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Publié par CRISTOL DENIS

La transformation du paysage de la formation est enclenchée. C'est une bonne chose.

Les initiatives foisonnent. Des explorations s'enchainent. On n'a jamais autant écrit sur les apprentissages informels, la formation numérique, les nouveaux lieux (co-working, lab, salles de formation de nouvelle génération etc.) et toutes les modalités de groupes, réseaux et communautés. Le mouvement vient de partout :

Les individus eux-mêmes se prennent en main. Ils ont compris que ni l'état (courbe du chômage désespérément en hausse), ni les syndicats (maintien des corporatismes), ni les employeurs (poursuite des logiques de profits de courts termes) ne pouvaient rien pour eux. Ils deviennent des apprenants stratégiques et opportunistes, apprennent partout et tout le temps de multiples façons. L'élan est particulièrement fort chez les salariés les plus qualifiés qui adhérent massivement aux MOOCs étrangers et français et s'auto-forment via le net.

L'état poursuit sa posture de régulateur en disant ce qu'il est bon d'apprendre (fléchage des formations éligibles au compte personnel de formation), comment le faire (toujours une prudence forte vis à vis des modalités numériques, le coaching, ou tout ce qu'il ne comprend pas, malgré des avancées), et jugement de valeur sur la qualité des formations. Ce faisant, il prend des initiatives et réforme tant bien que mal, promeut le numérique, dont il pressent le rôle moteur sur la croissance et l'invention de la société d'aujourd'hui de demain.

Les partenaires sociaux employeurs et syndicats suivent le mouvement. La formation est portée haut dans les discours mais le marché du travail segmente toujours plus les inclus et les exclus du travail. La formation reste encore pensée comme un pansement, un manque de connaissance à combler. Plus la formule "l'individu est acteur de sa formation" est prononcée, plus on cherche à penser ce qui est bon pour lui. Les discours sur la planification de la formation ou la gestion prévisionnelle ne trompent personne. Il est très/trop difficile de prévoir l'avenir et les dispositifs soutenus à bout de bras parviennent mal à orienter les formations qui valent pour demain et assurent une activité et de la valeur ajoutée. La certitude que ce qui est intéressant pour l'individu est d'apprendre à apprendre se traduit mal dans les faits. La machine qui régit la formation reste d'orientation comportementaliste, basée sur des lieux spécialisés et des programmes (affichés) contrôlables.

Des acteurs privés, des militants publics, des individus intégrés dans des entreprises ou des administrations, des associations proviennent de nombreuses initiatives : d'invention de nouveaux lieux, d'innovation pédagogique, d'essais-erreurs, de recréation de liens ou de modalités, de création de nouveaux objectifs, d'expériences en tout genre. Ces acteurs sont invisibles et passent en dessous des radars. Ils agissent hors des circuits officiels et échappent aux influences qui pèsent sur leurs actions. Ils prennent des risques et innovent.

Gageons que si les acteurs dominants n'étouffent pas ce bouillonnement en prétendant tout réguler, mais plutôt en mettant leur énergie sur les plus en difficulté (plus faiblement qualifiés, seniors, discriminés), gageons donc que toutes ces initiatives qui germent puissent s'exprimer pleinement et produire des effets. Si cette liberté pour apprendre s'exprimait un peu plus, il serait bien possible que le "système de formation" (mécanique complexe et imbuvable pour qui n'est pas à la source), se transforme en projet d'apprenance pour la société toute entière.

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AIVAR Charles 11/06/2015 07:11

Aujourd'hui, travailler dans le monde de la formation sans perdre son âme, c'est à dire en gardant à l'esprit que le coeur et la raison de notre métier, au délà de former, est de permettre à des individus de devenir des "sujets apprenants" pour demain être des citoyens libres et armés, et non de "objets" d'actions de formations à formater via une machine qui impose plus qu'elle ne (se) questionne; travailler dans la formation c'est lutter en soi contre une forme de schizophrène professionnelle qui nous fait répondre à des injonctions structurelles réglementaires, descendantes obsolètes, stériles et inutiles, pour assurer (de moins en moins) de disposer de moyens de fonctionnement et d'innovation suffisants, tout en tentant de développer des modèles pédagogiques "autres" qui ne rentrent pas dans les cases d'un système incapable de penser la complexité de l'acte d'apprendre, ses liens avec le désir.... Il se peut que l'avenir de la formation soit en dehors du champs des acteurs conventionnels de la formation, qui englués dans un système autophage, sont voués à sombrer avec le Titanic, ou à développer cette forme salvatrice de schizophrénie qu'il conviendrait d’appeler le syndrome de Batman : Paraître comme tout le monde du dehors, donner à la mécanique réglementaire ce qu'elle demande (comme un sacrifice d'heures dédiées à produire un inutile magma de données) et à la marge, détourner quelques moyens, pour créer et penser, tester de nouvelles formes d'Apprendre, et de nouveaux usages.

Cristol 11/06/2015 07:20

Parfois j'ai l'impression que nous avons le syndrome de super Dupont. Une affirmation bravache de prétendre régir ce qui échappe aux lois : le désir d'apprendre