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Publié par CRISTOL DENIS

Certains tristes sires voudraient laisser penser qu'internet serait une aventure solitaire. Plutôt qu'un surf, la navigation en ligne serait un échouage ou chacun sur son île serait un Robinson Crusoé cherchant à survivre dans un environnement hostile. Ils vouent aux gémonies les machines et les écrans et les accablent de tous les maux. Elles déshumaniseraient. La réalité semble plus contrastée et les pratiques excessivement variables. Finalement nos détracteurs disposent de peu de cartographies et d'observations fiables. Ce manque de données devrait les inciter à plus de prudence.

En réalité, pour ce qui concerne le domaine de la formation professionnelle, que j'observe plus attentivement, la multi-modalité est ce qui semble se mettre en place. Cette multi-modalité consacre une apprenance qui vivifie les façons d'apprendre et d'enseigner mélangeant des temps sociaux à distance et en présence de l'autre.

Ni solitude absolue, ni communauté utopique de pairs, les échanges en ligne et toutes les formes d'apprentissages qui se mettent en place libèrent un potentiel d'exploration et ouvrent la voie à de nouvelles pratiques.

Une auto-formation en ligne sous la forme de recherches libres se met en place dans les interstices que les autres mondes (du travail, du loisir, du repos) lui laissent. Ainsi, selon la façon dont le travail est organisé la place laissée à l'auto-formation est étroite ou intégrée. Les formes de travail rendent possibles ou compliquent la possibilité de :

- s'autodocumenter

- s'auto-diriger dans ses apprentissages

- s'auto-évaluer

mais surtout de se lier aux autres.

En effet, les besoins d'un homme restent génétiquement et culturellement sociaux. Sa conduite est toujours teintée du besoin de l'autre, d'être en communication, d'être reconnu, d'avoir une place et un rôle, d'appartenir, de contribuer, d'exister à sa façon pour soi et les autres.

L'auto-formation en ligne sous la forme de recherche libre est donc une autre façon d'apprendre ni meilleure ni pire qu'une autre (les méta recherches menées par le directeur de recherche du CESI Bernard Blandin ne distinguent pas de meilleure efficacité ou plus faible efficacité liée à un dispositif utilisant une technologie ou non). Cette auto-formation n'isole pas plus qu'elle ne rapproche, car comme le savent les chercheurs qui se sont penchés sur la question de la distance en formation (cf. les travaux d'Annie Jezegou), cette dimension est bien autre chose qu'une donnée géographique. Elle possède aussi une dimension sociale, psychologique, culturelle. Chacun sait bien pour l'avoir vécu que la présence physique de certains professeurs ne comblera jamais l'écart avec ses élèves.

Alors qu'offre en plus l'auto-formation en ligne sous la forme de recherche libre ?

Elle offre des accès, des connexions, des possibles contacts avec d'autres socialement inaccessibles. Par les recherches libres en ligne, elle permet simultanément de se perdre mais aussi d'explorer de nouvelles possibilités. Elle permet des effets de sérendipité quand les recherches sont orientées. L'auto-formation en ligne abaisse la barrière d'exigence de la communication qui génère tant d'inhibition et de peur du jugement sur soi dans des situations de face à face traditionnelle en formation. C'est peut être ce qui explique le succès de la Khan Acadmy.

L'auto-formation en ligne sous la forme de recherches librement conduites permet de laisser des traces de ses recherches, de déposer des demandes à des tiers, se faisant, elle contribue à l'intelligence collective par des dialogues qui ne sont pas toujours du vain clavardage. Car si de nombreuses bribes sont sans intérêt, de ce bruit s'élève parfois une vraie pépite. Elle libère à la façon du texte libre de Freinet où chacun écrit sur sa vie, évoque son questionnement, commence à se poser comme auteur de son existence. C'est certainement dans cet effet émancipateur que l'auto-formation en ligne recèle le pouvoir le plus puissant. Se dire sans respecter d'autres formes que son intuition et non la forme d'un autre, fait de soi le propre sujet de son apprentissage et non pas seulement l'objet d'une politique ou d'un programme de formation.

Alors oui pour toutes ces raisons l'auto-formation en ligne, à chaque fois qu'elle est dirigée par l'individu lui-même est une force d'émancipation qui nous relie. Il faudra compter avec elle de plus en plus car les usages s'inventent au fur et à mesure que le matériel se déploie. Il faudra apprendre à se défier des pièges sur nos vies privées, stopper l'invasion publicitaire, le prêt à penser et toutes les simplifications et horreur qui vont s'y nicher. Mais quoiqu'il en soit le retour en arrière semble bien difficile et le dialogue qui s'est engagé avec soi et les autres n'est pas prêt de s'arrêter.

L'autoformation en ligne est plus que de la soloformation
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laura@management resources 18/11/2014 10:59

Je suis d'accord avec vous. Cependant je rajouterai quelque chose : l'auto formation n'est pas suffisante. Etre formé par des personnes externes tels que des enseignants ou des professionnels est indispensable. L'un ne peut aller sans l'autre à mon sens.

cristol 18/11/2014 12:45

Oui la multimodalité et la variété des interactions sont un vrai plus.
On peut même apprendre avec un enseignant