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Publié par CRISTOL DENIS

La naissance du projet

D’ici 5 ans, il manquerait à l’Europe 700 000 informaticiens qualifiés. Selon les fondateurs de l’école, les écoles d’ingénieurs ne fournissent pas assez de compétences et les universités commencent à peine à créer des parcours très opérationnels. L’école 42 est née sur l’intuition de Xavier Niel le dirigeant de Free qu’il était nécessaire de former une nouvelle génération de codeurs, des personnes compétentes capables de gérer un SI complet. Le chef d’entreprise a recruté autour de lui une équipe pédagogique issue d’Epitech rodée à la pédagogie de l’autoformation, pour mettre en place un projet pédagogique hors norme. Il s’agissait de développer les meilleurs informaticiens détenant une double compétence technique et sociale. Le projet de conception d’une école originale s’est avéré un challenge architectural et pédagogique. L’école est organisée sur 3 grands plateaux de 300 ordinateurs. Il existe aussi un amphithéâtre d’une centaine de places utilisé très ponctuellement pour accueillir un conférencier. Il n’y a pas de place attribuée. Chacun se connecte à son compte du poste où il est.

Nouveau concept pour nouveaux profils

Pour repérer de nouveaux profils, Xavier Niel n’a pas hésité à bousculer les codes en vigueur. L’école 42[1] serait gratuite, ouverte 24 h/24 h 7j/7j. Y accéder ne nécessiterait aucun prérequis que la motivation à coder. Sur ces bases et un buzz savamment conclu par une conférence de presse en mars 2013, 20 000 candidatures ont été reçues par courriel 48 h après l’annonce. A partir d’un ensemble de jeux en ligne, de test et de quizz, c’est 7000 candidats qui ont été invités à se présenter à « l’épreuve de la piscine ». C’est en fait 3000 qui plancheront pendant un mois non-stop sur des exercices dont la difficulté ira crescendo, au rythme de 10 à 15 exercices par jour à rendre pour le lendemain à 23 h 42 au plus tard. L’investissement est de 60 à 80 h par semaine. Certains dorment même sur place. Seuls les plus motivés resteront, un tiers décidant de ne pas poursuivre ce rythme effréné, un tiers étant non retenu par l’école. Sur 900 postes disponibles, la première promotion comptera finalement 875 élus. Ces derniers ont entre 18 à 30, majoritairement 22 ans, sont plutôt des garçons (90%), 40% des étudiants sont parisiens et 60% viennent de toute la France. Certains étudiants sont d’anciens musiciens, d’autres étaient en BEP menuiserie, d’autres encore se sont lassés de la monotonie de cursus universitaires. C’est moins l’ascendance sociale qui prime que la résistance et la persévérance individuelle dans l’apprentissage.

La pédagogie mise en œuvre

Le principe d’un enchainement continu d’exercices et de projets initié lors de la piscine se poursuit sous la conduite d’un staff d’une quinzaine de personnes, dont le DG en personne. L’encadrement pédagogique est réduit au juste nécessaire 10 personnes. Son rôle est de « créer un chemin »,. Le staff anime l’intranet qui permet de déposer des vidéos, de lancer les projets, de fixer des dates de rendu. Les étudiants ont en permanence 2 à 4 projets à traiter simultanément par semaine. Il y a aussi deux gros projets par semestre, et enfin des « rushs en groupe », exercices qui consistent à résoudre en groupe imposé un projet en 48 h, comme par exemple la création d’un jeu de puissance 4 opposant un joueur à une intelligence artificielle. Les projets sont présentés aux étudiants forme de vidéos postées sur l’intranet.

Deux stages de 6 mois en entreprise sont prévus. Pour aider les étudiants un partenariat est en cours avec Monster pour faire des CV et les préparer à des entretiens d’embauche.

Ce qui caractérise l’école 42 c’est son absence de cours et de professeurs. En cela l’école 42 bouscule la place du professeur, de l’étudiant et du savoir désormais disponible n’importe où et n’importe quand. Elle valorise et soutient l’expérience personnelle. Le pilotage est réalisée par les systèmes d’information et l’intervention du staff qui dose les exercices et projets, poste des pointeurs vers des ressources en ligne, ou encourage les étudiants sur les forums, en particulier à créer leurs propres ressources. La pédagogie vise à développer la recherche et l’apprentissage par soi-même. Le staff apporte des idées, jamais de solutions toutes faites. C’est à chacun de construire ses propres hypothèses et de faire ses tests sur les programmes qu’il développe pour aller au but qu’ils se sont fixés.

L’évaluation entre pairs

Ce qui permet à une petite équipe d’encadrer un tel volume d’étudiants c’est l’apprentissage et la correction entre pair (peer-correcting). Les résultats d’une recherche menée à Harvard montrent toute la pertinence d’une évaluation entre pairs, mieux acceptée et tout aussi pertinente après une période de rodage qu’une évaluation réalisée par le seul professeur. C’est ainsi que chaque étudiant est conduit à corriger entre 5 à 10 autres étudiants. Si au début de l’apprentissage de l’évaluation entre pair il y avait de l’ordre de 5 points d’écart avec l’évaluation organisée par le staff, progressivement, cet écart se réduit à un demi-point ( les notes sont sur 20).

Le staff s’intéresse essentiellement au résultat. C’est le fonctionnement d’un programme plus que la façon d’y arriver qui compte. Il y a plusieurs façons d’aboutir au résultat, plusieurs algorithmes, plusieurs types de solutions. Elles sont toutes acceptables. Ce qui prépare à la diversité des besoins d’entreprises qui plus tard demanderont aussi des solutions sur mesure à leurs problèmes. C’est un apprentissage pour trouver à chaque instant sa propre voie.

La vie de l’école

La partie vie en communauté est réglée par les étudiants eux-mêmes. Par exemple, un étage a été décrété silencieux après 20 h. Le principe d’autogestion est poussé à son maximum. Si des travaux et des projets en groupe sont imposés. Il n’y a pas de vidéo ou ressources sur le sujet.

Il existe de nombreux temps informels à la machine à café. Des associations se sont organisées.

Ce qui prime c’est le sentiment de liberté. Même s’il existe des salles de jeux vidéo où e détendre, tout est fait pour capter le maximum d’attention vers l’activité de codage. Toute la décoration et l’ambiance renvoie à l’univers et l’ambiance des geeks, renforçant encore l’idée de participation à une même communauté de codeurs.

La motivation à apprendre

Les élèves sont autonomes. Ils doivent connaître leurs motivations. Si la piscine du recrutement a joué le rôle de filtre, il s’agit de persévérer dans l’apprentissage.

Les travaux imposés en groupe, les projets ponctuels avec des écoles de graphismes (ESAG) ou de commerce (HEC), soutiennent la dimension sociale de l’apprentissage.

Ponctuellement le staff peut jouer un rôle pour traiter des demandes personnelles influant sur l’apprentissage, comme des difficultés de logement ou d’accès à un prêt sans caution.

Le programme conçu vise à rendre autonome les étudiants à leur apprendre à apprendre, à s’organiser personnellement, à être créatif et innovant. Le sentiment d’efficacité personnel croit au fur et à mesure du parcours. Au bout d’un an, les étudiants sont capables d’appréhender n’importe qu’elle nouvelle technologie et repèrent leur gout pour l’intelligence artificielle, les bases de données, le web, ou la sécurité informatique.

La reconnaissance de la formation

La formation ne donne pas de diplôme. Du reste une reconnaissance au répertoire nationale des certifications professionnelles requière 3 promotions échues. Pour aller vers un visa officiel, ou l’obtention d’un titre d’ingénieur, c’est plus de 10 ans de travail. Si les trois premières années développent des compétences en programmation, il est prévu que deux années complémentaires permettent de déboucher sur un environnement de type incubateur ou un parcours de recherche avec des laboratoires de grandes sociétés.

Les modules de formation sont reconnus par des ECTS, à hauteur de 60 par an.

La véritable reconnaissance de l’école sera l’embauche à la sortie.

L’évolution du projet pédagogique

Le projet pédagogique se développe de façon pragmatique au fur et à mesure. Le staff réfléchit à plus d’individualisation pour les étudiants qui ne parviennent pas à réussir les projets, parce qu’ils sont moins rapides où qu’une partie de leur temps est consacré à un job alimentaire extérieur à l’école. Il est ainsi envisagé que certains étudiants puissent prolonger leur cursus d’une année.

Le cursus est en train d’évoluer vers une logique de gamification. Dans cette logique, il s’agit de passer d’une approche par module à aune approche par mission et de repérer les conditions requises pour réussir la mission. Dans le même temps, les missions vont susciter des responsabilités de chefs de groupes qui seront valorisées.

A terme, l’école est prévue pour accueillir 3 promotions de 900 élèves.

[1] http://www.42.fr/

L'école 42, un an après le buzz

Commenter cet article

centre de formation informatique 05/11/2014 16:25

Dommage que cette école ne soient pas réellement accessibles à tous (bien qu'elle prétend l'être).

Anonymous 08/02/2015 03:04

comment ça ? je peux vous assurer qu'elle l'est !

cristol 05/11/2014 17:45

C'est fort dommage en effet !