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Publié par CRISTOL DENIS

J'en arrive à la conclusion qu'il y a un lien direct entre les formes pédagogiques dominantes et les systèmes de gouvernement. Je vais essayer dans ce texte d'expliquer pourquoi la pédagogie est à la base non seulement de l'esprit démocratique, mais encore d'une façon apaisée et sereine d'envisager l'altérité.

Tout d'abord la pédagogie a partie liée à l'autorité de la parole du formateur/maître/enseignant. Ce dernier construit, hérite ou tout simplement assume son rôle. Son intervention part du silence et y retourne. La pédagogie est consubstantielle à l'autorité. La pédagogie ne peut s'épanouir sans respect d'une autorité. L'autorité pédagogique force l'attention, capte les énergies, pique la curiosité et suscite l'envie d'apprendre. L'autorité du pédagogue est toute de douceur car le pédagogue est plus qu'un instructeur ou un répétiteur. Le pédagogue n'assoie pas son autorité, il se contente de faire ce qu'il a à faire pour engager l'apprentissage de la manière la plus simple selon les circonstances. S'il crie, s'il gesticule, s'il tourmente, il récolte en retour des fruits du même panier : des cris, du brouhaha, et le voilà pourri à son tour. La pédagogie qui s'intéresse à l'objet d'apprentissage mais aussi au sujet qui doit établir une relation avec s'installe dans un cadre au sein duquel le dialogue se déploie. Le dialogue est le ciment de la démocratie.

Ensuite, la pédagogie produit de la démocratie à chaque fois qu'elle se préoccupe d'accueillir les différences. Quand le pédagogue a conscience qu'il existe une variété de style d'apprentissage, c'est à dire de manière d'être et de se relier au monde, il alterne le type de situations et d'activités auxquels il expose ses apprenants. Il fait une place à chacun selon ce qu'il est plutôt que ce qu'il devrait être selon des attendus sociaux. La pratique pédagogique a besoin d'écoute de l'autre de sentir sa sensibilité au monde pour lui proposer des façons d'aborder un questionnement, ou un programme. A cet égard la question plus que la prescription ouvre à la différence, car quand la question n'est pas un jugement elle permet d'élaborer ensemble et de se rapprocher.

La pédagogie est une pratique qui s'inscrit dans une relation d'interdépendance asymétrique. L'un ne peut enseigner, si l'autre ne daigne pas apprendre. Mais la réciproque n'est pas vraie car l'on apprend toujours, même si l'on a pas été enseigné. Cet apprentissage de l'inégalité du formateur/maitre/enseignant et de l'apprenant est moins affaire de prestige et de statut que d'écarts d'intentions et de projets. Si les divergences sont trop fortes, l'interdépendance est perçue comme une domination ou une rébellion sans partage et l'influence pédagogique se délie. La pédagogie c'est l'aide à la construction de rapports au monde. Si la distance est trop grande le processus d'apprentissage ne s'enclenche pas. La mise à l'écart ou le sentiment d'être dépassé par des objets de savoir s'installent et diminue le sentiment d'efficacité personnel indispensable à la persévérance d'un effort d'apprentissage. Lorsque l'écart est trop grand le formateur/maitre/enseignant et l'apprenant se rétractent sur le périmètre restreint de leurs certitudes. Le pédagogue doit donc s'engager dans la relation pour trouver la juste distance.

La pédagogie se nourrit de la confiance. Il n'y a pas de volonté durable d'apprendre si l'espoir d'une augmentation de soi et de son pouvoir d'agir est inexistant. A quoi bon apprendre quand il n'y a pas de sens ou d'inscription dans un futur qui m'attire en tant qu'apprenant. A quoi bon passer de longues heures d'études si le résultat est joué d'avance, si les places sont assignées, par avance? Pourquoi redoubler d'efforts? La confiance en soi, la confiance dans l'étude du monde, dans la l'autorité, la différence et la relation sont un moteur essentiel.

On le voit dans ces quatre mots clés : autorité, différence, relation et confiance, la pédagogie nous parle du vivre ensemble et de la façon dont se compose une société. Si le pédagogue se fait coercitif, punitif, devient un juge, si il stigmatise la différence, il ne produira que des docilités, des résistances, des amertumes, aucune autorité ne se créera aucune relation ne se nouera, il distillera le germe de la méfiance auprès des apprenants qui imprégnés de cette expérience charrieront avec eux dans leur vie les stigmates d'un vivre ensemble pauvre de possibilités. Si au contraire l'autorité, la différence, la relation et la confiance forment le bain naturel de leurs expériences éducatives, la prise de repère a plus de chance de perdurer et de produire des effets tout au long de la vie. A chaque fois que l'éducation et la pédagogie progresse, le citoyen se développe, le dialogue s'enrichit, les individus se respectent et la démocratie se renforce.

La pédagogie fabrique de la démocratie

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