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Publié par CRISTOL DENIS

 

Le management peut se comprendre comme une technologie sociale née avec l’avènement des grandes bureaucraties  et de la massification des produits puis des services (Drucker, 2006).  Il a moins de 180 ans d’existence. Une forme caractéristique initiée dans l’industrie en est le Taylorisme et sa logique de rationalisation poussée à l’extrême. Dans le cas des services  on évoque le néo-management pour indiquer la mutation d’un management qui absorbe l’affectif qui convoque l’intime. Brunel (2008) évoque même à son propos « le management de l’âme ». Ce management  s’adapte aux travailleurs du savoir (Bouchez 2006) brouille les sphères personnelles et professionnelles. Avec  internet il devient e-management (Reyre, Lippa 2015). Dans la sphère publique, il prend la forme de new management program. Il s’immisce dans les politiques publiques (Bartoli, 2009). Quand l’esprit de gestion pénètre la sphère publique, il risque de faire oublier l’intérêt général, car, le seul indicateur qui l’emporte est économique. Le management est la forme qui traduit socialement les visées du capitalisme primitif ou financier pour tendre vers une performance, réputée optimale, pour les actionnaires et dirigeants. L’ouverture vers l’extérieur de l’entreprise n’est tolérable qu’à la condition d’un gain concurrentiel. Le management par son idéologie rationaliste, quel que soit l’accent qu’il place sur les projet, l’organisation, les hommes, la qualité, les produits, l’innovation,  l’amélioration continue  présume un contrôle continu sur l’environnement et ses clients, par des méthodes de mise sous contrôle des processus de création,  production et animation[1]. Le management se fait pervasif. Il s’immisce partout. Il le fait avec d’autant plus d’efficacité qu’il absorbe les critiques (Boltanski et Chiapello, 1999) et tend à récupérer idées et énergies de tous îlots de non-conformité ou de contestation qui subsistent pour renforcer son emprise. Il infiltre l’esprit de mesure dans les relations humaines.  Ontologiquement l’émotion, la singularité la part irrationnelle et affective de l’homme est minorée ou instrumentalisée pour obtenir une performance toujours  plus grande. Le  « capital humain » de la théorie de Becker (1964) peut même se faire  capital émotionnel quand la dimension affective s’incorpore dans la promesse d’une marque.  Les relations induites par le modèle managérial alterne entre le donnant-donnant d’un management paternaliste, à un prenant-prenant  d’un management courroie de transmission de visée financière exclusive créant de la défiance et de la déliaison sociale (Cristol 2010), qui in fine vient en miner la performance.

 

[1] Le management abonde en techniques, méthodes et outils de mise en place d’organisation contrôlée et d’outils de  mesure. 

 

Bibliographie

BARTOLI, A. (2009), Management dans les organisations publiques. Paris : Dunod.

BECKER, GS.  (1964), Human Capital, A Theoretical and Empirical Analysis. New York :  Columbia University Press for the National Bureau of Economic Research.

BOLTANSKI, L. CHIAPELLO, E. (1999), Le nouvel esprit du capitalisme. Paris : Editions Gallimard.

BRUNEL, V. (2008), Les managers de l’âme. Le développement personnel en entreprise, nouvelle pratique de pouvoir ? Paris : La découverte.

CRISTOL, D. (2010), La fabrique des managers. Paris : L’harmattan.

DRUCKER, P. (2006), Devenez manager ! Paris : Village Mondial.

REYRE, I. LIPPA, M. (2015), E-management. Comment la révolution numérique transforme le management. Paris : Dunod.

 

Le management hiérarchique ou de projet

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