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Publié par CRISTOL DENIS

Clément Lhommeau est le directeur marketing d’une start-up dans le milieu de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle, il a réalisé un travail de recherche approfondi sur les MOOCs qu’il partage dans cet ouvrage. La ligne de fond est de décrire le phénomène et d’en montrer les effets tant sur la formation initiale que sur la formation continue. Il analyse tous les enjeux et aspects des MOOCs ainsi que leur influence sur la pédagogie et l’apprentissage. Il revient aux racines d’un phénomène qui est monté en puissance à partir de 2008. Force est de constater qu’entre le moment où est paru l’ouvrage et aujourd’hui le phénomène des MOOCs s’est amplifié. La préface de l’ouvrage signée de Sophie Pène, annonçait plus de 100 000 inscrits en janvier 2014, en janvier 2015, c’est plus du triple de participants qui sont identifiés sur les MOOCs francophones et en 2016 plus de 500 000. L’engouement ne se dément pas. L’idée de MOOC rejoint celle d’un mythe de l’enseignement pour tous en marche, dont les histoires de succès individuels montreraient la force. D’emblée l’auteur s’aligne sur le succès de l’acronyme anglais MOOC massive open online course. Il distingue les MOOCs dit connectivistes où chacun apprendrait les uns des autres des MOOCs instructivistes (les plus répandus), actuellement les plus répandus. Il présente aussi les nuances de cours privés en ligne (SPOC small private online courses), ou de cours d’entreprise (COOC corporate open online course). L’auteur montre les facteurs d’éclosion de ce qu’il convient de ranger dans la déjà vieille famille de la formation à distance. Il explique comment le renchérissement des coûts des études supérieures, l’accès massif au haut débit, le succès de l’idéologie de l’ouverture, la mise en place d’acteurs leaders (Udacity, Coursera) ont permis de percer à l’international. Pour l’auteur chaque terme de l’acronyme MOOC est une promesse renvoyant aux idées d’universalité du savoir, d’accès à la globalité, d’ouverture des barrières et des possibles et enfin de maîtrise de son temps, voire du sentiment d’ubiquité. Si le format pédagogique semble en cours de cristallisation, et que des traductions des codes de la classe vers la formation à distance sont en cours, il n’en demeure pas moins que des invariants se dessinent. Si la temporalité est maîtrisée par l’apprenant, le MOOC devient un événement. La vidéo joue un rôle essentiel et offre de nouveaux usages, lorsqu’elle est utilisée de façon asynchrone. La pédagogie du pair encourage l’emploi d’outils collaboratifs. La validation des connaissances est un invariant : qu’elle soit organisée entre pairs, par sondage, par examen approfondi du professeur. Des problèmes récurrents sont relevés tels que le taux d’abandon élevé (souvent de plus de 90%) mais peut être relativisé par les effectifs volumineux inscrits et par ceux qui passent au moins une épreuve en ligne. L’auteur revient sur les racines des MOOCs dans l’enseignement à distance, dont les traces remonteraient dans le Boston Gazette de 1728 avec l’idée du professeur Caleb Phillips d’envoyer ses cours par courrier à ceux qui voulaient apprendre la sténographie. Les essais audiovisuels des années 30 seront jugés peu efficaces. Par contre la création de l’open university au royaume uni dans les années 60 sera un succès qui inspirera d’autres établissements. Les débuts d’internet vont permettre des envois basiques de cours à distance par courriel. Le début des années 2000 voit se créé le mouvement des ressources éducatives libres (open educational ressources) et la création de la licence creative commons. Tout ce mouvement d’enseignement à distance a été rendu possible par la création d’outils qui ont facilité la création et la diffusion d’applications éducatives. L’auteur brosse les premiers MOOCs connectivistes anglo-saxons ou francophones, puis la montée en puissance des dispositifs à distance organisant la distribution d’informations. Les racines idéologiques de la démocratisation du savoir pourrait remonter à Platon et à son école philosophique : l’Académie créé aux alentours de 387 avant Jésus Christ. Cette communauté de vie et de savoirs disparaitra en 86 avant JC, mais elle inspirera d’autres initiatives. L’évolution des volumen et des codex, le passage aux livres imprimés seront autant d’évolutions techniques accompagnant la création des bibliothèques et d’organisation des savoirs. Tout cela préparant finalement les grandes universités du XIIème siècle en Europe. Les universités officielles vont se développer mais la science populaire et les universités populaires vont aussi se développer. La deuxième guerre mondiale sera décisive dans la consolidation des sciences cybernétiques, des techniques de communication puis finalement l’apparition d’internet. En 1984 l’idée de copyleft en face de copyright fera son chemin et ouvrira la voie aux logiciels gratuits. La baisse des coûts de production informatiques et l’idéologie du libre permettront une croissance rapide du nombre d’utilisateurs et d’incalculables initiatives pédagogiques (computer in a hole, écoles low cost, bridge international academies etc). Internet permet une circulation d’information et donc des savoirs sans précédent. Le modèle économique des MOOCs s’appuie en premier lieu sur les plateformes de distribution (Coursera, edX et Udacity). Chacune de ces plateformes obéit à des stratégies différentes. Pendant que Coursera est une entreprise à but lucratif, edX réalise des recherches sur les nouvelles formes pédagogiques et est devenu open edX. Elle met à disposition son code source pour les opérateurs comme France Université Numérique ou XuetangX en chine qui souhaitent développer leur offre en propre. Udacity se concentre pour sa part sur les MOOCs d’entreprises, en particulier sur le domaine de l’informatique. Chaque distributeur s’efforce de trouver des ressources pour développer des cours : certification, levée de fonds, licence de contenus, publicité, abonnement subvention publique, partenariats. D’autres géants du web, comme Facebook sont aussi prêts à pénétrer le marché. De nombreuses universités américaines se saisissent de cette opportunité pour créer des classes inversées, créer des produits de formation à l’exportation, expérimenter de nouveaux formats hybrides, offrir des soutiens à des étudiants en difficulté. Certaines critiques dénoncent ce mouvement et compare les MOOCs à Walmart dans la distribution : des solutions peu chères mais de second choix. L’Europe est très active en termes de MOOC et les initiatives publiques ou privées se multiplient. Pour l’environnement francophone (3ème langue utilisée dans les MOOCs dans le monde), par exemple FUN (France Université Numérique) ou l’AUF (Agence Universitaire de la Francophonie) se lancent dans la création de MOOCs et la question de la certification. Les MOOCs poursuivent aujourd’hui de multiples ambitions telles que transformer les méthodes d’apprentissage, humaniser l’apprentissage en ligne, disposer de plus d’informations sur les pratiques des apprenants dans leur rapport au savoir grâce aux données collectées (textes lus, exercices faits etc) et intégrer plus de fluidité et de mobilité, notamment grâce aux tablettes et téléphones portables intelligents. Les MOOCs interrogent également la question de la certification du diplôme versus la certification de compétences, la question de la posture du professeur. Celle-ci n’est pas qu’une posture pédagogique quand on garde en mémoire que le coût pour obtenir un bachelor aux États-Unis est de 260 000 dollars et que le marché de l’enseignement supérieur représente 475 milliards de dollars. Certains professeurs se sont engagés dans le business éducatif et sont passés de la logique « publish or perish » à celle du « entertain ». Plutôt que de publier, ils transforment leur cours en spectacles. Ces professeurs seraient des « actifs stratégiques » de leurs universités. De façon plus commune c’est la posture d’accompagnement et d’aide qui est en train de se développer. Les besoins éducatifs dans le monde sont immenses mais tous les pays ne bénéficient pas des mêmes ressources. La langue est une barrière d’accès aux MOOCs, de même que les sanctions économiques ou pays sous embargo. Par sa puissance de pénétration, les MOOCs contribuent à changer les formats d’enseignement supérieur dans le monde entier. Ils participent à un renouveau du marketing éducatif, permettent de repérer de nouveaux candidats et de les recruter. Dans les entreprises les MOOCs sont intégrés comme des bases de savoir placés sur étagères et viennent compléter les offres déjà existantes en favorisant la circulation des informations et le repérage des employés les plus motivés. L’avenir de l’enseignement n’est pas forcément le MOOC, car les MOOCs ne résolvent pas magiquement la question des différences culturelles, ou la question économique de mise à disposition des informations. La question de la reconnaissance académique est encore en germe. Mais plus large que les MOOCs, une révolution de l’enseignement est en marche produite par les effets d’internet dont l’ampleur est soupçonnée mais encore mal cernée.

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