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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

 

 

Il devient tellement commun d’affirmer que tout doit changer sans cesse, qu’un esprit critique pourrait s’intéresser à savoir comment demeurer. L’éloge de la constance mettrait sûrement en valeur la lenteur et la tempérance associées. Ces valeurs présentent –elles moins de bénéfices ? Nous changerions par envie, obligation ou nécessité. Nos compétences, nos capacités, nos croyances tout serait bon à changer. Les hommes et leurs organisations accompagnent le mouvement, la formation, la contrainte, l’introduction de nouveaux usages conduisent à déstabiliser ce qui ne bougeait guère. Ne pas changer serait associer à faire bloc, rester immobile, attendre ? Formuler positivement ne pas changer c’est demeurer, tenir, rester, conserver. Rester présente des vertus positives trop vite oubliées. Si l’arbre demeure et reste où il est, n’en change t-il pas moins mais plus subtilement. Si le rocher, sauf force extérieure, ne bouge pas il s’érode lentement. Demeurer est-il être immuable ? Si le changement évoque le mouvement le geste parfois c’est une gesticulation. Le demeurer rappelle l’art de la constance et de la maîtrise des passions. Peut-on demeurer sans passion ? Rester en l’état signifie t-il ne rien faire ? Est-il vrai que tout ce qui n’est pas en train de naître et en train de mourir ? La vision sous-jacente du changement biologique est-elle la seule viable ? Si le Français est assez précis pour classer hiérarchiser et décrire, les formes progressives anglaises en ing ne nous propulsent pas grammaticalement tout du moins dans le changement d’office ? Est ce là une source de renforcement de l’attrait des anglicismes pour baptiser le neuf en France ? Réussir à rester c’est une façon d’habiter le monde, d’occuper l’espace disponible, de densifier le temps, d’être pleinement dans le présent. Lorsque l’on demeure l’attention se porte à l’ici et maintenant, l’attention peut être amplifié par l’expérience de la durée, tel l’ermite qui connaîtrait chaque centimètre carré de sa cabane, à moins qu’il soit diminué par les habitudes non questionnées s’installant. Apprendre à rester c’est savoir se centrer sur ses bases, consolider ses acquis, approfondir un point de vue puisque le point d’observation ne bouge pas. Pensons un moment à l’astrophysicien condamné à observer les étoiles et au trésor de ressources qu’il déploie pour faire parler un grain de lumière pour déduire l’univers. Apprendre à habiter ce n’est pas se couper ou se retirer, c’est appréhender un territoire avec force de détails, se familiariser d’un état, être constant, pénétrer sa profondeur et ne pas seulement voir sa superficie. Apprendre à demeurer c’est avoir le goût de l’ici et du soi, mais aussi du proche. L’autre en immédiate proximité est un voisin considérable. A portée de vue ce n’est pas un étranger mais un familier qui compte par le fait de son regard et de sa présence. Apprendre à demeurer c’est donner un sens à une histoire, ce n’est ni une fuite ni une lâcheté, c’est un endossement de ce qui est là. C’est une forme de loyauté à un état qui en vaut un autre. Avec le changement pour seule boussole, les critères aussi sont variables. Souvenons-nous que même une horloge arrêtée donne l’heure deux fois par jour. Si d’aucun proclame toujours plus haut, toujours plus vite, nous pouvons leur rétorquer tenir envers et contre tout. Une chose qui ne bouge pas finit par être un lien commun à partager, parfois un ancrage, un port, une base solide fort appréciable quant à

force de changer nul ne sait plus ou aller ni que faire.

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