C'est salutaire car cela peut conduire à de nombreuses découvertes sur le peu de travail de certains intervenants (copier-coller de journaux ou de manuels), ou la richesse d'autres apporteurs de connaissance. Faudra t-il les rétribuer plus? Comment faire évoluer le standard de production attendu pour une homogénéité de réponse?

Ensuite, la médiation au savoir est transformée

En intégrant des supports en ligne, sur des sites ou des LMS, le moyen d'accès au savoir est banalisé et placé en concurrence avec d'autres supports et sites. Un apprenant acceptera t-il de passer par un code contraignant quand il peut directement trouver une information présumée équivalente plus rapidement? Quel est le seuil de tolérance à l'attente et au cheminement obligatoire d'accès sur un site? N'est-il pas désormais entré dans une logique de folksonomie plutôt que de hiérarchisation d'un savoir contrôlé? Autrement dit va t-il accepté qu'on lui indique qu'il doit se plier à une organisation des informations a priori, quand son habitude massive est devenue la recherche libre, à partir de mots clés singuliers à partir d'un moteur de recherche ?

Par ailleurs l'importance d'un nouveau temps pédagogique est souligné

Mais, au delà de la concurrence des sources (de qualité et d'intention pédagogique plus ou moins affirmées), la question est que le moment d'accès aux informations est moins maitrisable. Le professeur en salle choisissait de façon opportuniste le tempo de sa remise de support. Il en va tout autrement lorsque le support est en ligne. S'il est remis avant, il suppose une explication de son usage. S'agit -il d'insérer le support dans une logique de classe inversée? De consolidation des prérequis avant d'aller en formation? Si oui les usages en vogue vont-ils dans le sens d'un travail préparatoire (dans les pays latins, j'en doute)? Si oui, ce travail va t-il isoler les apprenants, puisqu'ils découvrent le support seul? Ou un encouragement à une découverte collective va t-il être prodigué avec l'appui d'un réseau social autour du document? Si oui, ne déporte t-on pas un temps d'apprentissage en dehors des temps de formation? Auquel cas quelles seront les consignes qui vont en permettre l'efficience? Et les partenaires sociaux n'y verront -ils pas une manœuvre pour diminuer l'emprise du temps de formation sur le temps de travail? Une solution simple serait de ne remettre le support qu'après le cours, comme un vadémécum, mais sera t-il vraiment lu ensuite? Rien n'est moins sûr.

Enfin, les façons d'enseigner et d'apprendre sont appelés à se transformer

La mise en ligne de supports pédagogiques, va donc imposer une réflexion sur les usages pédagogiques d'un savoir matérialisé. Le formateur va devoir créer des consignes pour expliquer ce qu'il attend d'une telle mise en ligne. Il y sera obligé car sinon, un groupe se réunissant serait en désynchronisation, certains participants ayant pris connaissance des supports et d'autres non. Un tel écart de prérequis s'avérerait préjudiciable à la dynamique de groupe. La question de l'autoformation se pose alors de même que le rôle du formateur pour la promouvoir et l'envie et les capacités des apprenants pour s'y investir. Comment accompagner cette transformation du couple dans leur rapport croisé au savoir, cœur de la relation pédagogique? Mais plus encore la mise en ligne de support va immédiatement poser la question des possibilités du numérique. Rapidement la question ne sera pas de poster un support papier en ligne, l'idée d'apporter des hyperliens, d'associer des vidéos va venir spontanément, et la question du blended-learning va entrer par cette porte. Comment et que mettre en ligne en résonance avec ce qui va se produire en salle? Comment articuler média numérique et média en groupe?

Pour conclure : le numérique change les pratiques pédagogiques à des endroits où on ne l'attend pas

Toutes ces modifications peuvent être des impensés ou des découvertes au fur et à mesure du déploiement de la bonne idée de départ (moins de papier-moins de pollution), elles peuvent aussi s'inscrire dans un projet pédagogique construit avec les utilisateurs pour qu'ils mesurent l'impact de leur choix et anticipent les réactions de l'écosystème qu'ils modifient sans en avoir l'air, en réalité en profondeur. Pour couronner le tout, une telle modification peut être valorisée dans une offre de formation, par exemple un catalogue par une déclaration, dépassant les seuls impacts environnementaux et économiques du type :" désormais, on prend au pied de la lettre l'idée de l'apprenant acteur de sa formation et on facilite sa capacité de s'autoformer". Pour qu'une telle position tienne, il s'agira de s'assurer d'un accompagnement des usages tant du point de vue des formateurs sur le mode "comment jouer avec le décalage dans le temps de la transmission de savoir ?" " Comment prendre la mesure des possibilités numériques?" mais aussi des apprenants "comment leur donner des éléments, guides, outils d'aide à l'autoformation?" pour qu'ils se saisissent de leur environnement d'apprentissage, et pas seulement d'un paquet d'information à ingurgiter. Enfin, il reste à se souvenir que le meilleur support pédagogique est celui que l'on fabrique soi-même car étant actif pour le faire, la mémorisation est plus forte. Dans ce cas le support est conçu en salle selon des modalités participatives et actives sous la conduite d'un formateur moins dispensateur de leçon et plus guide dans les recherches de chacun.

Ainsi menée une dématérialisation des supports contribue à l'enrichissement des façons d'apprendre et d'enseigner et à un développement du pouvoir d'agir des individus. Ce qui est bon pour le vivre ensemble et la démocratie.

De la dématérialisation des supports pédagogiques à l'autoformation

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Michel Corcessin 14/03/2014 09:20

Cette problématique soulève de très nombreuses questions mais quid des réponses à court, moyen et éventuellement long terme.
L'auto apprentissage peut s'avérer très dangereux surtout via internet ou le meilleur côtoie très souvent le pire ou au mieux l'à peu près.

CRISTOL 15/03/2014 07:02

L'auto apprentissage nous sommes baigné de dans toute notre vie, c'est moins ça qui peut être un danger que le défaut de discernement qui conduit à prendre pour une vérité les balivernes que l'on peut trouver sur internet, le meilleur y côtoie le pire. Ce dont nous avons besoin c'est d'apprendre à apprendre pour qu'une donnée trouvée sur internet ou ailleurs prenne sens et soit qualifiée