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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

 

 

 

Dans leur manuel sur la psychologie de l’orientation Guichard et Huteau (2006) consacrent un chapitre sur la construction et le développement des identités personnelles et professionnelles. Ils organisent leur démonstration en 4 parties.

La première partie montre le rôle du passé dans la genèse des préférences et des identités professionnelles (p 123 – 138.)

Les théories rassemblées insistent sur le modèle de l’apprentissage social et le rôle du passé. Les facteurs «génétiques » et «externes » sont prédominants pour Krumboltz (1979). Celui-ci distingue l’apprentissage associatif qui se fait par imitation et identification à un modèle et les apprentissages instrumentaux qui ont pour origine l’activité des individus. Pour lui, la vie est une succession d’expériences d’apprentissages conduisant à la formation d’un ensemble de représentations, et à la généralisation d’observation de soi et d’habiletés. Si Krumboltz insiste sur les facteurs qui provoquent des inférences sur les choix d’orientation, ces derniers restent insuffisants pour expliquer les critères valorisant ou non portés sur  l’environnement social. Critères eux-mêmes issus du monde social.

La théorie de l’habitus et des champs sociaux de Bourdieu complète cette approche. L’idée de Bourdieu est qu’il existe une correspondance entre les structures sociales et les structures mentales, entre les divisions objectives du monde social – notamment en dominants et dominés dans les différents champs – et les principes de vision et de division que les agents leurs appliquent.

Pour Bourdieu éduquer un individu c’est l’immerger dans une pluralité de champs. L’individu apprend à percevoir l’ensemble du champ, c’est à dire les éléments qui le constituent  et les relations qu’ils entretiennent entre eux du point de vue qui est le sien. La position dans le champ détermine la nature des expériences d’apprentissage qui conduisent à la formation de systèmes de classement et de perception. Le concept d’habitus est utilisé pour expliquer le maintien des situations en place. L’habitus est défini par Bourdieu comme « un ensemble de schèmes de perception, de pensée, d’appréciation et d’action » (Bourdieu et Passeron 1970). L’habitus est durable et facilite la reproduction. Et en particulier la façon d’appréhender le champ social.

Une des dimensions principales qui organise la vision de soi et des autres réside dans le champ scolaire. Ce champ se présente comme un miroir structurant les projections dans l’avenir. Pour Bourdieu et Passeron (1970), alors que le XIX éme et le début du XX éme siècle privilégiaient le capital économique, depuis le début du XX éme siècle, les titres scolaires tiennent une place sans cesse croissante dans la reproduction sociale.

La construction des identités personnelles et professionnelles p138 à 179

Si le poids des facteurs du passé semble déterminant, il existe d’autres approches qualifiées de génétiques qui considèrent le développement des identités personnelles et professionnelles comme une genèse se déroulant dans un ordre déterminé. Tout d’abord la prime enfance, ou les choix des jeunes sont guidés par leur imagination (souvent circonscrite aux situations sociales existantes dans leur environnement proche), puis par des vocations qui naissent selon des intérêts, des capacités, des valeurs qui se construisent à l’adolescence, ou des transitions scolaires ou universitaires. Les choix réalistes de profession surviennent, lors de l’enseignement supérieur. Pour Ginzberg (1951), trois phases s’enchaînent : la phase d’exploration qui est une phase de découverte et de recherche active d’informations, la phase de cristallisation ou les penchants se hiérarchisent, puis celle de la spécification qui correspond au choix d’une profession.  Dans cette approche il y a des interactions entre une maturation personnelle, des projections dans l’avenir avec des expériences permises par la culture donnée dans laquelle évolue l’individu.

Pour Erikson (1950), les conduites, ne s’expliquent pas uniquement par les représentations ou attitudes conscientes (telles que les généralisations d’observation de soi ou les habiletés d’approche de la tâche de la théorie de l’apprentissage social), mais également par les dispositions, et les affects inconscients. Les psychanalystes classiques parlent d’identification[1] pour désigner le processus de la constitution et de la transformation du sujet ; processus par lequel, celui-ci s’approprie à des moments clés de son développement clé des attributs ou des traits humains qui l’entourent.

 

Pour Erikson, l’identité est le concept fondamental. Pour lui les qualités fondamentales constitutives de l’identité du moi sont le produit de la résolution de conflits typiques d’un âge donné. Ce sont des représentations fondamentales, des sentiments identitaires structurant l’identité de l’individu. les grandes étapes repérées sont les suivantes :

-          sentiment de confiance ou de défiance (stade oral)

-          autonomie ou honte et doute (stade anal)

-          initiative ou culpabilité (stade phallique)

-          industrie ou infériorité (latence)

-          identité ou confusion (adolescence)

-          intimité ou isolement (jeune adulte)

-          génération ou stagnation (maturité adulte)

-          intégrité ou désespoir (adulte âgé)

Une des caractéristiques qu’Erikson prête  à l’être humain c’est l’anticipation de soi. Il utilise la formule «je suis ce que je serai ». Dés lors l’identité se révèle, se structure, s’affine et se transforme à chaque transition

Si l’analyse se concentre sur la vie professionnelle adulte, trois grandes périodes se distinguent. Plusieurs préoccupations correspondent à chaque période. Les transitions apparaissent comme des moments identitaires interrogeant les vocations.


 

 

Le jeune adulte

17-22 ans

Abandonner les attitudes adolescentes et esquisser les premiers choix adultes

Envisager son indépendance vis à vis de sa famille, imaginer ce que pourrait être sa vie, notamment professionnelle et réfléchir à des objectifs de vie

Explorer différentes possibilités en vue d’une identité future

22-28 ans

Effectuer des choix initiaux en matière d’activités professionnelles, d’amitiés de valeurs personnelles, de style de vie et de relations aux autres

S’engager dans un emploi et généralement dans une vie de couple

28-33 ans

Reconsidérer l’ensemble de ses engagements initiaux (vie de couple, choix professionnel etc .) en vue d’ébaucher une structure de vie adulte fondée sur une connaissance plus complète de soi et de ses rapports aux autres ainsi que la société

Eventuellement modifier certains de ses choix initiaux

33-40 ans

Se faire une place dans la société : développer ses compétences dans un domaine choisi, se faire reconnaître dans le monde que l’on apprécie

S’efforcer d’y arriver (par exemple progresser dans sa carrière)

L’adulte d’âge moyen

40-45 ans

S’interroger sur ses objectifs et ses valeurs : ai-je pu réaliser mes aspirations ? Tirer parti de mes talents et les développer ? Quelles sont mes réalisations ? Ou vais-je ?

Si cette période est marquée par une crise : réorienter sa vie (redéfinir sa carrière, fonder un nouveau couple etc.)

45-50 ans

Se stabiliser en prenant en compte les évolutions (par exemple les enfants qui ont grandi), et les réorientations antérieures

50-55 ans

S’interroger de la même manière que lors de la transition de la trentaine

55-60 ans

Conclure les efforts de l’âge moyen et se préparer à la saison qui commence (retraite, temps libre, diminution de certaines facultés etc.)

L’adulte d’âge mûr

60-65 ans

Trouver un nouvel équilibre entre ses engagements sociaux et ceux relatifs à soi, se recentrer sur soi sur ses ressources personnelles plutôt que sur la reconnaissance sociale

Au-delà de

65 ans

Développer un sens de la plénitude ou de la complétude : faire la paix avec soi-même et avec le monde

Figure 1 : Le développement de l’adulte de Levinson repris par Guichard et Huteau (2006 )

Dans le modèle de Levinson, les individus différent quant à leurs aptitudes, personnalité, besoin, valeurs, intérêts, traits et concept de soi. Ils sont plus ou moins à même d’exercer une profession en fonction des capacités, traits et personnalité nécessaire à son exercice.

L’identité vocationnelle renvoie au soi considéré comme objet pour « autrui ». Elle correspondant à ce que la psychologie différentielle nomme la personnalité. C’est à dire la possession d’une vue claire et stable de ses buts, intérêts et talents. Les concepts de soi professionnels renvoient aux significations privées pour les individus. C’est l’ensemble des attributs de soi qu’un individu considère comme pertinents dans le choix d’une profession.

Une des critiques qu’il est possible d’adresser est que la vision en terme d’étapes et de développement linéaire et continu s’inscrivant dans un grand récit de la maturation psychosociale et de l’adaptation culturelle ne résiste pas au chaos actuel. Les carrières correspondant plus à des trajectoires non maîtrisées faites de transitions, de crises au sein d’itinéraires que les adultes voudraient orienter.

Contextes et transitions p 180 à 215

Les contextes et les transitions jouent un rôle essentiel dans l’orientation professionnelle des individus.

Le poids de la communauté d’origine sur l’individu est essentiel par l’influence décisive qu’elle exerce par ses attentes concernant l’individu, par l’adéquation aux rôles présentés, par le soutien plus ou moins important de l’entourage, par la possibilité de rencontrer un certain nombre de modèle et par l’accès à des informations (Law 1981)[2].

L’écologie du développement humain de Bronfenbrenner (1979)[3], postule que le contexte est un emboîtement de structures concentriques en interrelations. Les micro-systèmes ou l’individu interagit (famille, école, entreprise…) sont influencés par les mésosystèmes qui décrit les relations des micro-systèmes entre eux. Enfin les orientations professionnelles sont aussi déterminées par les exo-systèmes c’est à dire les milieux auxquels l’individu ne participe pas directement. Décision politique qui influence l’environnement immédiat. Le macro-système englobe le micro, le méso et l’exosystème. Il se définit comme « consistance observable » il fait référence au contexte économique, social et technique mais également aux cadres religieux linguistiques ou idéologiques. Dans cette approche systémique l’individu est producteur de son développement : en influençant le contexte qui l’influence, il se donne des feed-backs à lui-même. L’individu interagit avec ses contextes changeants dans la recherche d’un ajustement ou d’une congruence.

 

Les ruptures dans la vie d’un individu ont fait l’objet de recherche. L’appellation de « transition psychosociale » a été utilisée par Parkes dans les années 70 (Guichard et Huteau 2004 p197). Il s’agit du besoin qu’un individu éprouve de restructurer sa vision du monde ainsi que ses projets de vie quand un changement majeur arrive. Les remaniements auxquels les transitions donnent lieu peuvent être d’ordre identitaire. Il s’agit de préserver des rôles auxquels l’individu tient et de construire un nouvel équilibre identitaire en interaction avec autrui. Les conduites mises en œuvre pour accéder à de nouvelles identités valorisées et reconnues sont sous-tendues par des processus d’auto-évaluation et de comparaison sociale.

De nombreux auteurs ont cherché quels étaient les facteurs facilitant l’adaptation des individus aux situations de transitions pour expliciter les phénomènes en jeu dans l’adaptation professionnelle

Ainsi l’adaptation professionnelle se déroule selon trois étapes :

-          la socialisation anticipatrice désigne les apprentissages et les attentes de l’individu avant son entrée dans l’organisation

-          L’accommodation désigne le passage du statut d’étranger à celui de nouveau venu. Il s’agit d’une phase d’initiation aux tâches, de construction de relation avec les nouveaux collègues, de clarification de son rôle et d’activation de ses capacités d’adaptation

-          le management du rôle fait référence aux processus par lesquels l’employé maîtrise et résout les exigences et conflits liés à la vie au travail

La dynamique des transitions obéirait à plusieurs mouvement tels que : l’immobilisation (l’individu se sent dépassé par ce qui lui arrive), la minimisation de la transition en cours, la dépression et le doute, le détachement du passé, le test de soi et de nouvelles conduites face à de nouvelles situations, la recherche de sens et la réflexion sur les différences, l’intériorisation de cette nouvelle vision du monde et de soi (Hopson et Adams 1976)[4].

La recherche d’information par les nouveaux arrivants, sur les comportements à adopter, les aspects techniques de la tâche à réaliser, les références utiles, est un facteur favorisant leur socialisation.

Il est également important de faire attention au fait que la centralité du travail n’est pas un absolu, et que les individus sont insérés dans de nombreuses activités en fonction de leur biographie ou histoire de vie.

Pour Dubar (2000 p15-56) le concept central est celui des formes identitaires. Ces formes dans lesquelles le sujet s’identifie au moins momentanément sont définies comme des « configurations socialement pertinentes et subjectivement significatives de nouvelles catégorisations indigènes permettant aux individus de se définir eux-mêmes et de s’identifier à autrui ». L’identité n’est pas un état statique mais un processus de reconnaissance de d’une définition de soi, satisfaisante pour les institutions et pour l’individu lui-même.

Pour Demazière et Dubar (1997), les formes identitaires ont pour origine l’offre identitaire proposée par une société donnée. Elles sont selon lui, le produit de deux transactions instables :

-          Une transaction biographique (subjective) qui est une mise en relation des identités héritées et des identités visées. Elle constitue le récit ou la mise en intrigue de sa propre vie quand il se la raconte ou la raconte à autrui.

-          Et une transaction relationnelle (objective) qui est une mise en relation des identités attribuées et des identités incorporées. Elle désigne un processus d’identification

Il est encore possible de relever que les transitions sont prévisibles, soudaines ou constatés à la suite de non-événement.

Les approches constructivistes et constructionnistes p 216 à 226

Guichard et Huteau distinguent le constructivisme terme qui appartient selon eux aux psychologues et le constructionnisme terme qui appartiendrait aux sociologues.

Saviskas (2005) interroge la manière dont les carrières se construisent. Il remet en question la vision de la maturité de carrière, de Super. La carrière étant le produit d’un constructivisme personnel et d’un constructionnisme social. Chaque individu construit des représentations de la réalité, mais pas la réalité elle-même. La carrière est vue dans son contexte. Dans une telle perspective, le développement de la carrière est déterminé par l’adaptation à un environnement plutôt que par la maturation de structures internes. La carrière devient dés lors une interprétation subjective qui impose un sens personnel aux expériences passées, ou aux souvenirs. C’est une mise en intrigue autour d’un thème organisant la vie professionnelle de l’individu.

Guichard ne se centre pas sur la construction de la carrière mais sur la construction de soi. Le modèle qu’il propose articule trois types d’analyses sociologiques, cognitive et sémiotique. La construction de soi advient dans des contextes sociaux et langagiers structurés (famille, voisinage, récit de vie…). Par leurs interactions, les individus contribuent à l’évolution de ces contextes dont ils s’approprient certains éléments. Le monde social est ainsi partiellement intériorisé. Cette élaboration cognitive donne lieu à la construction de cadres cognitifs identitaires, qui organisent les représentations d’autrui et de soi.



[1] « Processus psychologique par lequel un sujet assimile un aspect, une propriété, un attribut de l’autre et se transforme totalement ou partiellement sur le modèle de celui-ci. La personnalité se constitue et se différencie par une série d’identifications. »  (Laplanche et Pontalis 2004 p187)

[2] Law B (1981), Community interaction : a mid range focus for career development in young adults, British journal of guidance and counselling, 9, 142-158

[3] Brofenbrenner U (1979), The ecology of human development, Harvard University Press, Cambridge

[4] Hopson B, Adams JD (1976), Towards an understanding of transition : defining some boundaries of transition dynamics, in Adams JD, Hayes J, Hopson B, Transition : understanding and managing personnal change, Londres, Robertson

 

 

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