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Publié par CRISTOL DENIS

Yves Dupont, chercheur à l’INRA, maître de conférences puis professeur de socio-anthropologie analyse la modernisation du monde universitaire depuis le début des années 60. Le parti pris est anthropologique. Il dépeint l’université de l’intérieur et croise ses observations personnelles avec une analyse des faits connus publiquement. Il établit un parallèle entre une étude qu’il a menée, sur la sorcellerie dans le monde paysan en voie de modernisation et ce qui touche le monde universitaire. Il décrit un délitement des collectifs, des valeurs et du prestige universitaire. La marchandisation qui traverse le monde éducatif s’accompagne d’un mouvement de bureaucratisation d’une part et de paupérisation d’autre part. Ces deux phénomènes font perdre de la légitimité aux chercheurs. Ce mouvement est rendu possible par une individualisation et un chacun pour soi dont le seul horizon est la satisfaction des ambitions personnelles. Tous les coups sont permis entre ces universitaires à toutes les phases de leurs évolutions professionnelles, recrutement, nomination à des postes d’influence, octroi de budget, projet de recherche. Chacun joue de ses atouts politiques, syndicaux, place acquise dans la machinerie gestionnaire, pour la protection de son territoire académique. Cette vision subjective du monde de l’enseignement supérieur dépeint une usure de l’envie d’apprendre et d’enseigner des préoccupations matérielles constantes, un décalage croissant entre les finalités universitaires et ce que l’université produit en réalité. La situation dont rend compte Dupont est assez dramatique, l’idéologie néolibérale et managériale, l’introduction de la technoscience tiennent de croyances destructrices pour le savoir. L’auteur porte l’opprobre sur l’individualisme de nombreux universitaires devenus à force d’injonctions paradoxales, de frustrations, d’ambitions démesurées les « serviteurs volontaires de dispositifs qui opèrent pourtant une véritable destruction des savoirs ». Le tableau est assez sombre il décrit un déclassement, voire une prolétarisation des universitaires restreints à devenir des adjuvants des politiques publiques quand bien même ils n’adhéreraient pas aux orientations prises. L’ouvrage est bien écrit est a une valeur de témoignage de l’intérieur d’une institution qui a dû affronter une massification sans précédent. On regrettera par contre que les dynamiques positives soient si peu relevées par l’auteur, ce qui laisse une impression de désolation totale.

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