Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par CRISTOL DENIS

La formation professionnelle continue est en pleine mutation. Ce champ professionnel est intriqué dans une mutation sociétale de grande ampleur pour cause de tsunami numérique, environnemental, social, économique. Le modèle "j'enseigne donc tu apprends" est remis en cause. Elle accouche en ce moment même à de nouvelles manières d'enseigner et d'apprendre. 5 repères nous permettent d'en comprendre la direction

1) L'offre de formation devient conception d'écosystème et plus seulement répartition de stages

Traditionnellement la distribution d'heures de parole à des intervenants sélectionnés occupaient le plus clair du temps de la formation en stage. Les maîtres de la parole géraient des activités et garantissaient la transmission d'un contenu en fonction d'objectif. En lien avec les institutions ils pensaient le temps avec et après leurs prises de paroles espéraient une transformation des comportements et des pratiques professionnelles. Progressivement les stages se sont révélés insuffisants, monodirectionnels, peu impliquant. Le terme de "pédagogie active" témoignait de l'effort de sortir de l'ennui. Ce terme est révélateur et pour le moins curieux car qui aurait dit "nous développons de la pédagogie passive"? Il s'est agi dans un premier temps de créer des "bouquets de service", d'enrichir et de diversifier les situations pédagogiques, de s'intéresser aux dimensions motivationnelles à l'égal des dimensions cognitives. Cet enrichissement prend la forme de témoignage, de déplacement sur site, de projet, d'utilisation du multimédia. Dans un second temps, C'est tout l'écosystème qui est visé. Il ne suffit plus d'enrichir et de diversifier les types d'activités mais de transformer le processus et les finalités d'apprentissages. L'enjeu est désormais de bâtir des écosystèmes d'apprentissage offrant de nouveaux rôles aux apprenants et de produire de nouvelles interactions avec une variété d'acteurs : entreprise, facilitateur de savoir, apprenants, concepteur technico-pédagogique. Dans un environnement désormais numérique et connecté, l'apprentissage gagne à jouer la carte des interactions, des échanges, des dynamiques de groupes et de communautés en ligne.

2) De nouveaux acteurs pédagogiques émergent dans l'écosystème

Puisque créer une offre de formation ne se résume plus à concevoir un service plus recruter les bonnes personnes pour l'exécuter au service du bénéficiaire potentiel, il s'agit de repérer les individus capables de percevoir les formes et dynamiques propres de ces nouveaux écosystèmes, de les animer, de permettre que chacun s'y déplace avec profit et de leur donner de la valeur. Ces métiers de la formation nous les appelons maître d'usage, le designer d'expérience et le community manager. Le maitre d'usage s'immisce à parité d'estime entre maitrise d'ouvrage et maitrise d’œuvre. Il se soucie de l'expérience vécu du participant de l'intérieur même du système qui est proposé à ce dernier. Il n'est pas seulement le cadre auprès duquel le concepteur de formation fait une enquête de besoin de formation, il co-conçoit le dispositif de l'intérieur car il en est le principal habitant et bénéficiaire. Le designer d'expérience s'intéresse aux effets des interactions auxquelles sont exposées les apprenants, mais aussi les concepteurs, les prescripteurs et les décideurs. Il réinvite dans l'apprentissage dans sa perspective singulière, il intègre les sens, les contraintes, l'ensemble de toute la chaîne d'événements qui contribue à faire d'une expérience une expérience apprenante. Il a donc une vision large des activités proposées aussi bien formelle qu'informelle. Il replace la visée des temps de regroupements jusqu'alors nommés stages dans une ensemble plus complexe et plus dynamique. Il s'efforce de jardiner tous les chemins possibles pour apprendre à un niveau méta. Il imagine et met en perspective les ressources mobilisables en fonction de la topologie organisationnelle. Le community manager assure une animation d'une partie de l'écosystème, plus particulièrement la partie numérique et en réseau. Il s'efforce de créer une communauté d'apprentissage, des flux d'échange entre les participants, de proposer des défis, des challenges, de stimuler, réguler si nécessaire et soutenir les dialogues apprenants. Il aide à développer un sens critique face aux montagnes de données accessibles permettant de repérer et d'organiser et de trier les informations et les diversions. Il aide chacun à développer de la réciprocité en tant qu'homme ressource et homme projet dans des petites équipes ou dans un grand groupe.

3) De la formation à l'apprenance

Le stage et la comptabilité des heures ou jours de formation cumulés sont des indicateurs de gestion utiles pour les gestionnaires mais ne résument pas l'acte d'apprentissage. Le plus important est invisible pour les yeux. Ce que favorise la rencontre en groupe c'est le partage d'émotions, la construction à plusieurs d'un sens partagé et émergents, la co-action et la motivation collective, la stigmergie cet effet de l'intelligence collective qui fait que chacun se sente capable de se grandir soi-même quand il voit les autres en faire autant. Si l'apprenance remplace peu à peu la formation, c'est pour son pouvoir de grandissement de chacun qui devient plus autonome dans sa façon d'apprendre (aidé en cela pour partie par de nouveaux moyens techniques). Mais, s'il apprend de façon plus autonome, il n'apprend pas de façon solitaire. Il s'agit désormais d'évoquer la socioformation, cette situation ou l'autodidacte partage son effort avec les autres, apprend en réciprocité. Cette forme collective d'autoformation profite des nouveaux écosystèmes qui lui facilite l'accès au sens, aux informations, aux groupes d'experts. Cette nouvelle culture de l'apprendre profite actuellement à ceux qui sont dotés des meilleures capacités cognitives pour ne pas se perdre dans l'océan de données. L'apprenance cette attitude spécifique de l'autoformation se développera à la condition de faire grandir chez chacun le potentiel d'apprendre à apprendre.

4) Les bâtiments et les salles se connectent et deviennent plus stimulants

Le scénario de la formation de demain touche ce qui est devenu une variable objective et immuable : la salle et les espaces collectifs de formation (amphithéâtre et bibliothèque). L'architecture pédagogique est un art en devenir. Quand le critère gestionnaire l'emporte, elle se contente de gérer des flux, des normes de sécurité, des échanges thermiques, des espaces spécialisés pour écouter, se déplacer, se réunir. Elle procède d'une vision qui segmente le savoir en discipline et en cours qui se cloisonne dans des salles. Elle est désormais appelée à intégrer une dimension pédagogique. Dans les nouveaux écosystèmes le seul critère de gestion est insuffisant. Pour faire un parallèle, nombre de lieux de formation actuels produisent des dégâts aussi considérables sur les esprits et l'envie d'apprendre que les barres HLM sur les banlieues et ses habitants. De plus, à l'instar des antennes paraboliques qui font pénétrer de nouvelles idées dans les citées, les téléphones portables font passer des contenus en concurrence avec celui des formateurs. Les murs n'arrêtent pas les ondes des satellites. Il s'agit de prendre sérieusement en compte le fait de l'influence de son environnement immédiat pour apprendre et de créer des écoles et des salles stimulantes. où il fait bon vivre. Des espaces qui favorisent la rencontre d'êtres humains, le vrai argument, à l'ère numérique, qui justifie le regroupement. Du reste demain, avec le Web 5.0, l'internet des objets connectés, nous deviendrons les souris d'un environnement devenu cliquable. Une réflexion et un arbitrage sera à réaliser entre les données que nous devrons conserver en mémoire, car d'usage immédiat et essentiel à la préservation de notre humanité et les données qui seront pluggués dans les objets de notre quotidien et réactivables à la demande, ou sur contact.

5) Le numérique révolution de notre cerveau

Les calculateurs, par leur taille encombrante nous tenaient assis à notre table, le numérique est désormais convocable partout. La mobilité permise par nos téléphones portables facilite l'accès et la contextualisation des données. La croyance que nous pouvons parfois nous passer de médiation progresse. Le numérique s'inscrit dans des objets multimédias de plus en plus divers, l'expérience électronique devient une expérience continue. Nous glissons imperceptiblement vers une connexion continue de notre cerveau aux stimulations électroniques. Dans le même temps que l'expérience humaine se fait plus sensible, plus émotionnelle, plus à fleur de peau et nécessite d'urgence de développer des aspirations à l'empathie et à l'altérité, le numérique pénètre nos vie, sans répit. Si les contenus d'apprentissage paraissent surfaits tellement ils sont convocables à la demande, il devient urgent de s'assurer que les robots et tâches automatisées que nous fréquentons de façon croissantes ne nous apprennent pas le désintérêt pour autrui. Ce qui devient rare se sont les temps de déconnexions, de prise de distance, de réflexion et de pensée personnelle. La formation peut offrir ce type de temps de ressourcement et garder chacun en éveil d'un processus qui insidieusement pourrait bien le dépasser. Car si nous transformons le monde avec nos outils, ceux-ci nous transforment aussi en retour.

Scénario prospectif pour la formation continue
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

ep 20/07/2015 10:53

Bjr,
Merci par ces belles phrases et réflexionsqui j'espère ne vont pas en rester là. Sinon de s'être fait plaisir à celui qui les a pondu et à ceux qui ont pu les lire ! Ma réflexion à mon niveau reste pragmatique : Comment on fait solution pour éviter de "repeindre la girafe" et passer à de l'action opérationnelle et en plus honorable économiquement et bien sur efficace, vaste mot que je soumets à réflexions pour actions et non pour pondre encore un verbiage de plus. Bonne réception à actions de recherche de mutualisation et de partenariats.
EP

cristol 21/07/2015 07:04

L'institution dans laquelle je travaille s'attaque à ces questions par le moyen de plusieurs projets : nouvelles salles facilitant les apprentissages et les interactions, effort sans précédant de formation des formateurs, équipements massifs numériques, stratégie de e-formation, partage et diffusion d'une nouvelle approche pédagogique, partage de pédagogie au sein de notre coopérative http://fr.padlet.com/4cristol/9hwpqcrkw3vr. Tout cela va être long et non dénué de risque, mais le projet est particulièrement bien enclenché; il n'y a guère d'autres solutions pour améliorer le vivre ensemble

CRISTOL 04/08/2014 18:17

MERCI POUR VOTRE MESSAGE
PRENONS SOIN DE LA MATIERE HUMAINE CAR ELLE TRES SPECIFIQUE

emmanuel 17/07/2014 14:47

L'expérience montre que c'est la matière qui forme l'esprit. Le forgeron ne peut forger que parce qu'il a été forgé par la matière qu'il entend façonner. S'il ne respecte pas l'acier, le feu, le marteau et l'enclume alors il ne sort rien de bon de son travail.
J'expérimente de former de nouvelles façons les adultes à une matière bien austère, la performance industrielle. J'ai d'autant moins la main sur les résultats de mes formations que ma matière est l'homme, et que seul l'individu peut se changer lui même. Je ne peux que créer l'expérience au cours de laquelle il pourra expérimenter de nouvelles pratiques. S'il les adopte, alors, il sera formé.
Merci pour cet article.