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Publié par CRISTOL DENIS

Actuellement les dirigeants sont conduits à être des techniciens de l’organisation, des spécialistes de la gestion, voire des juristes épris de prudence publique, s’ils travaillent dans les administrations. Mais le monde s’est complexifié et les seules finalités instrumentales de gestion sont insuffisantes au regard des enjeux qu’il s’agit d’affronter et même de provoquer. Gérer l’existant au mieux et laisser aller la marche des choses comme perpétuation du passé nous laisse présager d’une faible adaptation au temps présent et au futur qui nous absorbe. Il s’agit de réinventer le monde, à commencer par le monde social. En France les idées de liberté, égalité et fraternité contribuent à découpler l’arbitraire qui reliait le pouvoir à l’autorité. Depuis plus de 200 ans, le « droit républicain » a remplacé le « droit divin » comme socle des références ultimes. Si dans les déclarations et les textes associés le religieux subit une contention dans la sphère privée, les usages se perpétuent. Les hiérarchies verticales, la tripartition de la société en noblesse, clergé et tiers état et au-dessus la caste royale et son impunité demeurent plus vives que jamais. Elles ont juste changé de noms se nommant désormais cadres, experts techniciens et ouvriers employés avec une petite élite de dirigeants pour arbitrer. Les traces du religieux restent vives dans l’organisation sociale des congés et des jours de repos, dans les traces architecturales, dans la culture et les expressions, dans une infinité de détails qui régulent nos façons d’être en relation. Si les habitudes et les implicites d’un pays comme la France restent chrétiens, la désécularisation des formes religieuses traditionnelles a progressé, ce que l’expansion de l’islam vient compliquer. L’impunité des dirigeants faillis est de moins en moins acceptée, chaque détail implicite auquel chacun était familier d’explication du monde et des conduites est remis en question. Se croyant à part, au-dessus, ils sont surpris de perdre cette distinction qui les caractérisait. L’autorité ne peut plus si aisément s’appuyer sur ce qui allait de soi. Ce qui était plus ou moins admis y compris dans les formes de transgressions ne l’est plus.

La tradition, les façons usuelles de s’adapter, de comprendre le monde ne suffisent plus. Il s’agit de penser jusqu’à la façon de changer et de s’adapter. Il s’agit d’inventer de nouveaux mots à cet égard. On parle désormais de métamorphose. Après la révolution issue des sciences physiques est préférée une vision plus organique issue du monde du vivant. Ce que proposent actuellement les cursus d’enseignement du management et de la formation des cadres permettent-ils vraiment de renouveler les cadres de pensée, ou perpétuent-ils d’anciennes façons minérale de discipliner le monde ? N’assiste-on pas à l’expression d’un discours avec des mots nouveaux dans des schémas de pensée anciens. Par exemple, il est question de management et de fonction de managers mais le raisonnement et les pratiques s’appuient sur des réflexes de castes hiérarchiques et de classement social tout droit sorti de l’ancien régime. Le management participatif implanté dans un geste d’autorité ne passe pas. Le libéralisme économique est réinventé avec les enjeux du moment sans réelle remise en question des manières de penser la société. Les sciences humaines sont tellement négligées dans les cours traditionnels des grandes écoles diffusant la même pensée techniciste, juridique gestionnaire que les transformations sociétales, technologiques, démographique, religieuse, anthropologique, philosophique sont obérées dans les prises de décisions de nos dirigeants. L’idée de gérer le monde et ses affaires est tellement forte qu’on en oublie de l’explorer et de le comprendre.

Les formes d’autorité qui permettaient au dirigeant d’être obéi sans faire usage de coercition, c’est à dire sans utiliser les prérogatives du pouvoir : régime disciplinaire dans l’entreprise, usage de la force dans le champ public sont contestées. Les fondements de la domination de Weber nous renvoie à un monde passé, voire dépassé. Weber évoque la triple assise de l’autorité : traditionnelle, légale, ou rationnelle. Cette assise est fissurée.

  • L’autorité traditionnelle est rejetée par la pensée moderne qui ne souffrirait plus la norme et le conformisme. Elle aspire à l’expression maximale de la liberté. Le divin qui ne contient plus n’est remplacé par rien d’autre que la limite des désirs individuels.
  • L’autorité légale peine à réguler les déséquilibres, le contrat social est entamé par les injustices, la base sociale dont sont issus les dirigeants est rétrécie. Le doute s’est immiscé. Et si les lois ne portaient pas l’intérêt général ?
  • L’autorité rationnelle s’effiloche car les manières de diviser pour mieux penser à la façon de Descartes sont devenues, pour partie, un handicap, dans un monde complexe qui nécessite de faire plus de liens. Une limite épistémologique à la façon de penser le monde est perceptible.

Les dirigeants actuels sont en panne d’autorité car la société a bougé autour d’eux mais la façon qu’on a de leur préparer une place à part et de les distinguer n’a pas changé. Il s’agirait d’ouvrir leur éducation et tout le système qui les fait émerger à plus de diversité. Il s’agirait d’inscrire des finalités moins instrumentales à leur programme. Il s’agirait en amont de sortir d’un système scolaire élitiste de tri et de classement qui conditionne précocement les individus, trie le noble et le vulgaire.

Revoir la finalité de la formation des dirigeants

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