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Publié par CRISTOL DENIS

Le stage dans sa forme traditionnelle avec sa théâtralisation, son unité de temps, son unité d’action, son unité de lieu nous fait régresser dans l’effort d’adaptation à un monde ouvert. En particulier quand le stage est la forme exclusive pour apprendre.

Les anciens de la formation disaient allez en stage, il en restera bien quelque chose. Et ils affichaient même qu’une performance de rétention de l’information de 10% était un objectif satisfaisant.

Peut-on imaginer qu’à l’heure d’internet où les informations défilent toujours plus nombreuses sur les écrans chaque minute, que les données se répandent chaque seconde, se collent aux objets, s’incrustent dans les parois, sont propagées par les ondes, peut-on imaginer que garder en mémoire 10% d’un stock dépendant de la qualité d’un formateur pris comme seule source soit le meilleur moyen de s’adapter au monde actuel ? Personnellement je n’en crois rien. J’imagine plutôt que se concentrer sur des contenus mis en forme par un tiers empêche d’élaborer par soi-même des connaissances, empêche tout simplement de penser et de s’adapter, de repérer les difficultés. Cette vision du formateur explorateur qui filtre, ordonnance, architecture le savoir pour l’autre semble un résidu des scribes et des clercs qui inscrivaient sur des supports ce qu’il était bon de mémoriser. Apprendre était alors synonyme de retenir, d’apprendre par cœur. Si la répétition ad nauseam de textes sacrés et de gloses à leur endroit a longtemps tenu lieu d’apprentissage et s’est finalement imposé comme la forme majeure et de référence. Le sacré ne constituant plus un moteur, cet abandon au dieu némésis et à la mémoire est une façon de nous tenir dans l’obéissance de formes convenues et maîtrisables. Le stage et ses heures comptabilisées comme le temps où l’on apprend nous empêche en fait d’apprendre, c’est-à-dire de faire des liens de comprendre ce que l’on vit au quotidien, d’être attentif au monde par soi-même. Entendez moi bien, il ne s’agit pas de ne plus rien garder en mémoire, mais d’identifier ce qui doit se tenir dans notre cerveau, dans des objets ou qui peut être mobilisé à l’aide de nos téléphones portables. Voici un essai de classification à ce sujet :

  • Données à mettre dans le cerveau : méta balise, grands repères philosophiques, géographiques, historiques, scientifiques, forme de raisonnement, de motivations, typologie de pensée, concepts connecteurs
  • Données à placer dans des objets ou des lieux : données localisées, spécifiques, à un usage facilitant les interactions, l’orientation, les repérages, les accès,
  • Données accessibles à partir de nos téléphones portables : base de données, informations de détails, précises et exhaustives

Quand nos outils suppléent à nos facultés, il y transformation de nos façons de penser. A chaque fois que l’homme s’outille, il perd une faculté et il en gagne une autre. Il limite l’une de ses faiblesses et mobilise son attention et son énergie vers d’autres centres d’intérêts. S’il confie à son smartphone ou son ordinateur une masse d’informations, il peut stocker plus de détails, mais dans le même temps, il prend le risque que son disque dur s’écrase et de tout perdre, de se retrouver perdu. Un stage est-il seulement accès sur la mémorisation ?

Je précisais que le stage exclusif moyen d’apprendre nous limitait et nous faisait régresser, mais il est possible d’en modifier le contenu et d’utiliser le temps ou chacun est avec les autres pour apprendre à penser et réfléchir ensemble, pour faire face aux transformations qui modifient structurellement l’environnement et pour lesquelles les recettes anciennes sont impuissantes.

Il est donc possible de réhabiliter le stage à la condition de sortir de l’illusion du transfert de connaissance. Il s’agit de s’appliquer à faire du stage un temps de rencontre faisant une large part aux contextes individuels, aux expériences, et aux émotions. Si le stage continue à valoriser un problème tout ficelé, il faut le supprimer, s’il ouvre au travail réel, à la réflexion accompagnée collectivement pour y faire face, alors, il a encore une vraie valeur ajoutée.

Quand le stage traditionnel de formation nous fait régresser

Commenter cet article

Emma 30/10/2014 10:56

effectivement, tout le monde n'a pas la chance de tomber sur un stage qui met en valeur la formation initiale pour parfaire ses connaissances et s'insérer dans le milieu professionnel.

chouette article. Merci

cristol 30/10/2014 10:58

merci Emma pour ce retour, que cela ne nous empêche pas de concevoir et de participer à de bons stages