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Publié par CRISTOL DENIS

Introduction

Il est toujours fait mention de l’économie du savoir comme un horizon salutaire pour le développement de nos sociétés. Mais il serait sûrement utile de garder une place à l’humanité de la connaissance. L’apprentissage fait bien plus que de participer à l’économie, il contribue aussi à humaniser. L’idée d’humanisation de la connaissance nous rappelle le rôle social du fait d’apprendre? Ce fait vaut plus qu’une externalité économique, ou un bénéfice à en attendre. L’humanisation de la connaissance est liée à des caractéristiques telles que :

- son accessibilité,

- son partage,

- ses apports positifs à une société (qualité des liens sociaux, préservation du futur individuel et collectif, respect de l’environnement),

- au pouvoir d’agir et de se projeter qu’elle donne à chacun dans les faits et pas seulement en droit. Examinons une à une ses caractéristiques.

L’accessibilité de la connaissance

Les bibliothèques, les livres les artefacts de savoir cherchent à enserrer des informations jugées valables par les hommes. Pourtant, la connaissance est à l’intérieur de chacun de nous. Elle est incarnée, située, contextualisée. Humaniser la connaissance travaille donc la relation de l’individu au savoir. Rendre accessible la connaissance, c’est agir sur les distances entre les individus et le savoir. C’est l’idée de révéler la motivation pour une information qui est déjà là, et qui ne demande qu’à se transformer par l’expérience. Cette distance est (notamment) :

  • sociale
  • psychologique
  • cognitive

A chaque fois que l’écart grandit entre l’individu et le savoir, il y a déliaison, perte de sens et risque de violence sociale, sous forme d’une injonction à apprendre des notions, faits, croyances éloignées de soi, et rendu hors d’atteinte. Cette violence s’accompagne parfois d’une autre violence, celle de l’injonction au projet qui ne sait s’exprimer. « Si tu ne sais pas, dis-nous au moins quel est le projet que tu portes. Qu’est ce qui t’intéresse ? Qu’aimerais-tu savoir ? Il est ainsi demandé à ceux qui sont le plus démunis de projets de s’exprimer de combler un écart qui est justement celui qui les met en peine. L’humanisation de la connaissance procède donc d’un effort de rapprochement plutôt que de distance, de découverte plutôt que seulement d’exposition. Si un proverbe vrai ou faux est un condensé d’humanité, c’est que son énoncé nous est proche, qu’il traverse des distances temporelles et culturelles. Si un énoncé savant est affiché comme vérité indiscutable, il crée un lien de dépendance. L’effet d’autorité joue : « Einstein, Platon etc. disent ainsi, il faut le prendre pour vrai », mais une telle vérité nous éloigne de notre propre entendement. Ce que ces savants ont mis des années à tenir pour vrai, parfois des décennies, nous devrions l’ingurgiter dans l’instant. C’est ici assimiler : mémoriser et apprendre. Un apprentissage met à portée plutôt qu’il ne crée une distance.

La connaissance accessible c’est encore la possibilité offerte à chacun de bénéficier d’informations en ligne et d’être en mesure d’en faire usage pour construire sa propre pensée. Là encore, il y a tout un chemin entre les données qui s’exposent vrais ou fausses et la préhension et transformation de celles-ci pour apprendre. Humaniser la connaissance c’est donc se préoccuper de vérité, mais aussi d’accès à cette vérité et de construction d’un usage à son propos. La connaissance est bien plus que la mémoire. La connaissance c’est l’action. Et l’action souvent est partagée.

Le partage de la connaissance

Certains font commerce de savoir. Ils créent des marchés d’éducation, de formation, de recherche. Il ne saurait y avoir de vérité sans épreuve de la pratique pour des phénomènes physiques ou de confrontation aux autres pour des phénomènes sociaux. Le partage de la connaissance poursuit l’effort d’intelligibilité d’un phénomène, le met en débat,. Pour un fait physique, c’est le débat scientifique contradictoire. Pour un fait social c’est toute la transformation observable de la pensée : l’imitation, (Wallon), la modélisation (Bandura), le dialogue en groupe (Lewin), le conflit socio-cognitif (Joule et Beauvois) . Le partage de la connaissance affine et renforce cette dernière par des avis croisés, multiples, une procédure d’enquête menée par chacun ancrée dans son expérience. La connaissance qui se partage active tout à la fois nos cerveaux nos émotions, le plaisir de faire ensemble plutôt que seul, ce qui contribue à adoucir les relations entre les hommes devenant co-dépendants. A l’extrême, vendre le savoir est une façon de briser l’idée du don et du contre-don dans la transmission humaine. Le savoir acheté va-t-il se partager ?

Les apports positifs à une société

Certains aimeraient breveter le génome humain. Ils voudraient s’accaparer par des brevets, des formules de médicaments, quand bien même ils auraient, sans les payer de retours, pillé quelques tribus amazoniennes. Ils aimeraient vendre des semences et placer une partie de l’humanité sous dépendance. Humaniser la connaissance c’est la rendre bénéfique pour une société. C’est intégrer avec douceur, par exemple, les bienfaits d’une nouvelle technologie, sans idéologie, par des usages respectueux de l’environnement et des personnes. C’est encore la qualité des liens entre les hommes permise par cette connaissance qui en atteste l’humanité. Lorsque internet offre le pouvoir de nous relier, et d’apprendre, tout en étant distant, il contribue à humaniser la connaissance. Mais, lorsqu’il se substitue plutôt qu’il n’ajoute à la socialité, alors il diminue nos capacités à nous lier et à faire société, à élaborer par nous-même. La connaissance humaine ouvre au futur, elle ne se retranche pas mais elle augmente la qualité des liens aux autres, aux technologies, à son environnement et au temps qui vient.

La préservation du futur individuel et collectif

L’innovation détruit des pratiques et des techniques anciennes et en propose de nouvelles. C’est une vague incessante de changements. Humaniser la connaissance, c’est avant tout nous orienter à connaître pour demain. C’est faire l’effort de projection vers ce qui vient, tout en respectant la culture qui nous a fait grandir. C’est une manière de préserver le futur individuel et collectif, d’innover et de produire du neuf et de s’acclimater, d‘apprendre dans le même temps à lâcher prise et laisser advenir. La connaissance humaine accepte une part de doute, de flou, d’incertitude. Cette incertitude est propre à la nature humaine par définition combinaison d’un organisme biologique et de son environnement, donc peu prédictible. Une connaissance humanisée accepte une part d’intuition, d’émotion, à même de nous aider à composer avec le futur. Elle accroit le pouvoir d’agir et d’user de notre liberté.

Accroitre son pouvoir d’agir dans les faits

Les théories libérales affirment la liberté d’entreprendre. Chacun disposerait d’un pouvoir d’initiative. Est-ce si sûr lorsque pour certains une immense part de leur énergie est orientée vers la satisfaction des besoins primaires. Amartya Sen distingue ce qui est de l’ordre des ressources pour agir et ce qui ressort de la possibilité réelle de les utiliser, de s’en saisir. Humaniser la connaissance c’est la rendre opératoire, opérationnelle. Une connaissance humaine accroit le pouvoir d’agir et d’influer sur ses propres choix, sur son propre devenir. En ce sens, elle possède un pouvoir d’émancipation. Elle a partie liée à la liberté. Elle s’inscrit dans un contexte politique et économique. Elle ouvre à la transformation conjointe de soi et du monde. Elle est propriété commune et chacun peut s’y référer comme bagage universel. En ce sens humaniser la connaissance est une forme éthique.

Une connaissance éthique

Qu'est ce qu'une connaissance éthique? Une connaissance dont on pourrait débattre, conçue comme un processus continu d’enrichissement collectif. Une connaissance acceptable pour ses bénéfices, respectueuse de l’autre et de son futur. Une connaissance qui augmente le pouvoir d’agir plutôt que de le diminuer. Une connaissance discernable, partageable qui lie les individus et ne les disperse pas. Une connaissance évolutive qui absorbe sa part de nouveauté qui se régénère. Une connaissance verbalisable, maillée dans la culture l’histoire la géographie d’un groupe humain, porteuse de valeurs humaines de fait et pas seulement de droit. Une connaissance qui vaille pour qu’on la défende.

Conclusion

Humaniser la connaissance répond à de multiples enjeux sociaux : de liberté d’accès, de choix, de partage, de reconnaissance et d’usages raisonnés et respectueux des autres. Il s’agit moins de s’accaparer un pouvoir sur un objet que d’accroitre le bien commun.

L'humanisation de la connaissance

Commenter cet article

BELET 03/03/2014 16:52

Merci Denis pour ce commentaire roboratif sur l'humanisation nécessaire de la connaissance. Je partage tout à fait tes points de vue. J'ajouterais seulement que ce serait le rôle noble des politiques (et en particulier des responsables du système éducatif) de veiller à une telle humanisation de la connaissance pour mieux préparer les futures générations et contribuer à faire progresser la qualité de la vie en société et la préservation d'un certain bien commun...A bientôt.
Daniel

CRISTOL 15/03/2014 07:07

Tout à fait Daniel, je crois que les leaders éducatifs n'y veillent pas assez et se laissent guider uniquement par des paramètres gestionnaires. Sans le voir ils laissent s'installer de la déliaison sociale et des frustrations

Carmen Hernández 02/03/2014 19:38

Holaaa! José, buen artículo para compartir con mis estudiantes de la Universidad. Ojalá pronto estés por acá.