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Publié par CRISTOL DENIS

Introduction

La qualité en formation renvoie à plusieurs objets tels que la qualité du processus de formation (de la conception, à l’animation, à la gestion et à l’évaluation des effets), la qualité des interactions entre les acteurs parties prenantes (négociation, définition des intentions, conditions de mises en œuvre et de rétribution), l’adéquation de la formation aux enjeux des hommes et des organisations, la qualité du service coproduit (l’apprentissage et ses effets immédiats individuels et collectifs), l’efficience (lien entre moyens mis en œuvre au regard des objectifs atteints). Incidemment selon qui analyse la qualité de la formation (financeur, dirigeant, participant, politique) les critères et les modalités de fixation et d’évaluation de la qualité peuvent être diamétralement différents. On se souvient des systèmes qualité OPQCM, normes Afnor ou ISO qui essayent d’approcher ce que pourrait être un dispositif de qualité. Si l’OPQCM s’appuyait sur des déclarations des clients attestant la qualité, les normes Afnor ou ISO avaient des visées régulatrices et procédurales plus fortes. L’un des risques étant la construction d’un face à face entre maitrise d’ouvrage et maitrise d’œuvre et l’oubli de l’apprenant. Un processus pouvait être réputé de qualité sans qu’à aucun moment les objectifs de l’apprenant ou son désir d’apprendre n’aient réellement été pris en considération. Il en résulte la passivation des apprenants. Les procédures avaient été respectées, les fiches de contrôles à chaque étape du processus étaient bien remplies on en déduisait que la formation était de qualité. Ce raisonnement excluant l’apprenant et les effets sur le travail est à écarter à un moment où l’enjeu n’est pas seulement la qualité de la formation mais la qualité de l’apprentissage. Au-delà de la seule mémorisation technique ces sont bien aujourd’hui les effets de l’apprentissage qui nous intéressent : effets sur la motivation à apprendre, effets à piloter son parcours, effet sur la capacité d’apprendre à apprendre, effet sur la confiance en soi et dans son organisation, effet sur la reconnaissance, effet sur le pouvoir d’apprendre ensemble et pour des buts appropriables.

En tout état de cause, l’une des difficultés est de repérer la finalité et les conditions de mise en œuvre des formations et des apprentissages sous-tendus, car les éléments qui vont fixer ce qu’est ou n’est pas une formation de qualité vont varier en fonction des finalités visées. J’en distingue trois finalités transactionnelles, finalités sociales et finalités transitionnelles.

Finalités transactionnelles.

Les finalités transactionnelles correspondent à l’idée d’un gagnant-gagnant entre le collaborateur et son employeur faisant l’objet d’une contractualisation. Pour mener à bien la mission immédiate et maintenir son capital de compétence, il s’agit de s’adapter au travail ou aux projets. Si la formation est une adaptation au poste de travail, la qualité de la formation pourrait être évaluée par le rapport entre les moyens mis en œuvre relativement au contexte professionnel spécifique et la réussite de l’adaptation, puis la vérification de la bonne mise en œuvre. Les effets de la formation (trop rarement mesurer). Les critères de qualité se fixeront sur l’agrément de l’organisme de formation, le pedigree du formateur (diplôme, CV, remise à jour continue), le respect de standard, une évaluation formative ou sommative pourrait garantir l’atteinte des objectifs visés, l’évaluation des effets voire l’obtention d’une certification. Ces finalités sont souvent satisfaites par des modalités pédagogiques de face à face, en inter, ou intra standardisée, des modalités de déploiement où les traces et la gestion priment.

Finalités sociales

Les finalités sociales sont relatives à la place des individus dans l’organisation, et le dispositif de formation lui-même. La formation de qualité prendra au mot l’idée du stagiaire acteur de sa formation, dans la conception de la formation. Les finalités sociales induisent la création d’une maîtrise d’usage à côté du maitre d’ouvrage et du maitre d’oeuvre. Sur le parallèle qu’il n’est de meilleur connaisseur de son logement que l’habitant (le maitre d’ouvrage et l’architecte ne vivent pas dans l’habitation), la maitrise d’usage associe le stagiaire fortement à l’apprentissage qui le concerne au premier chef. Une formation de qualité est alors une formation qui donne sa place à l’apprenant positionné en formateur occasionnel, expert de sa situation professionnelle, explorateur devant relever le défi de concevoir son savoir. Dans ce type de finalité sociale les dispositifs de formation sont des dispositifs qui sortent du paradigme behavioriste ou l’on définit un objectif, des contenus, des modalités pédagogiques. On passe là de dispositifs qui distribuent des savoirs à des dispositifs où l’on construit ses savoirs. La qualité sera ici évaluée selon la capacité des dispositifs à « rendre acteur de leur formation » les participants. Quand interviennent-ils dans le processus qui les concerne ? Comment leur avis sur leur problème à résoudre est-il pris en compte ? Comment ils peuvent auto-diriger leurs apprentissages ? Quels moyens l’organisation met-elle à disposition pour les aider ? Dans cette perspective la qualité est perçue du point de vue du bénéficiaire et pas dans celle du concepteur. La qualité peut s’appréhender sur ses effets sur les organisations de travail.

Finalités transitionnelles

Les finalités transitionnelles sont celles qui construisent de la confiance vers le futur, et qui développent ce que l’on pourrait appeler l’employabilité (d’un point de vue technique j’ai des compétences pour évoluer dans ma carrière) et la confiance en soi et en son potentiel (d’un point de vue psychologique je suis en mesure de me projeter et de faire des choix autodéterminés). Si je l’on fixe comme enjeu pour la formation de participer à l’émancipation des individus, c’est-à-dire à l’augmentation de leur pouvoir d’agir au sein et au-delà de leurs organisations de travail, les critères de qualité doivent prendre en compte la façon dont le projet d’apprentissage a pris en compte les motivations intrinsèques de l’apprenant et sa capacité à apprendre. Une formation de qualité sera alors une formation qui tout en construisant des compétences techniques, développe dans le même temps des ressources individuelles, collectives professionnelles, des capacités d’apprendre à apprendre. Autrement dit une formation de qualité permet à l’apprenant de faire des choix libres, de repérer les moyens et stratégies d’apprentissage qui sont efficaces pour lui et les projets qu’il poursuit. C’est une formation qui fait le pari inconditionnel de la capacité de l’individu d’évoluer et de l’organisation de lui offrir des perspectives, ou de créer ensemble des évolutions. Ce type de finalité induit un niveau de maturité managériale capable d’accompagner des formations moins utilitaires mais ouvrant à plus d’innovation et de préparation à l’inconnu. Ces finalités bénéficient à la société toute entière et pas seulement à l’employeur ou à l’individu.

Conclusion

Le regard porté sur la qualité en formation s’appuie sur l’agentivité de l’apprenant. Selon la place qu’on veut bien lui laisser agent à adapter – acteur de sa formation ou sujet construisant son histoire professionnelle, l’appréciation de la qualité ne sera pas la même et les modalités à évaluer différeront.

La qualité en formation

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choisir sa formation 19/03/2015 12:26

bonjour, en tout cas merci beaucoup pour cette article

François GALINOU 12/12/2014 10:50

Avec tout le respect que je porte à l'homme que tu es et à ton travail, je ne comprends pas pourquoi tu parles des "systèmes ISO, AFNOR ou OPQF" à l'imparfait alors qu'ils sont plus actuels que jamais.

La réforme, par le biais du décret qualité qui sera publié début janvier 2015, prévoit que les organismes certifiés par ces systèmes seront reconnus comme en capacité de produire des prestations de qualité;

La norme ISO 29990 publiée en 2010 prend en compte l'agentivité de l'apprenant et décrit les 5 processus d'une action de formation de la détermination des besoins à l'évaluation. Dans le monde près de 1000 organismes ont obtenus cette certification.

L'ISQ OPQF n'a jamais été aussi actif depuis sa création.

Autrement, à ce détail près, ce que tu écris me parait pertinent, et je t'invite quand tu veux à participer à une réunion de la Commission de Normalisation Afnor "Formation Professionnelle" pour porter ce type de contribution.

François GALINOU 31/12/2014 15:15

Mon cher Denis,

Je comprends ton point de vue. Ma pratique comme ma conviction ne sont pas heurtées parce que ma vision intègre ton point de vue.

Lorsque je présente les normes ISO j'ai toujours un mot pour les "anciens combattants" des normes ISO qui ont affronté leur implémentation dans les années 90. Pour certains, comme moi, ce fut la Saint Crespin. Pour d'autres, comme ceux dont tu parles, ce fut la Bérézina. Dans tous les cas, quand j'en parle, l'émotion est perceptible à la hauteur de l'espérance. Certains montrent leur cicatrices avec fierté. D'autres ont perdu un membre et leur joie de vivre..

Ce que je t'apporte c'est une INNOVATION, la combinaison de l'ISO 9001 et de l'ISO 29990, publiée en 2010, et qui a été mis en œuvre avec succès dans plusieurs organismes dans le monde entier. La norme ISO 29990 met l'apprenant au centre. Bien sûr elle ne va pas aussi loin que toi et ta science. Une norme est une norme et non l'énoncé d'une science. Elle est un guide direct pour l'action. C'est cet éclairage là que je veux t'apporter. Car quoi qu'on en dise la normalisation et la certification sont une conséquence et une condition inéluctables du développement d'une activité. C'est aux professionnels de la formation, dont ses scientifiques, d'en prendre conscience et de s'engager dans ses activités.

Je t'inviterai donc à la prochaine réunion de la commission de normalisation AFNOR formation professionnelle.



François GALINOU

cristol 13/12/2014 08:01

Bonjour,
J'ai l'impression d'avoir heurté tes pratiques et tes convictions dans cet article, j'en suis fort désolé parce que loin de moi l'idée de dévaloriser l'apport des normes qualité en formation. Elles aident souvent à se doter de repères. Ce que j'ai essayé de dire c'est que les normes ne résolvent pas tout et leur prétention, ou plus précisément l'usage qui en est fait et que j'ai vécu plus de 20 ans pour avoir travaillé dans des organismes certifiés et pour avoir moi-même fait certifier des activités de formation, laisse parfois à penser que la norme suffit comme garantie/révélateur de qualité. Il n'en est rien. Trop souvent les dirigeants s'arrêtent aux indicateurs chiffrés et utilisent la qualité comme un système total d'organisation. Lorsque cela se couple avec des workflows informatisés de travail et de gestion, le système devient irrespirable, la tentation des acteurs est alors de satisfaire l'auditeur, pour ne pas s'attirer d'ennui. On passe à côté de la louable ambition du normalisateur d'entrer dans des démarches d'amélioration.
Les premières expériences de qualité en formation dans les années 90 ont été une violence sociale insupportable. Des auditeurs ne connaissant rien à la formation venaient avec la certitude de leurs normes dire ce dont il fallait rendre compte et dans quel vocabulaire il fallait le faire. J'ai vécu des séances pénibles (les choses ont beaucoup évoluées depuis : ) fort heureusement)
Des dirigeants de l'AFNOR ont reconnu en 1997 que la "norme avait oublié l'apprenant". La norme ISO 29990 affirme qu'il y a 5 processus dont le premier traite des besoins, mais si comme l'affirme Bertrand Scwhartz, il n'y avait pas de besoin mais des problèmes à résoudre? Et si un adulte n'apprenait que justement s'il a un problème à résoudre? Je connais mal la norme ISO 29990 mais je doute qu'elle embarque l'idée de maîtrise d'usage qui offre à l'apprenant une plus grande prise sur son apprentissage (http://4cristol.over-blog.com/article-la-maitrise-d-usage-en-formation-107893262.html). Ce dont nous avons besoin ce sont de normes et de pratiques qui s'attaquent au fond pédagogique et concourent à l'émancipation des individus et pas seulement de normes qui garantissent des processus. Les normes en formation doivent s'éloigner du registre prescriptif au risque de s'attarder à un registre technique/procédural et d'oublier la question de la posture, du projet, de la tournure de chacun face à sa vie. Si les normes y contribuent c'est très bien sinon, il faut les faire évoluer. Je serai heureux de partager mon point de vue à l'occasion d'une commission de normalisation car autant j'ai rencontré des auditeurs arrogants, autant j'en ai croisé d'utiles et de pertinents.