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Publié par CRISTOL DENIS

 

je travaille dans le secteur de l'éducation et de la formation professionnelle depuis 32 ans et j'aimerai croire que chacun est en capacité d'exercer son autonomie, mais cela n'est pas toujours le cas. C'est d'ailleurs une des vocations de ce secteur depuis toujours que de contribuer à l'émancipation des individus et des communautés. Mon expérience provient de l'insertion de jeunes sans qualification, de chômeurs de tout niveau, d'adultes illettrés, d'ouvrier dans l'industrie, ou d'employés dans les services, de commerciaux, de cadre, de dirigeants, d'entrepreneurs de managers, de start-upers, de formateurs, de consultants et même de coachs, de jeunes ou de vieux. Pour tout un tas de motifs nous sommes inégaux face aux choix professionnels et de formation. Nos identités professionnelles et personnelles sont fragiles et souvent sous-contrainte sociale. Dans un de mes ouvrages j'ai évoqué le concept de "capitalisme des identités". Il s'agit d'une forme de capitalisme distinguant ceux qui savent construire des projets par eux-mêmes se projeter et disposent de liens sociaux pour réaliser le potentiel que le système leur offre, et ceux qui sont perdus et sont bien incapables de se saisir des droits à leur portée.

C'est pourquoi à la logique de droits désintermédiés que l'on imagine conférer aux autres, je préfère la logique des capabilités d'Amartya Sen. Il s'agit pour le dire vite d'un droit exerçable réellement dans un cadre d'action maitrisable par soi. Car un droit que l'on vous donne et que vous  êtes incapables d'exercer est une duperie qui fait reposer sur le récepteur le poids de son incompétence à agir. C'est un changement de paradigme. Il s'agit de substituer un système ou le droit s'inspire des dames patronnesses bien pensantes, mais qui tiennent l'autre en position d'être dominé (la main de celui qui donne est toujours au-dessus de la main de celui qui reçoit dit le proverbe), à des systèmes d'action qui permettent de se mettre en mouvement. C'est le concept de capacitation. La capacitation ne saurait être conçue sans une aide externe, un individu pour faire levier sur ce qui l'entoure a parfois besoin d'aide. Il est en effet difficile d'être simultanément son propre levier et sa propre charge.

C'est toute la responsabilité du monde de la formation d'exercer du discernement avec ceux qui disposent du pouvoir de se projeter dans les tendances qui viennent (souvent les cadres et salariés qualifiés qui savent décrypter le monde qui se transforme), et avec ceux qui par construction identitaire disposent d'un pouvoir de se projeter moindre. La formation professionnelle doit changer de tropisme s'intéresser plus aux motivations des individus et mettre les moyens sur tout ce qui va rendre capable d'agir et d'apprendre et laisser des marges de manœuvres à ceux qui sont le plus à l'aise.

C'est une mauvaise idée de supprimer le rôle d'intermédiaire en formation
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