Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par CRISTOL DENIS

Cet article se présente comme le regard porté par un observateur français extérieur au monde de la formation professionnelle Québécoise. Il est issu de 6 semaines de visite d’étude à Montréal, et Québec réalisées entre février et mars 2015. Il s’appuie sur l’analyse des 52 entretiens conduits avec des directeurs de formation ou des RH (Desjardins, Bombardier, L’oréal, CSSS Ahuntsic Nord, CGI), vice doyen, directeur de la recherche et professeurs d’université (ETS, Polytechnique, UQAM, Sherbrooke, HEC Montréal, ENAP), formateurs, consultants et coachs, association professionnelle de psychologues du travail association de co-développement, association de professionnel de la formation, membres de l’HCRA, d’ étudiants ou doctorant (université Laval, TELUQ), d’agences gouvernementales ou semi-public (CEFRIO, Vitrine Technologie Education, CEDIT), de lieux d’enseignement CEGEP, d’espace de co-working, de cabinet de formation, de société spécialisée dans la e-formation ou la transition numériques (Novaconcept, Atelya), d’association internationale « Art of hosting », SOL Canada, Génération présence ou agence universitaire de la francophonie. Une variété d’acteurs qui, chacun à leur façon, donne à voir la vie du monde de la formation professionnelle québécois. Ces entretiens étaient orientés vers la découverte des méthodes pédagogiques, selon une approche semi-directive. Ils étaient précédés, pour la plupart, par des séances de méditations pour me centrer sur les propos de l’interlocuteur.

Outre le climat vivifiant (avec une moyenne de température plus basse que -20°, le mois de février 2015 est le plus froid enregistré depuis115 ans), trois choses m’ont particulièrement marqué en tant qu’observateur étranger, à fortiori Français, du système de formation québécois :

  1. L’investissement sur la qualité relationnelle de mes interlocuteurs,
  2. Le pragmatisme dans les approches pédagogiques présentées,
  3. L’engagement par de multiples formats sur les approches d’apprentissage collaboratives.

Ces trois points vont être détaillés.

  1. L’investissement sur la qualité relationnelle de mes interlocuteurs.

J’aurai du écrire haute qualité relationnelle, tant l’accueil de l’étranger que j’étais a été soignée. Je ne détaillerai pas les marques d’attention, mais, elles ont été constantes. Il est difficile d’inférer à une population toute entière des qualités d’accueil, à partir d’un seul témoignage, qui plus est dans un segment restreint de population, spécialistes de l’éducation et de la formation, mais force est de constater que parmi les professionnels rencontrés sans aucune exception, l’envie était à la curiosité, à l’invitation, à l’échange et au dialogue. Ce qui transparaît dans les attitudes, les postures et les récits de pratiques relevés, où les séances de formation observées, c’est que l’interaction avec l’autre est un élément essentiel de la relation pédagogique. Il est alors possible de dire que c’est moins le leitmotiv « l’apprenant au cœur de l’acte d’apprentissage qui s’impose », mais plutôt « l’interaction au cœur de la compréhension » qui est vécue. Cette qualité relationnelle concourt au capital social des acteurs qui inscrivent leur activité dans la durée avec leur partenaire d’affaire. Elle participe aussi de la façon de mettre en œuvre des méthodes pédagogiques, ce qui permet à ces dernières d’être plus qu’un mode d’emploi, une technique, mais de porter dans le même temps un message sur le sens profondément humain de ce que signifie apprendre. En somme sans faire de grande déclaration, cette qualité relationnelle offerte, participe à la vitalité de la communauté et à la force du dialogue dans la démocratie québécoise. Les méthodes pédagogiques mises en œuvre véhiculent ce sens du vivre ensemble. Ce dernier véhicule aussi du pragmatisme.

2. Le pragmatisme dans les approches pédagogiques.

Le pragmatisme, c’est cette posture qui fait qu’une formation doit être un temps de regroupement utile et opérationnel. Elle vise l’efficience c’est-à-dire le meilleur retour sur investissement en fonction des moyens engagés. Les démonstrations efficaces sont préférées aux discours conceptuels. Même si une loi oblige les entreprises à investir en formation 1% de leur masse salariale, les temps de formations professionnelles sont relativement courts, et les regroupements dépassent rarement les deux jours. Les temps de formation se déroulent alors souvent en situation de travail. Celle-ci est particulièrement exploitée pour apprendre. Ce qui prédomine c’est ce qui a été éprouvé et développe le « gros bon sens ». Ainsi, toute méthode est bonne à la condition de répondre à des critères d’efficacité. L’usage du numérique est favorisé par un réseau dense de connexion et de point d’appui qui relaient les ondes. Montréal ville apprenante est un contexte favorable à la connexion continue est aux approches d’apprentissage en ligne en tout lieu et en tout temps. Le marché de la formation numérique est aussi développé dans un contexte d’implantation de l’industrie du jeu vidéo. La formation numérique est bien implantée (près de 20% des formations sont d’ores et déjà numériques) et se combine le plus souvent avec d’autres approches informelles, en situation de travail ou collaboratives.

3. L’engagement par de multiples formats sur les approches d’apprentissage collaboratives.

Nombre des approches que j’ai pu observer sont d’orientation collaborative. Elles ne visent pas seulement l’apprentissage individuel, mais elles cherchent aussi à créer du collectif. Les cercles de dialogue, de coaching ou de legs, les groupes de co-développement, les groupes d’échange de pratiques, l’apprentissage par problème ou encore, l’action learning sont particulièrement développés ; aussi bien dans la formation industrielle que dans les services. Ces méthodes partent des situations telles qu’elles sont et pas telles qu’on aimerait qu’elles soient. Elles font avec les salariés et avec leurs problèmes. Elles offrent à chacun la possibilité d’exprimer ce qu’il vit et de travailler avec les autres, ses pairs, pour construire un savoir à la fois individuel et collectif. Chacune de ces méthodes développe ses nuances et se trouve employée par des intervenants qui endossent le plus souvent le rôle de facilitateur, de médiateur, d’aide ou de coach. S’il est un art pédagogique partagé c’est celui du questionnement et de l’aide, plutôt que seulement de l’exposé théorique. Il existe aussi de nouvelles formes d’espace dans les universités, les grands équipements culturels, ou les espaces de co-working qui accoutument chacun à travailler et apprendre de façon collaborative.

Pour conclure, si j’étais venu chercher de nouvelles méthodes pédagogiques[1], d’autres façons d’enseigner et d’apprendre à l’ère numérique, j’ai bien sûr trouvé ces approches, mais ce qui m’a marqué est moins de l’ordre de la méthode, par ailleurs accessible en ligne ou dans des livres, que de l’ordre de sa mise en œuvre et des personnes qui l’incarnent dans une visée d’efficacité. Ce que ne donne pas à voir Internet c’est la qualité d’un groupe humain qui se forme mutuellement depuis plus de 17 ans, c’est la passion de coachs ou de professionnels du co-développement qui pétillent dans leurs yeux, c’est la posture et les rebonds à des questions vers des sens inattendus, c’est l’invitation au partage et à l’échange, voire même souvent la capacité de donner au-delà de ce qui est attendu, toutes choses dont sont incapables les moteurs de recherche ou les automates présents sur internet. Je retirerai deux derniers enseignements d’un tel voyage. Tout d’abord, une machine ne remplacera jamais l’expérience de la chaleur humaine vécue au regard d’un climat froid. L’homme éprouve ses expériences avec les autres et il peut s’enrichir à leur contact quand il prend le temps de les écouter. Par ailleurs le voyage est un déplacement de son corps tout autant qu’un mouvement de son esprit. C’est une formidable façon d’apprendre, de rencontrer l’autre et d’essayer de le comprendre.

Si les méthodes québécoises apportent un plus au monde de la pédagogie, c’est certainement pour la qualité des processus engagés, mais c’est surtout par la qualité de ceux qui les engagent.

[1] http://4cristol.over-blog.com/decouvrez-les-pedagogies-du-quebec.html

Ps) Bouquin issu du voyage : "Les communautés d'apprentissage : apprendre ensemble à l'ère numérique" ESF 2016

Un voyage au Québec un an plus tard que reste-t-il?

Commenter cet article

Domenico Masciotra 19/02/2016 04:27

Bonjour Denis,

Je ne savais pas que vous étiez venu. Cette année, la météo est beaucoup plus clémente au Québec (province) qu'en 2015.

Salutations cordiales,

Domenico

CRISTOL DENIS 19/02/2016 05:33

Cela m'aurait fait plaisir de vous saluer mais je n'ai pas réussi à vous joindre parait il que c'était la pire météo depuis que l'on tient les registres météo !