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Publié par CRISTOL DENIS

Il est surprenant de voir que les institutions éducatives conduisent immanquablement à produire de la compétition et de la concurrence. Par leur tropisme du classement et de l'orientation continue, les institutions éducatives n'ont de cesse que de séparer le bon grain de l'ivraie, de distinguer et de classer ceux qui occuperont les fonctions prestigieuses et exerceront les responsabilités et ceux qui s'emploieront aux tâches les moins valorisées. Ceux qui iront vers les meilleures classes et les déclassés. Elles distillent en goute à goute, tout en proclamant le contraire, le sens aigu de l'ego à satisfaire, coute que coute. Il s'agit d'être meilleur que l'autre, d'obtenir de meilleures notes, de surclasser dès l'enfance la concurrence. On se trouve avec des rituels sociaux d'examens et de diplômes à peine plus évolués que les affrontements de groupes de primates qui cherchent à poser des hiérarchies sociales. La violence de la confrontation directe est atténuée par les rituels et le discours méritocratique qui les justifient, mais le résultat est résolument le même. La machine scolaire, elle même insérée dans une machine sociale de reproduction produit inclusion et exclusion. Ce faisant, elle détruit le sens communautaire et imprime tôt dans la conscience de chacun la place qui lui est dévolue. Les institutions éducatives préparent les communautés rétributrices. Elles portent la morale d'un monde favorable à certaines valeurs qui seront récompensées et chassent toutes pensées divergentes ou par trop créatrices qui pourraient remettre en question les équilibres sociaux. Elles apprennent à chacun très tôt l'équation contribution-rétribution. Dans cette vision du jugement et de l'enjeu permanent sur le futur, le sens communautaire est rudement mis à l'épreuve. Les valeurs de solidarité, d'altruisme, les comportements pro-sociaux ne peuvent être que des résiliences familiales ou étrangères au monde scolaire. A part une minorité de bons élèves qui vont intérioriser leur vie durant qu'ils sont les plus forts et qu'ils sont légitimes pour commander, la majorité va se trouver éduquée à se conformer à des jugements extérieurs à eux-mêmes, parfois très dévalorisant. Ils trouvent de moins en moins leur place dans un ordre qui leur est défavorable et donc qu'ils esquivent.

En matière éducative les communautés sont rarement restauratrices et centrées sur les liens entre les personnes. Elles peinent à accueillir les différences et les potentiels de chacun. Elles sont trop empreintes du contrôle exercé par l'état via les "programmes", des pressions des familles via "les projections rêvées vers le futur" et enfin le "corporatisme" des enseignants auxquels on a tellement demandé qu'ils ne savent bien souvent que se recroqueviller sur ce qu'ils estiment être leur métier, sans droit de regard de quiconque. Faire de l'école et des institutions éducatives des communautés restauratrices serait peut-être un objet de réflexion ambitieux à mener. J'entends par là créer du lien entre tous et s'appuyer sur toutes réussites et envies plutôt que de seulement confronter parents, éducateurs et élèves à des référentiels normatifs. Accepter la différence des territoires et des envies, faire du projet éducatif un projet partagé et non seulement le projet des maîtres, ou des philosophes bien pensants. Chacun à force de prendre l'autre comme un adjuvant de ses propres désirs ne finit-il pas par passer à côté du vivre ensemble et de souffrir de l'autre qui n'est pas comme il attend qu'il soit. Faire des institutions des communautés d'apprentissage induit de construire des projets mieux partagés qui redonnent du sens à ce qu'est apprendre et pourquoi on le fait. Cette sorte de communauté est restauratrice, car elle se soucie en premier lieu à créer du lien, et pas seulement à respecter un programme.Espérons que les initiatives d'éducateurs, de familles, d'association parviennent à faire naître le débat pour affronter plus fortement la question des jeunes qui se sentent excluent très tôt par un système qu'ils ne comprennent pas. Encore 150 000 jeunes en France qui ont décroché cette année et qui s'ajoutent à ceux des années antérieures sans que rien ne soit vraiment changé.

Quand le système éducatif détruit le sens communautaire

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