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Publié par CRISTOL DENIS

Cet article est une réaction à une intervention de Richard David Precht philosophe Allemand intitulée “L’école doit redevenir un lieu qui stimule l’esprit créatif et le bonheur d’exister”.

Pour commencer qui peut s'opposer à un tel programme ? Absolument personne!

Les idées de l'épanouissement au monde, du bonheur, de la curiosité sont partagées par la grande majorité des familles dans le monde occidental, au moins et certainement ailleurs. Donc aller contre un tel programme pourrait vous faire passer pour un dangereux conservateur. Du reste, en pédagogie, l'utopie est souvent une valeur cardinale. Elle stimule le désir et les imaginations. Elle nous projette vers le futur, elle minore les barrières, puisqu'elle cherche à faire des difficultés et des handicaps des leviers pour apprendre.

Qui pourrait ensuite contester l'archaisme du système éducatif largement bâti pour acculturer des masses paysannes à s'intégrer à l'industrie en pleine croissance du XIXeme siècle, puis au monde des services qui l'a prolongé au XXeme? Bien sûr que le système pyramidal a des défauts, que la logique adaptative et les espoirs mal placés des familles produisent des dégâts.

Un doute subsiste néanmoins sur l'idée que 70% des métiers qui seront ceux de nos enfants n'existeront pas. Cette affirmation est assez péremptoire. Ce n'est pas ce qu'on peut lire ailleurs (Thierry Gaudin 2100 récit d'un prochain siècle, excellent ouvrage de prospective), ce n'est pas, par exemple, ce que l'on constate dans les métiers de la fonction territoriale (l'observatoire du CNFPT dément même cette évolution des métiers), ce n'est pas non plus ce que l'on peut déduire des évolutions récentes sur deux secteurs d'activité souvent cités comme le "développement durable" ou "l'informatique". Les métiers s'enrichissent de techniques, les conditions d'exercice mutent mais les patterns d'exercice demeurrent. Cette affirmation de l'auteur serait donc à vérifier de près.

Nous ne pouvons qu'être d'accord avec l'auteur qui décrit l'ennui des enfants en classe à l'école et la répétition ad nauseam de pratiques disciplinaires et cloisonnées asséchant leur pouvoir de liaison et de compréhension. Nous ne pouvons qu'être d'accord avec l'auteur pour qui "apprendre à apprendre" est un but essentiel de l'éducation. Tout en apportant une nuance. On apprend à apprendre quand on dispose de repères pour trier, classer, organiser les informations. Sinon "apprendre à apprendre" est une incantation creuse. Ce que signifie cette expression c'est le pouvoir de comprendre les phénomènes et de pouvoir agir et réagir avec eux. Il s'agit donc d'apprendre à organiser les informations. Elles ne sont pas toutes à l'intérieur du cerveau de l'apprenant spontanément disponible. Si le cerveau est un miracle, faut-il encore que la plasticité neuronale s'organise pour créé des liens entre des données qui combinées entre elles fassent sens. Là c'est un point central de la pédagogie qui doit doser entre apports extérieurs de repères, questionnement guidé, exploration personnelle et en groupe. En France la querelle entre les "pédagogues" et les "républicains" évolue dans le sens d'un équilibre entre apports structurés et organisation d'un environnement favorisant l'exploration.

L'auteur a parfaitement quand il évoque l'importance de la relation. Le maître qui incarne un savoir même s'il est dans un archétype ancien de "transmission du savoir", s'il est capable d'entrer en relation peut générer un effet sur l'autodirection des apprentissages  chez l'apprenant, faciliter ce surplus de motivation. Si la relation est factice, l'effet de modélisation décrit par Bandura fonctionnera t-il? L'observation sera t-elle suffisante pour concerner l'éléve? Pas sur du tout. Les qualités relationnelles et vocationnelles des enseignants sont à interroger. Pour moi enseigner n'est pas un métier c'est une vocation. Il s'agirait de ranimer la flamme de rappeler plus viroureusement que l'école est avant tout l'école du vivre ensemble creuset de la démocratie.

L'auteur a encore mille fois raison d'affirmer que la séparation des éléves, le chacun pour soi, le refus qu'ils se connectent qu'ils apprennent ensemble est préjudiciable. L'intelligence connectée est en marche, et l'école n'y répond pas actuellement de façon satisfaisante. Elle crée des inadaptés sociaux dans les organisations. Les MOOC ne sont pas la panacée comme l'affirme l'auteur, ils sont trop souvent des dispositifs de distribution automatique de savoir anciens plutôt que d'être des dispositifs d'exploration et de construction collective de connaissances.

Dans ce sens la pédagogie des projets proposée est excellente. Elle est évoquée par les plus grands pédagogues, ne citons que Dewey, par exemple, toujours d'une puissante actualité.

Finalement à deux trois nuances je salue l'auteur et sa vision, et j'encourage tous les éducateurs, décideurs éducatifs, dirigeants à s'inspirer de cette pensée.

A quoi ressemblera l'école demain?

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