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Publié par CRISTOL DENIS

Voici des réponses à des questions stimulantes d'un étudiant sur l'innovation.

 

 

En quoi l'innovation est-elle au cœur des enjeux de la gestion du capital humain des organisations?

Pour commencer l'idée de capital humain est très contestable, on ne cumule pas les hommes ou l'humanité, les hommes n'amassent pas sur eux des qualités à faire fructifier. Les hommes sont des êtres sociaux d'échange de liens et de reliance, ils sont avant tout émotionnels et imparfaits c'est ce qui les caractérise. La théorie du capital humain renvoie à un prolongement de l'homme comme ressources humaines. L'homme est bien plus qu'une ressource, c'est une singularité, une identité dynamique, un projet en mouvement. C'est justement parce qu'il est projet en mouvement qu'il s'adapte en permanence, innove et se transforme. Son cerveau est continuellement actif prêt à imaginer, créer, rêver d'autres solutions. L'innovation en tant que constat d'une transformation continue des objets, des services, est donc consubstantielle à l'homme. L'homme innove par nature individuellement et collectivement. Les organisations sont tenues pour garder leurs meilleurs éléments de tenir compte de l'envie des hommes de transformer ce qu'ils vivent sous peine de les laisser partir ailleurs et de ne conserver que ceux qui souhaitent que rien ne change au risque de la disparition de l'organisation ou de sa dissolution dans une autre entité. Actuellement l'innovation c'est trois brins d'ADN inter-reliés : l'innovation publique (la valeur ajoutée pour les territoires), l'innovation managériale (la conduite de l'action agile), l'innovation pédagogique (la façon de s'autosaisir des transformations à opérer). Ces trois formes d'innovation ont pour point commun la dynamique collaborative, à la fois résultante des possibilités d'internet et finalité humaine.

 

Quelle forme peut prendre cette innovation?

L'innovation est d'abord sociale, c'est le fait d'adopter de nouveaux usages, de réaliser de nouvelles pratiques. L'innovation technique est souvent la partie visible de l'iceberg, mais c'est l'innovation sociale, celle des usages qui s'invente de façon ordinaire (voir les travaux de Norbert Alter) qui est la plus puissante. Ce qui est le plus marquant, par exemple avec internet, c'est moins la technologie du portable ou de l'application dernier cri que la transformation des liens rendue possible. On innove parce qu'on dispose de nouveaux accès, de nouvelles idées, de nouveaux champs de rêves. L'innovation est donc portée par le pouvoir d'imagination des hommes. Dès lors l'innovation prend toutes les formes possibles : elle touche les produits, les services, les espaces, les façons de se lier et d'agir, les processus de travail. Absolument toutes les activités humaines peuvent se métamorphoser et se réinventer, faisant dire à chaque acteur que rien n'a changé alors que tout se modifie imperceptiblement.

 

Quels risques pour une collectivité en panne d'innovation?

Une collectivité en panne d'innovation se recroqueville sur la défense de ce qu'elle croit être ses acquis de haute lutte. Elle préserve le passé quand elle devrait construire et accueillir l'avenir. Mais trop d'innovation peut aussi conduire à des impasses ou à une prétention sans limite, c'est le cas du Trans humanisme qui ravale l'homme à un objet de fabrication de lui-même pour lui-même. Sa seule finalité serait de s'augmenter sans cesse à l'aide de biotechnologie? la manipulation génétique pour satisfaire le  fantasme de l'immortalité), ou les nanotechnologies pour modifier ses pouvoirs. In fine, le risque pour l'homme est de se perdre en faisant de soi un objet, et pour une collectivité c'est de résister à toute transformation, et de mourir asphyxiée de procédures, de rituels ou d'idées anciennes qui ont pu avoir leur pertinence mais ne résistent plus à l'examen des faits actuels. Le manque d'innovation c'est la panne d'imagination, la routine, la mort lente.

 

Dans l'écocosytéme actuel quelles seraient les 3 priorités permettant d'investir sur le capital humain des collectivités publiques?

Actuellement les besoins sont de :

- remettre l'usager au centre et d'inventer une maîtrise d'usage, et pour cela s'ouvrir faire l'extérieur : l'ensemble du monde public,  le monde associatif,  le monde privé

- d'habiliter le droit à l'erreur (ce qui va à l'encontre du principe de contrôle a priori cher aux administrations).

- démultiplier la création d'espaces d'exploration et d'expérimentation

- sensibiliser les acteurs de l'innovation à commencer par les dirigeants et les gestionnaires

- montrer les bénéfices opérationnels de l'innovation pour les usagers

- populariser les méthodes les techniques de créativité, d'idéation, de design, de travail collaboratif

- maîtriser le potentiel et les débordement des possibilités numériques

 

Les trois priorités pour satisfaire ces besoins sont de travailler en profondeur sur les compétences émotionnelles de chacun, nous devons chasser nos peurs, chacun doit comprendre qu'il participe d'un système complexe et que c'est par les autres dont il est interdépendant qu'il accroitra son pouvoir d'agir et une meilleure prévision de son avenir. Pour cela il faudra d'abord s'ouvrir à la différence et donc se sentir à l'aise dans les dynamiques collaboratives, enfin il faut se professionnaliser en matière de méthodes, techniques et postures d'innovation et de design pour maîtriser tous les tenants et les aboutissants

Innover quels enjeux ? Quelles priorités?

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