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Publié par CRISTOL DENIS

Avec le jeu des partenaires sociaux, les accords nationaux interprofessionnels sur la formation professionnelle puis la loi expriment la logique transactionnelle et gestionnaire dominante. Les tractations créent des droits et des obligations. Le principe de la négociation en créant des objets de droit et en faisant de la formation un objet passe complétement à côté de la grande question de la motivation à apprendre.

Le soutien inconditionnellement positif du chef, du pair, du formateur au projet d’apprendre ont plus d’effet que ce rapport de mesure et ces milliards de budget qui sont constamment renvoyés au public, objet de toutes les attentions. Le fait d’ignorer le rapport au savoir et la dimension relationnelle fait que tout le processus d’accouchement d’une vision passe à côté de la seule finalité qui vaille, à savoir donner le goût d’apprendre.

A force d’occuper ses enjeux par le dialogue social, la question de la naissance du projet d’apprendre et des environnements humains et matériels pour se faire est oubliée. Il ne suffit pas d’énoncer des mesures techniques et de trouver à les financer, ce qui reste toujours difficile, il faut encore soutenir l’écosystème humain, développer des infrastructures et faire briller les yeux de tous ceux qui attendent de la formation de pouvoir s’émanciper et accroitre leur pouvoir d’agir.

Tout se passe comme si, plus le législateur et les acteurs imaginant les dispositifs pour gérer la formation, les réguler et les derniers les contrôler, plus ils étouffent in fine l’envie d’apprendre.

A ce jeu ce sont les plus habiles à comprendre le système qui en bénéficient car il faut toujours être polytechnicien et énarque pour comprendre que la simplification actuelle bénéficie aux personnes les plus en retraits.

Au final ce que produisent les 32 lois sur la formation parues depuis 1971 c’est une perte de sens et une déshumanisation. Elles créent :

  • Des objets de savoir : les textes oublient le rapport au savoir et la critique du savoir moteur de l’engagement dans des projets d’apprentissage. La méthode transmissive frontale de contenu prédéfinis est toujours la forme dominante à 96% des actions recensées. Les projets des apprenants restent toujours sous contrôle d’un tiers, niant l’importance de l’auto-direction des apprentissages, découverte majeure en science de l’éducation. On apprend lorsque l’on décide de soi-même de son projet.
  • Des objets de négociation : la formation est un objet de gestion, de mesure, ou la question du financement demeure le point central. L’évaluation est omise. Seul les flux et les conséquences économiques sont identifiés.
  • Des objets réceptacles de savoir : les apprenants sont toujours mineurs et doivent toujours rendre compte de ce qu’ils ont envie d’apprendre dans une illusoire codécision avec leur employeur censé avoir une meilleure vision de l’avenir qu’eux, ce dont on peut sérieusement douter au regard de la santé économique de nombreuses entreprises, et de la mutation accélérée des métiers, ou encore de l’immense retard que les entreprises prennent en matière numérique (les individus sont nettement en avance sur les entreprises à cet égard).

Les lois sur la formation satisfont le besoin d’existence des partenaires sociaux qui disposent d’un terrain de dialogue, mais aussi celui de l’état qui peut se poser en arbitre et renforcer sa légitimité en laissant l’apparence qu’il est aux commandes. Elles passent depuis longtemps à côté de la génération du pouvoir d’agir de l’individu de s’accroitre lui-même. Elles produisent de la division entre les bons et les mauvais objets :

  • Ce qui est reconnu formation et ce qui ne l’est pas
  • La bonne cible (l’ouvrier faiblement qualifié) de la mauvaise (le cadre qui profite du système)
  • Ce qui doit être appris et qui sera reconnu comme tel et ce qui est suspect/incompris/hors normes et qu’il faut laisser dans l’ombre.

La véritable réforme de la formation consisterait à s’attaquer à la gouvernance du système lui-même, à se reposer des questions fondamentales sur le travail et l’activité réelle, à se pencher sur la création de contexte favorable à l’envie d’apprendre plutôt que d’empiler une réforme technique de plus.

Réformons la réforme de la formation

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