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Publié par CRISTOL DENIS

Si l’idée d’Erasme est juste « l’homme ne nait pas homme il le devient », alors son humanisation serait le fait d’apprendre. Oui mais qu’est-ce que le savoir ? Qu’est-ce que la connaissance ? Que veut dire apprendre ?

A la différence de l’anglais qui se satisfait du knowledge, rappelons que le Français est riche de deux mots : le savoir et la connaissance. Voici le sens que je leur donne :

Le savoir désigne l'ensemble des connaissances acquises, mais le "Savoir" est aussi ce qui est en extériorité d’un individu et qui peut être considéré comme un objet manipulable, faire l’objet de transaction, peut être porté par une culture, se modifier par l’échange, devenir objet commun.

La connaissance est une notion étudiée par de nombreuses disciplines avec une variété de sens, dans ce texte elle est associée à un processus personnel, une expérience singulière, incessible puisque maillée à un corps et à une histoire individuelle.

Chacun développe concomitamment son rapport au savoir, ses connaissances, son identité, sa personne. Cette transformation se comprend selon des perspectives :

  • Cognitive : émergence de l’intelligence humaine
  • Sociobiologique : réalisation de potentialité par l’exposition à des événements ou des situations
  • Emotionnelle : élaboration d’une maturité émotionnelle

Quel que soit l’angle adopté, le développement d’une connaissance comporte toujours une composante biologique et une composante environnementale. Le rapport entre ces deux composantes se situe en interaction avec d’autres organismes vivants. Il est alors question d’écosystème d’apprentissage, par exemple « le milieu scolaire ». La connaissance peut alors se comprendre comme un état de cette interaction au sein de cet écosystème. La connaissance est souvent vue comme le résultat d’un processus d’acquisition, linéaire. Un solde positif de cette friction à ce qui nous entoure. Mais, la connaissance est plus qu’un stock, c’est le processus lui-même, une fonction dérivée de l’expérience, un mélange de soi et de l’environnement, une ressource pour le futur, une distance à un objet avec lequel entrer en interaction. La connaissance est alors une transition.

Dans sa façon d’apprendre, l’individu peut se lier à l’environnement, d’au moins 5 façons. Il est ainsi possible « d’apprendre de », « d’apprendre avec », « d’apprendre sur », « d’apprendre pour », « d’apprendre à ». Ces façons de se lier et d’apprendre produisent des différences dans l’édification d’un homme. La connaissance transforme un homme.

Apprendre à

La connaissance est appliquée c’est un processus, une méthode, un enchainement. Chaque étape induit l’étape d’après.

Apprendre de

La connaissance est une résultante de l’expérience, une fonction dérivée de l’action ou de la pensée. L’apprentissage est formel ou informel, conscient ou inconscient.

Apprendre avec

La connaissance est une combinaison de soi et de l’environnement, pour les hommes l’environnement social est prédominant. Les autres hommes sont présents de la naissance à la mort.

Apprendre pour

La connaissance est finalisée. C’est une ressource pour le futur, apprendre pour induit la question de la motivation, de la volition et de la persistance de l’apprentissage.

Apprendre sur

La connaissance est un objet vis-à-vis duquel il y a une distance. La connaissance réduit la distance, c’est le sens du mot latin aprehendere prendre avec soi.

Figure : La connaissance et les 5 dimensions de l’apprendre

C’est parce que la connaissance est multidimensionnelle qu’elle nécessite un travail d’intégration et d’ajustement de soi en situation. C’est parce qu’elle est une expérience singulière qu’elle ne saurait se transmettre entièrement. Lorsqu’on évoque la « transmission de la connaissance », on court le risque de limiter la connaissance à l’idée de la connaissance-objet et l’on néglige son aspect dynamique et sa dimension vivante. On minéralise ainsi la connaissance en la vidant de ses dimensions d’évolution continue. Selon cette perspective seul le savoir se transmet pas la connaissance.

Il découle de cette analyse qu’un homme différent émerge des lieux d’éducation et de formation selon qu’apprendre est une transaction (valorisation du savoir) ou qu’il est une transition (valorisation de la connaissance), la destinée et les finalités s’en trouvent changées. Par ailleurs, la pondération dominante prise en référence au sens d’apprendre donne des perspectives là encore variées qui accentueront le rôle des temporalités et des contenus d’apprentissage, de l’intégration de l’expérience personnelle, de la place et du rôle de l’environnement social et naturel, des motivations et des objets d’apprentissage. Selon les dimensions valorisées de ce que signifie apprendre, l’éducation prendra un tour bien différent. Elle pourra être organisation d’un programme, associé d’objectifs et d’étapes à franchir. Elle pourra être organisation d’une exposition à l’environnement et aide à la réflexion sur sa propre expérience. Elle sera encore environnement ou bain social. Elle sera affaire de stimulation des intérêts et des motivations ou bien conservatoire des savoirs.

Mais peut-être est-elle tout cela à la fois, ce qui la rend si difficile ?

La transformation d'un homme et de ses connaissances
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