Publié par CRISTOL DENIS

Le lien entre l'apprentissage et la créativité est à interroger. En effet selon la façon dont on apprend dès l'enfance la créativité peut s'étioler. Il semble même que cela soit organiquement inscrit dans les prescriptions scolaires en France. L'institution scolaire organise un transfert d'habitudes et de savoirs officiels, dument validés par les autorités académiques, sans guère laisser la possibilité de divergence et de critique. L'enseignement s'inscrit dans des programmes qu'il s'agirait de faire passer partout quelque soit l'environnement, le contexte, l'histoire ou le rapport aux savoirs des élèves. Cet effort de standardisation, d'aucun diront de socialisation voire d'éducation conduit à concentrer sur la précision des contenus, leur agencement logique, (au regard des critères académiques) ; un ordonnancement quasi industriel. D'un seul coup résonne le bruit d'une balle qui se fiche dans la créativité. PAN ! elle est à terre. Les questions, les bifurcations la curiosité est mise sur les rails. Parfois quelques maîtres bataillent pour conquérir liberté et marge de manœuvre. Les cerveaux se chargent comme des piles mais il n'y a guère de regards qui brillent. Plus l'enfant apprend, plus il s'encombre de dates, de notions dont il n'entendra parfois plus jamais parler de sa vie. Parfois il doit même ingurgiter des méthodes ou des manies scolaires. Cette culture sans lien avec une médiation familiale assèche toute pensée personnelle, tout sens critique (je caricature des fortes têtes résistent au moulage). Plus l'âge avance, plus les dessins colorés de nos petits s'affadissent. La tête est bien pleine, les liaisons entre les neurones sont-elles vraiment des jaillissements? Quand un artiste nait c'est exceptionnel. Il faut alors trouver l'explication du don dans sa biographie, dans une rencontre singulière. Ce n'est que bien plus tard que les défauts des chers petits révèlent leur utilité. Le bavardage n'est plus cette mauvaise manière qui empêche l'adulte de parler, mais une façon de se faire connaître aux autres et d'entrer en relation. L'hyperactivité de celui qui ne tient pas sur sa chaise est une belle énergie. La segmentation en disciplines organisées laisse la place au joyeux chaos de la vie. Celui qui rangeait bien ses affaires est-il si à l'aise dès qu'un changement survient? Celui qui faisait le pitre et attirait sur lui tous les regards n'a t-il pas des dispositions à devenir comédien, commercial voire même assembleur d'attention ou leader? C'est un extraverti. Il est sur de lui. Quel talent! Celui qui a le cerveau moins chargé des certitudes des autres n'a t-il pas plus de place pour des idées nouvelles? L'énergie et les qualités émotionnelles qui sont souvent pourchassées finissent à manquer quand le seul langage qui compte c'est celui de la rhétorique ou des mathématiques.

Force est de constater que notre système éducatif marche sur la tête et rate le développement de savoir humain. A voir le nombre d'exclus et d'élèves jetés dans le grand bain sans qualification on imagine même que c'est un bateau ivre pour qui la seule question qui vaille est de savoir ou est le niveau. Il serait temps de comprendre que ce qui compte vraiment c'est de donner l'envie du large et pas seulement de compter les miles.

Apprendre rend-il moins créatif?

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Ingrid 11/07/2013

Bonsoir !
Je ne pense pas que la créativité s'étiole avec l'apprentissage : elle reste en sommeil. La créativité est, je pense inné. Elle sera façonnée par un certain apprentissage mais reste vivante malgré tout. De Vinci est un créatif inné...

Serge Meunier 14/07/2013

Bonjour
Comme le souligne Ingrid la créativité me paraît effectivement relever d'un terrain et il est évident aussi, comme l'exprime Denis Cristol, qu'un piètre jardinage pourra quasiment stériliser une terre à laquelle il faudra souvent un épisode de crise pour qu'y revienne ces surprenantes premières pousses d'après le pire. Le souci, c'est que la créativité potentielle d'une majorité de la population passe ainsi à la trappe, n'est révélée par rien -ou tard dans l'existence- et que cela en fait des citoyens passifs. Effet collatéral dont nous subissons les effets aux six coins de l'hexagone : l'élite qui a su se sortir du massacre s'empresse souvent de… pantoufler. Je crains que, dans un passage pèrilleux comme celui du paradigme actuel qui exige de l'inventivité, un pays aux réflexes has-been se voit pulvérisé en une génération

CRISTOL 14/07/2013

Serge vous avez raison nous avons besoin de pulvériser des idées nouvelles dans le jardin et plus nous serons nombreux plus les boutures prendrons. La solution est d'avoir un peu de confiance de la part des décideurs actuels pour mettre en place de nouveaux usages. Pour cela il faut bien faire les choses un job classique parfait incite à oser un peu de nouveauté. De plus la créativité est une drogue dure plus on la teste plus on à envie d'aller plus loin. : )

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