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Publié par CRISTOL DENIS

Une antienne bien connue porte un verdict sévère sur nos sociétés individualistes. Nombre des maux que nous rencontrons (incivilité, corruption, intolérance etc.) seraient le fait d'un individualisme forcené. Paradoxalement, selon les enquêtes d'opinion, nous serions pessimistes pour le destin collectif mais individuellement beaucoup plus satisfaits de notre sort. Chacun aurait sa petite bulle d'hédonisme, ses satisfactions, et aurait de quoi satisfaire un égo voire un égoïsme bien trempé. En formation professionnelle cela se traduirait par un réflexe utilitaire pour se qualifier, se perfectionner, évoluer dans sa carrière, grimper toujours plus haut.

Mais il est aussi loisible d'observer la montée de ce qu'il serait possible de nommer un individualisme coopératif. Celui-ci se caractériserait par une orientation vers les autres, observable par des choix d'engagements de proximité dans le secteur associatif, ou pour des causes d'intérêt général. Cette forme individualiste serait moins guidée par des formes sociales surplombantes (famille, parti, syndicat, église, employeur etc.), mais plus par des choix réfléchis et personnels d'agir dans une direction plus collective. En formation cela se traduirait par des orientations et des choix tournés plus vers la communauté. J'apprends parce que c'est utile à la cause qui me tient à cœur, et j'ai besoin de me développer pour cela. J'apprends pour être bien avec les autres.

Si l'hypothèse que je pose s'avérait juste, il faudrait lire la dernière réforme de la formation comme un contre sens historique. Notamment le compte personnel de formation renforçant la seule idée de qualification individuelle et de toujours plus de centration sur l'individu, alors même que la demande porterait vers plus de social, de vivre ensemble et de partage.

A cet égard rayer d'un trait de plume l'accès à des financement, toutes les formations courtes traitant de développement personnel, de langue, de construction de soi, de dynamique de groupe, renvoie à l'idée d'un tropisme utilitaire de la formation qui ne servirait qu'à se qualifier. Cette volonté de contrôle de qui doit apprendre quoi et de comment il doit le faire appartiennent à un autre âge : celui où les partenaires sociaux étaient représentatifs (avec moins de 7% d'adhérents massivement concentrés dans le secteur public c'est beaucoup moins le cas). La e-formation, les formations "un pas de côté", les formations sans objectifs définis avec des programmes formatés angoissent toujours les employeurs, les prescripteurs, et les représentants des salariés.

Si le compte personnel de formation est une bonne idée, il s'agirait d'arrêter de vouloir faire le bien des utilisateurs en leur disant ce qu'ils doivent apprendre et avec quels organismes de formation et pour quelles finalités. La finalité de qualification en est une parmi d'autre, mais ce n'est pas la seule. Encore un effort messieurs et mesdames les réformateurs, on y est presque.

Le retour du social en formation : point de vue critique sur la réforme

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