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Publié par CRISTOL DENIS

Anne Pallatin dirigeant de APAKS partage sa pratique de la facilitation

Depuis plus d'un an, je facilite des "Labo de développement professionnel", chez moi, une fois par mois. Je partage ici mon expérience, après 11 séances de facilitation.

ORIGINE

A force d'aider des ami(e)s ou relations professionnelles en one-to-one, j'ai pensé plus efficace de monter des groupes de développement avec ces personnes, pour les raisons suivantes :

1. similarité des problématiques professionnelles à résoudre : positionnement, relationnel, questions sur l'évolution professionnelle face aux mutations actuelles ;

2. richesse du partage de points de vue et créativité d'un groupe de professionnels expérimentés, multi-sectoriels-compétences (membres de CoDir, direction achats, DSI, DAF, marketing, assurance, franchise restaurant, kinésithérapeute, artisan, formateurs, consultants, ingénieurs, stagiaires… en CDI, en CDD, en free-lance, auto-entreprise, SAS, Sarl, en alternance...) ;

3. facilitation et connaissance de plusieurs techniques et méthodes d'animation de groupes;

4. gain de temps et aventure quasi "communautaire" à venir.

DEMARRAGE ET REGLES

Quelques règles :

- Le lieu : chez moi, au salon, pour une convivialité intime, hors champs commerce ou business;

- Les horaires : à partir de 19h30 avec démarrage à 20h ; départ libre en fin de traitement d'un cas

- Les modalités conviviales de partage: chacun vient avec une grignote salée ou sucrée + une boisson;

- Les participants : le Labo est ouvert : chacun peut inviter qui il veut ;

- L’ inscription aux Labo via Doodle pour 20 personnes max ;

- La facilitation : tour des cas individuels ; choix collégial d'un cas (souvent générique des cas en présence ou important/urgent) ; méthode du gpe de dévt (partagée sur un paper-board) ; un "maître du temps" ; 40/45 mn par cas ;

- Les adresses courriel des participants partagées post labo.

Toutes ces règles sont dans le Doodle d’invitation partagé par les membres et leurs réseaux.

LECONS

* La Facilitation :

J'ai facilité les 3 premiers labos où sont venus souvent les mêmes participants, devenus à leur tour facilitateurs sur les Labo suivants. Ces personnes n'avaient jamais effectué de facilitation, et je suis intervenue en cours de facilitation pour rappeler les qqs règles de facilitation, et, surtout, recadrer gentiment les digressions.

Aujourd'hui, ces premiers facilitateurs sont les personnes socles des Labo et sont à l'aise avec la facilitation.

* La dynamique de facilitation et la participation :

Le nombre d'inscrits à chaque Labo n'est pas le nombre de présents (beaucoup de désistements de dernière minute), aussi la limite de 20 personnes a été finalement posée. Il est arrivé que nous soyons 22 et nous avons alors fait 2 groupes.

En deça de 5 personnes : ça ne marche pas ou mal, et les digressions d'ordre personnel sont beaucoup plus délicates à réguler selon les règles de facilitation pourtant posées.

8 à 12 personnes est le nombre idéal, mais un groupe de 20 personnes s'auto régule mieux et offre une créativité formidable.

Les niveaux, natures et contenus des apports de chacun ont été totalement surprenants et riches, et toujours accueillis avec une bienveillance et un vif intérêt par le groupe. Tout apport offre une perspective de valeurs et d'expérience inattendue pour les autres, et le contenant groupal se renforce à chaque tour, forçant à ouvrir les perspectives de chacun.

Plus le groupe se construit au fur et à mesure des traitements de cas, et plus la parole se libère. Le "porteur de cas" peut alors se retrouver en situation de questionnement assez profonde, voire intime... mais aucun débordement n'a jamais eu lieu... Même si des échanges de regard ont pu "exprimer" l'étonnement ou des émotions vives suite aux réponses du porteur de cas, le "lâcher-prise bienveillant" a toujours été présent.

Les "entr'actes" entre deux traitements de cas sont des moments importants, de rencontres, de repas, de convivialité... Il est assez délicat de les réguler, et, puisque c'est chez moi, il semble que chacun attende que je joue le rôle de maître des lieux pour réguler ces temps. Je m'assure donc que les relations en cours soient suffisamment établies pour inviter chacun à revenir en facilitation. Autrement dit, la facilitation est liée au lieu, et non au temps de travail formel.

Aussi ai-je proposé que les Labo aient lieu maintenant dans d'autres espaces, ce qui a été très bien compris par les facilitateurs de la première heure, qui ont proposé leurs propres lieux pour les Labo à venir.

En tant que facilitateur initial, lorsque mon tour d'être le "porteur de cas" avec un autre facilitateur est venu, cela n'a pas été si simple. Le "nouveau" facilitateur avait visiblement besoin de mon soutien pour tenir le cadre que le groupe mettait à mal... niant quelque peu la légitimité du nouveau facilitateur... Aussi, ai-je "joué avec les chaises" pour changer de rôle quand j'aidais le facilitateur à faciliter. La leçon : un facilitateur = un lieu, ou une nouvelle scénographie spatiale.

* Ce que nous apprenons ensemble

L'objectif du Labo étant de résoudre des problématiques et situations professionnelles, nous apprenons surtout à ouvrir nos référentiels d'analyse de situations et à acquérir des "postures", des techniques, des modes comportementaux... nouveaux, et incarnés par les membres du groupe. Les adresses courriel de chacun étant partagées, chacun peut continuer ensuite à bénéficier des apports nouveaux émises par les personnes ad hoc.

Nous apprenons aussi, et surtout, la solidarité : il ressort des verbatim de chacun que ce temps de Labo est précieux parce que :

- il est gratuit et basé sur la présence attentive et généreuse de chacun

- il permet de rompre l'isolement, de faire baisser le niveau de stress individuel en relativisant sa propre situation grâce au groupe et en constatant l'intérêt de ses propres ressources et compétences aux yeux des autres, etc...

- bref, il socialise, mieux: il humanise.

Il est amusant de constater que cette expérience, aussi bien pour les facilitateurs que pour les participants, a motivé chacun à s'impliquer davantage dans l'animation de la créativité de groupes dans leurs métiers respectifs.

* Ce que j'ai appris :

Faciliter un groupe à visée professionnalisante, chez soi, n'est pas une si mince affaire.

Mon objectif de gain de temps a du être sérieusement révisé, car les membres du groupe, et moi-même, avons trouvé tout naturel de poursuivre nos échanges conviviaux et professionnels au-delà des Labos.

J'en ai d'abord ressenti un réel plaisir, puis - et il m'a fallu quelques mois - le principe de réalité m'est littéralement tombé sur le nez : je n'avais pas les moyens de consacrer tout ce temps à un "rôle" de facilitateur "social" dans une logique de "don" ! Bien sûr, les échanges étaient riches et les possibles "trocs" de services ou de contacts professionnels venaient de surcroît, et ce, pour mon plus grand plaisir. Oui, mais... il m'a fallu revenir à une auto-discipline et une reprise en mains réaliste de mes priorités ( je bosse à mon compte !), car la dispersion guette celui qui ne sait plus où il va... ;-)

J'ai donc ré-établi fortement mes priorités et me suis ouverte de cet état de fait aux autres facitlitateurs, et nous "portons" maintenant ensemble ce "risque", en particulier en changeant de lieux et de rôles.

La richesse d’un groupe « social » à visée professionnalisante a besoin d’un certain « ordre » pour que chacun soit en mesure d’en tirer de véritables bénéfices. Pour les personnes en état de confusion ou de perte d’identité professionnelle, ce peut être un lieu déstabilisant. A ce titre, le facilitateur a une responsabilité dont le périmètre doit être porté à plusieurs.

Il y aurait encore beaucoup à dire et à théoriser sur cette expérience, qui se déploie maintenant tout gentiment chaque mois. L'idée de faire des vidéo des Labo est bien sûr venue, mais, d'une part le groupe est mouvant (participants nouveaux à chaque fois), et, d'autre part, nous bénéficions d'un fonctionnement qui a permis l'instauration d'une réelle confiance et d'une certaine joie d'implication personnelle (oui, une joie!) bien sensibles à chaque nouveau Labo, et transmises par les membres des membres, etc. Aussi, déstabiliser cette dynamique porteuse par un exercice de réflexivité peu adapté aux objectifs de ce groupe semble encore un risque.

Cela sera peut-être possible d'ici quelques temps, et nous en parlons avec les premiers participants... mais la confiance et l'implication personnelle étant choses délicates, nous expérimentons qu'elles méritent une progression très graduelle, du moins dans ce format de travail.

Anne Pallatin

APAKS Conseil. ChangeLeadership Projects . Learning & Development . Executive Coaching

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