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Publié par CRISTOL DENIS

L'accélération semble être le viatique de ce que nous vivons actuellement en formation : un besoin d'immédiateté, d'adaptation continue. Cette accélération est souvent un raccourcissement des durées d'apprentissage (les temps de regroupement sont limités), des temps de conception (rapid learning et formation jetable), des budgets (faire plus avec moins). Cette accélération est aussi un éloignement, car la part de formation à distance augmente (eformation, MOOC), on économise ainsi les temps de transport, les temps informels des pauses, les tours de table fastidieux. Cette accélération est encore une centration sur soi, car il est demandé à chacun d'être plus autonome (classe inversée), d'être plus réactif, ajustable, d'apprendre en situation, au fur et à mesure dans un environnement réputé capacitant, fournissant suffisamment de ressources pour se débrouiller seul (avec son téléphone ou son écran d'ordinateur, ses aides en ligne, ses moteurs de recherche et ses réseaux). Cette accélération est donc également un isolement renforcé, un éloignement des autres. Cette célérité précède même la forme organisationnelle qui se devine à peine tellement le futur annoncé est lui aussi changeant. Il s'agit parfois de se couler dans le moule et d'en adopter les contours avant même de s'être fait une expérience : c'est la dynamique du système scolaire actuel qui présélectionné les travailleurs, avant de donner du sens. Il s'agit d'anticiper, d'aller plus vite sans toujours mesurer les conséquences.

Les temps de l'apprentissage sont pourtant lents. Nous avons besoin de redondance de répétition d'un geste ou d'une idée pour que l'incorporation fasse son œuvre. La mémorisation par pilules de savoir ne fonctionne pas encore. L'accélération trop poussée conduit à :

- un déficit de réflexivité sur le savoir en cours d'acquisition

- des réductions de contenu et d'apports

- un abandon à leurs seules ressources de ceux pour lesquels un haut niveau de guidance est souhaitable

- une superficialité des acquis : les contextes, questions d'explication annexes sont délaissés

- une perte de sens et de lien, car l'on se centre sur la pratique immédiate (la formation devient utilitaire et ne s'embarrasse pas du social)

Si l'esprit du temps est d'avoir la réponse à sa question au retour d'une requête sur un moteur de recherche ou en retour direct d'un courriel, cet esprit prend mal en compte les processus de construction d'un savoir par tâtonnements, par exploration, par essai erreur, par le conflit sociocognitif. L'immédiateté, l'instantanéité s'accordent mal à la transformation des croyances, aux mutations en soi que nécessite et implique le fait d'apprendre.

il convient donc de préserver des temps collectifs, de dialogue, de partage d'émotions pour apprendre ensemble, lier les savoirs, en éprouver la validité collectivement, s'en sentir dépositaire et responsable de leurs évolutions. Il conviendrait sûrement d'inventer un slow training comme on inventait hier un slow food. Cela nous éviterait peut être des savoirs mal digérés aux conséquences néfastes sur le corps social

Accélération en formation : éviter l'indigestion
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Commenter cet article

MANCEAU 12/01/2016 17:17

excellent rappel de ce qu'est une situation d'apprentissage .Les séquences de travail individuel s'articulent avec des temps de travail collectif .J'y vois une exigence à respecter dans les constructions de dispositifs à distance ou de "classe inversée ".
B MANCEAU

Cartron Line 11/01/2016 08:01

Merci pour cet article stimulant, encourageant et porteur du sens profond des processus d'apprentissage.

Andie 10/01/2016 18:00

Merci pour cette article, j'avais besoin de un "slow down" dans mon propre parcours d'apprentisage.

CRISTOL 10/01/2016 07:30

Merci Marlis je pense effectivement que le temps est une ressource inestimable et lorsque l'on mise sur lui en formation on dit aussi quelque chose de la relation à la vie

Marlis Krichewsky 10/01/2016 06:43

Excellent ! Ce sont exactement les problèmes que l'on rencontre en relation avec les formes récentes de l'apprendre organisé. Si nous ne faisons pas très attention, les TIC introduiront la froideur, l'impersonnel, la solitude et la perte de sens. Les TIC sont des pharmaka (Stiegler), donc des machins puissants mais à double tranchant: des solutions et des problèmes, des remèdes et du poison. Un MOOC qui prend ces dangers en considération... ça fait toute la différence avec le tout venant.