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Publié par CRISTOL DENIS

François Garçon est franco-suisse. Il est enseignant-chercheur à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne. Son imposant ouvrage de 430 pages est une enquête comparée sur la formation des élites dans le monde. La base de son investigation est essentiellement constituée des écoles d’enseignement supérieur occidentales et parmi elles, un zoom est plus particulièrement porté sur la France, la Suisse, l’Angleterre et les États-Unis. Il s’agit d’un travail imposant croisant de multiples sources, riches de plus de 1000 références bibliographiques, de statistiques et données d’entretiens et de prises de position diverses. L’intérêt, de ce qu’il convient d’appeler une somme, est de balayer tous les angles possibles quant à la direction des établissements, le recrutement et la carrière des enseignants ou encore la posture et le choix des étudiants. On y apprend entre autre chose les émoluments de rock-stars des dirigeants d’universités américaines, l’endettement des étudiants de ces mêmes universités (peut-être pour payer ces dirigeants ?), les effets de stimulation d’un marché éducatif produit par le classement de Shanghai, les valeurs sociales qui s’attachent au recrutement d’enseignants dans les différents pays, comment de façon partagée la pédagogie semble un non-sujet des gouvernances de ces institutions. On apprend beaucoup de choses sur le refus de l’évaluation des universitaires Français et la vision de leur mission, sur les coûts d’inscription allant de la gratuité Française à des sommets Américains et enfin sur les flux de diplômés en particulier docteurs des différents pays plus de 56 000 aux USA, près de 10 500 en France et quelques 3000 en suisse. Le sujet reste pour l’auteur passionnel tant l’usage qu’il fait des données est à charge pour l’enseignement supérieur Français et ne tarit pas d’éloge sur le modèle Suisse. A le lire, le modèle de la compétition éducative industrialisée notamment promu par les approches anglo-saxonnes serait celui de l’excellence. Il s’agirait pour les francophones de se mettre sérieusement à l’Anglais, de renoncer à l’égalitarisme et de sélectionner et distinguer massivement les professeurs, les étudiants, les travaux de recherche. L’auteur a bien raison de dénoncer les limites et les paradoxes Français. Les choix honteux des dirigeants qui favorisent des micro-élites et délaissent les masses d’étudiants, les privilèges de quelques chercheurs, les corporatismes, les localismes, les fiertés mal placées. Une omniprésence du fait économique traverse l’ouvrage. Les écosystèmes qui en génèrent toujours plus sont particulièrement bien décrits finissant de réduire nos illusions sur les missions universitaires. Les faces obscures des systèmes anglais, suisses et américains sont peu mises en évidence. On pense par exemple au risque d’une bulle de prêts étudiants non solvables quand on apprend que le taux de défaillance des étudiants Anglais endettés atteint près de 22% (384 300 étudiants pour une dette douteuse de 7,3 milliards d’euros). L’argent qui est présent presque à chaque page serait le nerf de la guerre. Ce fait interpelle de même que le parti pris de l’auteur d’associer l’excellence à ce développement industriel et monodirectionnel de l’éducation supérieure. Il manque certainement un regard sur les finalités et les dynamiques des systèmes pris dans des ensembles sociaux plus vastes. Il manque un regard plus critique sur les désordres provoqués par cette « excellence éducative » qui a produit des banquiers véreux, des dirigeants sans état d’âme, des managers aux ordres avec des conséquences sociales et environnementales qui ne sont pas chiffrées. Il serait utile pour établir un diagnostic sincère de prendre en considération l’ensemble des externalités produites par ces dirigeants. Peut-être un prochain ouvrage ?

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