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Publié par CRISTOL DENIS

« Comment peut-on mesurer la productivité pédagogique ? » est une question qui m’a été adressée récemment. C’est une question pertinente et stimulante à n’en pas douter, et qui nécessite de déblayer un peu les présupposés avant d’y répondre.

Tout d’abord la question de la mesure est une question de gestionnaire. Un adage managérial affirme que « l’on ne gère que ce que l’on sait mesurer ». D’emblée, la question nous situe dans l’idée de la gestion. Il s’agit de préparer des décisions rationnelles pour choisir telle pédagogie plutôt que telle autre, et d’être en capacité de les comparer pour affirmer un choix pertinent et logique. Peut-être s’agit-il aussi de quantifier un différentiel d’externalité par l’emploi de elle ou telle pédagogie mise en œuvre. Ce différentiel renvoie à la théorie de la formation sous-jacente, auquel cas, et de façon un peu schématique, il s’agira de mesurer :

  • Un volume d’informations mémorisées si nous nous situons dans une approche cognitiviste,
  • Une évolution de comportements si nous nous situons dans une visée behavioriste,
  • Une transformation d’un système sociotechnique si nous avons en référence le paradigme socioconstructiviste,
  • Un nombre et une qualité de connexions et d’échanges si nous nous référons à l’idée connectiviste de Siemens (tout en notant que cette idée est une théorie en construction plus qu’une théorie aboutie).

Si l’on y voit plus clair sur ce qu’il convient de mesurer comme résultat de la pédagogie qu’en est-il de la productivité ? La productivité s’exprime le plus souvent comme un rapport entre un input et un output. La variation de l’unité d’œuvre en plus ou en moins traduirait la forte ou faible productivité de la pédagogie. Cette définition sommaire de la productivité nous conduirait à apprécier la rétention d’informations mémorisées, l’évolution de comportements perçus, la transformation d’un système social ou la fréquence et la qualité d’informations échangées. Auquel cas, il s’agirait de s’adosser à un référentiel pour s’assurer de variations d’effet entre l’emploi de telle ou telle pédagogie. Une des difficultés est que dans le monde des organisations l’idée de comparaison « toute chose égale par ailleurs » est bien difficile à atteindre, les paramètres engagés étant quasi infinis. Il est ainsi possible pour n’en citer que quelques-uns énoncer : le formateur et sa posture, l’apprenant et ses prérequis, la méthode, les objectifs et les contenus, le contexte socioprofessionnel, la conjoncture, les moyens, l’ambiance, l’historique, les budgets utilisés, les intentions affichées et tacites, le rôle de l’environnement, le soutien des responsables etc. Construire un référentiel pour comparer des pédagogies s’avère assez difficile.

Quant à la pédagogie, pour finir, le mot est large. Il embrasse une philosophie éducative, des moyens, des ensembles internalisés de croyances, des discours plus ou moins partagés à son sujet mais aussi un idéal de l’homme de son développement et de son émancipation. Si toutefois, l’on réduit la pédagogie à une technique ou une méthode (ce qu’en réalité elle ne se réduit jamais à être, car même évoquée sous forme de neutralité technique, elle communique sur la manière de faire société, elle est toujours politique), la question peut se comprendre comme qu’elle est le meilleur rendement technique pour atteindre tel effet ? Dans ce cas il faut distinguer en fonction de celui qui attend un effet car cela change la réponse. Si la réponse importe au commanditaire de l’action, il aura besoin d’éléments visibles, s’il s’agit d’un gestionnaire souhaitant instaurer un contrôle, la tendance pourra être de se conformer à l’approche cognitiviste rappelé préalablement, la meilleure productivité est celle qui laisse une trace visible telle que la réussite à un test ou à une épreuve ou la mémoire et le savoir agir est démontré. S’il s’agit d’un dirigeant visant la transformation et l’adaptation de son organisation, la productivité pédagogique sera perçue plus fortement s’il comprend que les comportements (arrière-plan de l’approche behavioriste) ou l’ensemble du système sociotechnique évolue (arrière-plan de l’approche socioconstructiviste). La productivité pédagogique sera alors vue de façon indirecte par les effets observés que ces derniers soient sociaux ou économiques. S’il s’agit du formateur, il jugera de la productivité pédagogique au regard du temps imparti pour satisfaire une commande.

Dans tous les cas la mesure de la productivité pédagogique dépend d’un retour sur les attentes exprimées. En effet, il semble difficile d’affirmer qu’une pédagogique soit dans l’absolu plus efficace qu’une autre. Une telle mesure passe donc par une analyse qualitative au cas par cas, mettant dans la balance de l’évaluation tous les paramètres disponibles, dont celui de l’acceptation de telle méthode par le corps social, le temps disponible, le budget, la complexité technique de mise en œuvre, le soutien à attendre de l’environnement humain, la compréhension de la pédagogie proposée, le sentiment d’efficacité personnel qu’elle autorise, le pouvoir de toucher une variété d’individus.

Au-delà de ces critères pratiques qu’un gestionnaire pourrait certainement compléter et coter, si l’on garde en mémoire que l’apprentissage est affaire d’établissement d’un rapport au savoir, la meilleure productivité pédagogique est atteinte lorsque la pédagogie mise en œuvre contribue à diminuer la distance au savoir de l’apprenant et que celui-ci est en mesure d’apprendre par lui-même.

Mesurer la productivité pédagogique
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