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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

 

 

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Les business schools ont leur part de responsabilité dans la crise actuelle qui est bien plus qu'une crise financière, ou un accès de cupidité de quelques actionnaires, dirigeants ou traders. Si les écoles sont un acteur parmi d’autres, elles peuvent néanmoins contribuer à promouvoir un capitalisme durable se souciant de l’intérêt de tous les acteurs. Il serait temps de leur proposer d'autres visées. Voici 10 propositions  pour orienter l'éducation de nos futurs cadres et dirigeants vers plus d'éthique. Les cinq premières propositions traitent des enjeux et des finalités, les 5 suivantes des moyens et des processus pédagogiques :

Proposition n°1 : Viser des finalités économiques et sociétales

Si elles conservent comme mission principale de doter les entreprises, les organisations et les associations de cadres responsables, il s'agit aussi qu'ils soient des citoyens ouverts sur le monde. Les différentes parties prenantes composant la société sont en droit d'attendre un effort sans précédant de leur éducation : des valeurs ajoutées durables fondées sur des valeurs humaines pérennes. Les écoles doivent donc se poser des questions sur le curriculum caché, c'est à dire sur les implicites qui les font fonctionner. Elles devraient régulièrement questionner leur mode de recrutement,  le choix de leurs professeurs,  les organisations qu'elles conçoivent, les contenus qu'elles délivrent, le type de relation qu'elles proposent  toutes choses produisant une éducation tacite car on apprend plus dans le silence et l'imprégnation de ce qui nous entoure que par des discours. Les écoles doivent se poser en profondeur et dans le détail la question de leurs missions. Pour cela les dirigeants d'écoles doivent y associer toute la communauté des parties prenantes : élèves, professeurs, administratifs, entreprises, parents, financeurs et sponsors de l'école. C'est de cette manière que les écoles auront  une véritable personnalité donc une Vision et des Valeurs. Elles pourront ainsi assumer leurs responsabilités pour contribuer à promouvoir une vision de l’entreprise et une approche du management qui concilient (réconcilie) l’humain et l’économique.

Proposition n°2 : Apprendre ensemble plutôt que les uns contre les autres

Il s'agit de sortir du paradoxe dans lequel les écoles placent leurs élèves. D'un côté elles les sélectionnent à l'issue de concours sévères et les préparent individuellement à des performances individuelles, de l'autre elles leurs expliquent que rien ne se fait dans l'entreprise sans intelligence collective et travail en équipe. Les écoles doivent s'intéresser réellement aux équipes, aux collectifs de travail, aux entreprises et sociétés dans lesquelles leurs élèves évoluent et pas aux seuls individus. Elles doivent lutter contre un individualisme déjà prononcé qui obère ensuite les réalisations collectives dans les entreprises. Elles doivent préparer à plus d'intelligence collective, à plus de coopétition caractéristiques du monde économique actuel. Par la mise en place de projets communs, par la réalité des équipes pédagogiques intervenant. Elles doivent faire vivre cette intelligence collective et ne pas seulement en parler.

Proposition n°3 : Développer du discernement dans la complexité et l’incertitude

Les écoles reçoivent les élèves  des familles qui souhaitent le meilleur pour leurs enfants. C'est un cadeau qui leur est fait, une marque de confiance. Ne travailler que pour l'accès au seul premier emploi et à un salaire élevé, ne suffit pas à l'épanouissement d'une vie professionnelle. Les écoles doivent se donner comme finalité la préparation à toute une vie. Il s'agit de dépasser la mode d'une discipline ou d'une technique managériale et de préparer chacun à apprendre à apprendre. Il s'agit d'explorer, de construire une pensée critique par soi-même, de faire preuve d'éthique et de discernement pour soi et la société. Toutes choses qui passent par la confrontation à l'aléa plutôt que par la seule programmation d'objectifs pédagogiques. Les environnements éducatifs des écoles doivent contenir des aléas et les professeurs doivent travailler dessus avec leurs élèves. Ceci implique également que l’école soit  un lieu de débat et de contradiction constructive. La société et l’entreprise sont ambigües et complexes, l’enseignement doit refléter cet état de fait et ne pas faire croire à une « vérité » qui est en fait le triomphe de l’idéologie et de l’immobilisme.

Proposition n°4 : Faire des écoles des acteurs de la communauté

Certaines écoles se bercent parfois de l'illusion de se suffire à elles-mêmes tellement leur notoriété est grande. Mais, même les plus grandes sont inscrites dans un tissu social et urbain et participent d'un territoire, dont elles se servent et qui se sert d'elles. Les écoles pour lutter contre l'entropie qui les guette ont besoin de s'oxygéner en permanence et de faire appel à la diversité, notamment sociale. Les écoles doivent se sentir partie prenante des villes-apprenantes où elles évoluent. Elles doivent s'ouvrir à la diversité des étudiants, faire une place à chacun. Elles doivent prendre soin de la communauté au sens large et pas seulement à ses anciens élèves. Par son rôle éducatif spécifique, l'école participe au développement des liens et d'un capital social qui la dépasse. Elle s’intègre dans une perspective de développement durable faisant une place aux dimensions environnementales, économiques et sociales.

Proposition n°5 : Développer des leaders responsables

Parce que les futurs cadres qui sortiront des business-schools demain auront été bien formés, ils auront toutes les chances d'accéder à des postes de responsabilité. C'est pourquoi il est important que les étudiants vivent et réfléchissent aux phénomènes de leadership. Les postes de managers complexes et éreintants ne sont pas une panacée dans une carrière, aussi il est utile d'appréhender sans les glorifier outre mesure les fonctions managériales. Les écoles devraient conduire leurs élèves à réfléchir sur ce que signifie être un leader, ou un manager, pourquoi ils aspirent à le devenir ou non. Toutes les opportunités qui se présentent dans l'école de se mettre au service de la communauté pourraient être utilisées pour savoir ce que signifie être responsable, et si vraiment l'on souhaite le devenir. Les écoles devraient contribuer à briser les stéréotypes ainsi que l’image régalienne du rôle de manager qui prévaut en France afin de promouvoir une image plus complexe et plus proche de la réalité, qui mette en avant les devoirs et responsabilités du manager. Il est également important de faire sentir la solidité morale et psychologique qu’implique le management.

Proposition n°6 : Promouvoir la créativité 

Les business-schools se devraient d'être moins un conservatoire de disciplines affiliées à quelques revues qui ne se lisent qu’entre pairs et plus un laboratoire d'idées. Créer des savoirs utiles pour les entreprises et la société passe par un engagement résolu dans l'innovation et la créativité. Trop souvent les élèves ne voient que le label prestigieux de telle ou telle école leur permettant de faire carrière dans une entreprise, elle aussi prestigieuse et réputée. Ils en oublient que l'offre éducative qui leur ait faite vise à repérer et développer leurs talents. Les écoles doivent garder en tête que leurs étudiants regorgent d'idées, d'envies de  vitalité. Elles devraient plus souvent laisser les idées de leurs étudiants s'exprimer, voire même stimuler la curiosité venant juste avant les projets. Les systèmes de notation devraient encourager plus la créativité et l'innovation et pas seulement la mémorisation et l'analyse.

Proposition n°7 : Révéler l’esprit d’entreprise

L'école si elle n'est pas un lieu de formatage, doit être un lieu de révélation des aspirations de chacun. Pour caricaturer, les élèves doivent pouvoir découvrir et rêver sur un panel plus large de métiers que celui de dirigeant, de financier, ou de directeur marketing d'une grande entreprise côtée en bourse. La création d'entreprise ne devrait pas être la seule solution de ceux qui n'en ont pas d'autres mais devrait être la priorité des meilleures business-schools. Les écoles devraient inscrire plus résolument le risque et la création d'entreprise dans leur programme, car on attend d'elles une création de valeur. Les étudiants devraient être beaucoup plus exposés au retour d’expérience de créateurs et de chefs d’entreprises afin de mettre en perspective le savoir théorique et la diversité des cultures et modèles d’entreprise.

Proposition n°8 : Promouvoir une diversité de profils parmi les professeurs

Parce qu'elles se sentent en concurrence dans une compétition éducative internationale, les écoles se lancent dans des processus d'accréditation. Ce faisant et pour progresser dans les rankings, elles recrutent au prix fort des chercheurs à même de publier dans des revues prestigieuses. Ces spécialistes sont parfois éloignés de l'entreprise, parfois même ils n'y ont jamais travaillé. Pour être excellents dans leur matière et avoir des chances de publier dans des revues classées  ils concentrent leurs efforts sur des points de détail théorique décalés par rapport à 99% de la réalité des entreprises. Les écoles devraient équilibrer leur corps professoral et faire une place plus grande aux professionnels et aux pédagogues mieux à même de transdiciplinarité et plus libre de création de lien avec les entreprises. Pour pouvoir atteindre cet objectif, elles doivent réformer leurs propres processus internes et développer plus de réelle collaboration et de projets multidisciplinaires au sein de leurs équipes d’enseignants et de chercheurs. La recherche doit se rapprocher beaucoup plus de l’entreprise, en particulier par le choix des sujets traités et par plus de réflexion sur les champs de validité et d’invalidités des modèles qu’elle crée.

Proposition n°9 : Développer la pensée critique chez les professeurs comme chez les étudiants

Les écoles parce qu'organisées à partir des disciplines de leurs professeurs sont sujettes aux effets de modes. Mais nombre de demi-vérité sont enseignées ne résistant pas à l'examen des faits et de la subjectivité des hommes dans une entreprise. Ce qui impressionne l'auditoire dans un amphi est de peu de poids dans la complexité des enjeux d'une entreprise. Chaque enseignant devrait en même temps qu'il enseigne une théorie du management, inciter chaque étudiant à regarder quelle en est la part d'idéologie, au risque de diffuser des fausses croyances. Les écoles devraient instaurer plus fortement des pratiques réflexives et critiques. Les enseignants eux-mêmes gagneraient à être plus critiques et à travailler en équipe.

Proposition n°10 : Favoriser de nouvelles approches technologiques

Le volume des connaissances croît de façon vertigineuse, les écoles doivent s'ouvrir à une diversité des savoirs, mais aussi aux nouvelles modalités de transmission qui viennent en complément de la rencontre. Le retard accumulé dans les technologies de l'information et de la communication est préjudiciables. Alors qu'en dehors de l'école les élèves maîtrisent toute une gamme de technologies liées à internet où à la téléphonie, les usages technologiques tardent à pénétrer les lieux de savoir. Les écoles doivent être promotrices des nouvelles technologies et pas seulement leur courir après. Elles doivent pouvoir édifier des réseaux de savoir s’appuyant sur des communautés ouvertes d’apprenants pour se faire. Elles doivent combiner ces nouvelles modalités avec les modalités plus anciennes sans négliger le contact humain.

 

 

 

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