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Publié par CRISTOL DENIS

Comment ne pas gâcher une crise pour innover en formation ?

A côté de l’innovation incrémentale (petites améliorations du quotidien), souvent opposée à l’innovation de rupture (schéma de pensée et d’action radicalement différent), pourrait bien apparaître l’innovation de crise, qui accélère les transformations personnelles, organisationnelles et sociétales. La crise est simultanément une contrainte et une opportunité. Actuellement, tout le monde apprend massivement à utiliser des visios, à mettre ses cours à distance, à évaluer autrement, à créer de la présence à distance. Le numérique est devenu plus qu’un outil. Il s’est transformé en contexte. Mais ceci est seulement la partie visible d’un iceberg. Je prendrai deux exemples pour montrer comment les organismes de formation se saisissent de cette opportunité pour se réinventer.

Encore jusqu’à peu, j’étais directeur de l’ingénierie de formation au Centre National de la Fonction Publique Territoriale. Face à l’impossibilité de se réunir, le réflexe a été d’ouvrir les contenus des MOOC sur France Université Numérique FUN), de transformer les formations présentielles en formations distancielles tutorées et surtout de s’engager dans un projet inspirant #ripostecréative. L’enjeu de ce projet est d’accompagner les territoires de façon pragmatique à résoudre les défis qu’ils rencontrent (management à distance, organisation de solidarité, protection des agents, adaptation des politiques publiques en urgence etc.). Dans ce cas l’innovation consiste à maîtriser parfaitement le potentiel des outils (réseau numérique, plateforme, visios, vidéos et mobile learning), mais également de progresser dans l’ouverture des connaissances à tous, dans la capacité à miser sur l’intelligence collective et à faire bouger la gouvernance. La technologie n’a pas fondamentalement évoluée avec la crise, mais les tests et les usages se sont démultipliés afin de proposer des réponses à toutes les demandes.

Aujourd’hui, je travaille avec l’équipe de l’Association pour le Progrès du Management (APM) qui anime plus de 400 clubs de dirigeants humanistes et engagés dans le monde. En moins de 6 semaines, les dirigeants, les experts,  les animateurs du réseau ont su adapter des centaines de rencontres physiques présentielles en codéveloppement professionnel à distance, ils ont organisé des coformations entre pairs pour faire face, ils ont organisé des « webinaire live » réunissant des milliers d’auditeurs pour apporter des conseils praticopratiques mais aussi des inspirations pour trouver du sens, ils ont créé une plateforme de soutien et d’entraide entre dirigeants pour concevoir des projets socialement utiles. Un patrons de sous-marins ou un spationaute livrent leurs recettes pour bien vivre le confinement. La créativité dans l’animation des réunions est immense allant des travaux en sous-groupes, à des temps fractionnés, des échanges en binômes ou certains groupes décident de cuisiner et manger la même chose pour réinventer la commensalité à distance et d’autres sont capables de visiter des musées virtuellement pour une pause philosophique ou de faire des activités physiques à distance pour faire passer de l’énergie aux membres. Quelques soient les activités choisies les dirigeants viennent donner et recevoir de la force pour tenir leurs entreprises dans le bon cap.

Aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé, l’innovation dépasse les conditions techniques ou sociales de sa réalisation et devient « axiologique ». C’est le sens même de la formation qui change et s’oriente vers l’action. Les points clés de ces deux succès sont de se tourner vers ses clients, de répondre à des besoins concrets et d’apprendre ensemble de façon pragmatique. C’est étonnant de voir comment la crise stimule de nouveaux imaginaires. Dans les réponses adoptées, les pratiques rejoignent les idées du philosophe et pédagogue pragmatisme John Dewey dont les travaux notamment exposés dans « Démocratie et Education », publié en 1938, montrent que l’expérience vécue ensemble, ici une épreuve, dispose d’un potentiel de transformation et de renforcement des liens sociaux. L’expérience pour peu qu’elle fasse l’objet de temps de réflexivité est particulièrement apprenante, c’est aussi bien le cas dans le projet #ripostecréative et des pratiques d’entretiens croisés initiés par les fonctionnaires publics territoriaux de ce projet  que dans les « retex »  des dirigeants de l’APM. Gageons que ces apprentissages, à un moment de trouble permettront de trier dans ses pratiques ce que chacun souhaite laisse derrière soi, ce qu’il a découvert au cœur des difficultés et qu’il a envie de faire grandir et enfin ce qu’il sent émerger d’un futur encore fragile et auquel il a envie de connecter son énergie. Ce temps de discernement est aussi valable pour les individus dirigeants, formateurs, experts, animateurs, apprenants que pour les institutions.

Source Pixabay

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