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Publié par CRISTOL DENIS

Un groupe de pairs du dispositif d'apprendre ensemble se pose des questions sur la question des objectifs et me demande quelles étaient mes intentions de départ.

L'intention que j'ai posée au départ est de dire que nous avons besoin de moins de leadership mais de plus de communityship pour aller vers plus d'altérité et donc mieux prendre soin de soi des autres et de notre environnement. Je pense que l'on fait progresser les grandes causes humaines (ex lutte contre les discriminations, l'illettrisme, développement durable) quand il y a un surplus d'altérité. Ma question personnelle est comment la faire grandir. Il s'agit d'arrêter de dire que l'on veut que l'autre soit acteur de sa formation, que le coaché soit libre, que le patient soit responsable et de poser des objectifs dans un cadre tellement rigide qu'il ne peut y avoir d'émancipation réelle et d'engagement libre envers soi ou les autres. On se trouve alors face à un paradoxe : celui de vouloir quelque chose pour les autres, plus d'autonomie, plus de liberté, plus d'émancipation. J'ai été confronté à cette question dans ma carrière au sujet de l'insertion de "jeunes" ou du développement managérial.

Comment les rendre autonome de leur plein gré? (curieux comme formule n'est- ce pas?). La solution vient peut-être de l'idée d'un cadre souple qui contienne les désirs et les intentions des membres, mais un cadre déformable qui puisse faire l'objet de transformation et de négociation entre les membres. La pédagogie de la non-directivité s'impose (cf. Carl rogers). Il s'agit à chacun « avec » et dans mon esprit « pour » le collectif d'occuper l'espace, de trouver sa question authentique. L'objectif (ou les objectifs) atteint devient alors une résultante du travail collectif sur cette question. Les contenus et conférences proposés autour de la dynamique de groupe, de l'altérité, du développement durable, de l'émergence, de la sérendipité visent à nourrir la ou les questions qui peuvent être saisies par les participants pour qu'ils se fabriquent un but et un contrat social. De mon point de vue le dispositif "Apprendre ensemble" expérimente la capacité d’un groupe et d’un réseau de s’auto-générer sur des objectifs qu’il se fixe. Je suis preneur de l’analyse de Rousseau sur le contrat social cela peut certainement nous aider.

Peut-on apprendre en groupe sans objectif au départ?

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Marlis Krichewsky 17/12/2015 07:39

Dans ma thèse sur la professionnalisation des managers (en 2013), je parle des "dispositifs vides habitables": ce sont des dispositifs de formation souples et "appropriables" par les participants qui sont censés s'en emparer pour prendre eux-mêmes des initiatives et devenir ainsi -individuellement et collectivement - les auteurs de leur apprentissage et construction de soi.
https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01226318

Marlis Krichewsky 17/12/2015 13:08

Oui, tout dépend de la maturité du public. Avec une prof à ESIEE Paris nous avons mi au point un parcours pas à pas vers l'autonomie avec un outil élaboré par un prof (Jonathan Stolk) d'école d'ingénieur à Boston pour accompagner ce parcours... Le problème est aussi dans quelle mesure les institutions permettent des expérimentations de ce genre. Elles sont encore nombreuses à être centrées sur le teaching et non pas sur le learning.

Gael PLANTIN 17/12/2015 09:45

"Qui sont censés s'en emparer"
Ce qui suppose qu'ils aient été formés à exercer leur autonomie...