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Publié par CRISTOL DENIS

Après une carrière de journaliste, Guillaume Bigot fait profession de diriger le pôle universitaire Léonard-de-Vinci. Il adresse une critique en règle au management dont l’un des torts principal serait d’affadir la relation d’autorité. Il étaye sa démonstration sur une riche analyse socio-historique et brosse la manière dont le capitalisme anglo-saxon a fini par noyer l’art du commandement dans les « eaux saumâtres » du management. Outre sa qualité rédactionnelle et l’impressionnant volume de faits articulés, l’un des intérêts majeur de l’ouvrage est de trancher avec l’habituelle critique des élites qui auraient faillis par collusion avec le capitalisme ambiant. La thèse défendue par l’auteur (celui-ci est aussi doctorant en sciences politiques), est qu’à force d’appliquer des recettes gestionnaires de surveiller et séduire dans le même temps, les collaborateurs seraient sous commandés. Les repères hiérarchiques se seraient affaiblis, par refus d’assumer un rôle d’exemplarité, par le choix de la manipulation plutôt que par celui du courage, par des jeux personnels, par le développement d’un esprit d’indécision (le principe de précaution l’emporte sur le risque assumé), par une créativité en berne, par la délocalisation des problèmes (ouvriers, usines, fournisseurs filent à l’étranger), par le recrutement privilégié de clones, par le règne sans concession de l’image plutôt que du résultat. La liste de renoncement est longue. Les chefs n’oseraient plus assumer leur rôle, sanctionneraient peu, se couperaient de leurs collaborateurs, se retrancheraient derrière des chiffres plutôt que de penser par eux-mêmes, céderaient à une technologie managériale. L’auteur s’efforce de réhabiliter le bon sens du commandement. Il préconise de revoir le modèle envahissant des business-school qui a mal voyagé et s’impose en référence aux autres modèles pédagogiques, transformant les business case américains en pur exercice de langage. Il propose de redévelopper une intelligence cultivée, car les dirigeants en seraient peu dotée et « sans hiérarchie culturelle pas d’autorité ». A force d’imiter les dirigeants de multinationales, nombre de dirigeants se sont perdus dans des pratiques et des procédures hors sol qui conduisent à plus de défiance que de résultats. A un moment où de nombreux chefs ont trahi, il est intéressant de lire sous la plume d’un leader éducatif un engagement fort, l’expression de croyances affirmées, dans le rôle de l’expérience à laquelle un chef se frotte pour devenir ce qu’il doit devenir. Espérons que cet ouvrage ouvre le chemin pour réfléchir en profondeur aux fonctions de commandement dans les organisations et que les écoles qui forment les futurs chefs intègrent nombre de remarques formulées à commencer par l’impérieuse nécessité d’apprendre l’art de diriger dans l’action.

Intervention sur France Info

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