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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

Ce livre s’intéresse au rapport entre construction des activités et construction des sujets.

 

Problématique identitaire et engagement des sujets dans des activités (Barbier p15-64)

Selon Barbier, c’est dans les années 90, que l’identité aurait pris une telle place dans les discours. Pour lui l’identité tend à unifier des termes tels que  caractéristiques, parcours, trajectoires, contenus d’activité projets. L’identité regrouperait plusieurs composants comme l’intégration de notions jadis séparées (ex le psychologique et le social, l’objectif et le subjectif.), une composante de signification que les sujets donnent à leurs activités, une composante de croyance au potentiel de changement des sujets.

Cette montée en puissance de l’identité s’explique selon une culture de pensée qui  insiste sur significations que les acteurs accordent à leur activité et selon la mise en place de nouvelles organisations sociales qui intègre plus fortement les acteurs à ces organisations.

L’injonction de subjectivité, et la fonction de l’identité présentent des effets de mobilisation d’acteurs et revêtent une fonction sociale appelant l’autonomie des sujets.

Pour Barbier les termes d’identité «héritée », «présente », «visée », «pour autrui »… utilisés participent à un travail de nomination de termes désignés par d’autres vocables par le antérieurement tels que trajectoire, activité en cours, projet, rôle assigné. Les outils plus construits comme les modèles identitaires (Sainseaulieu 1988), les formes identitaires (Dubar 2001), les stratégies identitaires (Gaulejac 1994), les dynamiques identitaires (Barbier et Galatanu 1998) servent d’outils de caractérisation et connaissent un processus de naturalisation par leurs usagers qui plutôt que de les utiliser comme outils de connaissance, les considèrent comme objets à reconnaître dans les matériaux accumulés.

La problématique identitaire est porteuse de plusieurs questions de recherche. Un des partis pris est que l’identité n’est ni une entité objet de connaissance, ni un outil interprétatif de la recherche. « L’identité se donne d’abord à voir comme une construction mentale et/ou discursive opérée par des sujets ».

Les identités sont donc des constructions dont Barbier souligne l’impermanence. L‘identité n’est pas l’objet des démarches d’identification, elle en est le résultat. L’identité n’est pas un objet mais une construction, c’est la construction qui fait l’objet de compréhension. Ces constructions sont des représentations identitaires. Il s’agit de l’image de soi à partir de ses activités qui assure le sentiment d’unité et de continuité.

Il convient sous peine de confusion de ne pas considérer la trajectoire de l’individu comme une problématique identitaire. C’est la représentation qu’il s’en fait, l’intelligibilité qu’il a, le discours qu’il tient au sujet de son parcours qui sont accessibles. Pour Dubar (1998) il s’agit de ne pas confondre un acte de langage avec une réalité. Si les identités ne sont pas des «essences », elles sont des histoires. Il affirme «il me semble que si l’on considère les identités comme des définitions de soi (par soi et par les autres), elles ne peuvent mieux se comprendre qu’en suscitant des récits de pratiques dans un dialogue de confiance centré sur le sujet ».

Pour Barbier (P27)»c’est  à partir d’autres images provisoirement stabilisées que s’effectue  le travail de composition de l’image de soi donnée à autrui ».

Il y a donc une distinction entre identité pour soi et identité pour autrui. L’identité pour autrui est l’image de soi que l’on donne à autrui. Dés lors sur le plan méthodologique, le repérage des images de soi données à autrui invite à une réflexion sur l’analyse du discours en particulier entre le rapport entre sujets énonciateurs et énoncés.

Deux situations peuvent se présenter :

-          le processus d’identification d’un sujet par lui-même (représentation de soi par soi, ou images que le sujet propose de lui-même)

è moi

-          le processus d’identification d’un sujet par autrui (représentation d’un sujet par autrui, images d’un sujet donné par autrui à partir des images que ce sujet donne de lui-même)

è je

Pour Barbier la question la plus complexe est celle des interactions entre ces différentes représentations et images. En effet plusieurs phénomènes ont déjà été constatés en la matière : l’effet pygmalion, l’apparition chez le sujet de représentations sur les représentations qu’autrui se fait d’eux-mêmes, une influence des représentations de soi sur les représentations que peut se faire autrui de ce sujet.

Ces phénomènes ont été notamment abordés dans le cadre de la psychologie sociale, à travers une théorie dite de l’identité sociale (Tajfel et Turner 1986), qui montre les mécanismes d’auto-catégorisation ou de catégorisation de groupe, à travers des mécanismes de comparaisons sociales.

Les interactions entre représentations et communications entre sujets sur eux-mêmes mettent en valeur deux invariants :

-          Elles sont réciproques : représentations et communication entre sujets sur eux-mêmes fonctionnent comme des reconnaissances réciproques

-          Elles sont évaluatives : ces représentations fonctionnent comme des évaluations  (un sujet ne fait pas de représentation neutre de son environnement mais des représentations qualitatives liées à ses préférences d’activités).

 

Un autre élément de la complexité relevé par Barbier est la construction solidaire des constructions représentationnelles et discursives. Pour Barbier ce constat empêche de distinguer une théorie des activités et une théorie des identités. Cette solidarité s’observe dans trois domaines :

-          le domaine des liens entre représentations (ou définitions) que de donnent les sujets d’eux-mêmes, de leur environnement d’action, de leur activité

-          le domaine des liens entre contours donnés aux enveloppes identitaires et enveloppes d’activités

-          le domaine des liens entre définitions d’identités collectives et implications d’acteurs dans les activités

Barbier pose l’hypothèse qu’à chaque unité d’action d’un sujet correspond chez lui-même une représentation transitoire de lui-même comme sujet agissant. Pour étayer cette hypothèse Barbier invite à utiliser l’approche de Zavalloni (1998 p6)[1] qui fait le lien avec l’ensemble de l’histoire du sujet. Elle invite à travailler sur  la «pensée de fond » à partir du repérage des adjectifs qui se révèlent avoir une valeur identitaire : « l’adjectif se révèle comme étant le pivot central dans la création de la réalité sociale, en agissant comme un agent de liaison entre l’environnement interne et le monde social ».

Les  liens entre représentations des environnements, représentations des actions, et représentations des sujets sont des liens assez subtils.

Partant de l’élaboration de dispositif de formation pour des jeunes sortis du système éducatif,  Barbier observe l’existence d’une multiplicité de représentations identitaires. Il existerait ainsi un «moi en formation », un «moi professionnel » ou un «moi social ». L’image que se fait l’individu de son image de départ dans un espace donné et de son profil dans un espace d’arrivée peuvent être mis en relation. Le mécanisme de projection dans le futur nécessite pour de nombreux formateurs un travail de renarcissisation. Même si ces représentations identitaires sont plurielles elles semblent conserver des liens entre elles. Barbier pose l’hypothèse qu’il existe autant de représentation identitaire  qu’il existe de champ d’activité investi de sens par un sujet. Dés lors l’espace (professionnel ou éducatif) est investit si il donne sens et concorde avec les représentations identitaires.

Les constructions d’identités collectives épousent la diversité des situations d’implications d’acteurs dans les activités. Les activités langagières sont fondamentales dans la production des identités. La parole est produit et productrice d’identité collective. Les identités collectives sont des représentations ou des discours et fonctionnent comme des évaluations.

Les groupes d’appartenance ou de référence constituent des références ou affiliations identitaires.

Les constructions que les sujets opèrent autour d’eux-mêmes sont en transformation constante. Mises en relation entre elles, par les sujets, elles donnent lieu éventuellement à l’apparition d’affects identitaires. Le processus combine des représentations finalisées des situations dans lesquelles les sujets sont engagés. Ces représentations finalisées sont relatives à des existants, se modifient sans cesse,  sont évaluatives et des représentations finalisantes qui sont souhaitables, rétrospectives, se modifient sans cesse et sont attributives de valeurs.

Barbier pose l’hypothèse que les relations entre représentations finalisées et finalisantes induisent des manifestations émotionnelles et des tensions qui déclenchent de nouvelles actions. Trois mise en relation semblent clés :

-          mise en relation entre représentation du soi actuel et représentation d’un soi idéal

-          mise en relation entre représentation que se fait un sujet de la représentation qu’autrui a de lui et représentation de soi actuel

-          Mise en relation entre représentation que se fait un sujet de lui-même issue de l’image qu’il veut donner et représentation qu’il se fait de la représentation qu’autrui a de lui.

Les mises en relation peuvent créer des effets émotionnels que Barbier qualifie de plaisir identitaire en cas de congruence, ou de souffrance identitaire en cas de tension.

A partir du croisement des relations entre représentations identitaires pour soi et pour autrui et des affects identitaires corrélés, Barbier déduit 5 dynamiques identitaires  qu’il qualifie de :

-          dynamique de promotion

-          dynamique de préservation

-          dynamique de restauration

-          dynamique de réservation

-          dynamique d’individuation

Les mises en relations qu’effectuent les sujets ne sont pas toujours conscientes, l’identité est subie. Parfois un travail identitaire s’enclenche (à l’occasion de changements, de formation etc.), qui donne lieu  à une mise en représentation, à une délibération sur soi. Celle-ci passe par une activation des constructions mentales, par une affectation des affects correspondants, par la mise à jour d’une stratégie identitaire.

L’écoute de récit de vie est pleine de circonstances ou d’événements qui rétrospectivement se révèlent avoir eu une incidence sur la conduite d’un itinéraire personnel (Baubion-Broye 2001). Deux logiques identitaires sont observables : une logique de continuité, ou une logique de rupture (transaction biographique de Dubar, dynamiques de continuité ou dynamique de transformation identitaire chez Kaddouri 2002).

Ces moments de délibérations sur soi sont vécus par les sujets comme des moments forts de culture de soi, des moments ou ils sont sujets de leur propre vie. Les actes de délibération sur soi fonctionnent comme des activités mentales ou socio-cognitivo affective. Plusieurs composants peuvent être appréhendés :

-          les représentations du sujet sur sa manière de conduire ses activités antérieures

-          les référents identitaires que l’individu se donne à l’occasion de sa réflexion sur sa vie ou ses activités ; il s’agit de modèles individuels ou collectifs de référence qui fonctionne par identification  ( Freud 1929 «processus psychologique par lequel un sujet assimile un aspect, une propriété un attribut de l’autre et se transforme totalement ou partiellement sur le modèle de celui-ci »)

-          le rôle des acteurs

-          L’aboutissement : le projet de soi sur soi

La problématique identitaire concerne tous les domaines d’engagement dans une activité.

Dés lors dés qu’il y a intervention sur les activités, les sujets en retraduisent d’un point de vue identitaire les conséquences pour eux. Tout se passe comme si se mettait en place chez le sujet une construction de sens pour lui à partir de ces prescriptions extérieures. Cette construction fonctionnant comme un processus de transaction en acte et en discours. L’engagement dans une activité de formation ou de production constitue une situation ou l’individu est étiqueté, il accepte si il trouve un gain identitaire à en tirer dans le champ des significations sociales. « En conséquence lorsque les apprenants procèdent à leurs constructions de sens à partir des propositions de formation, ils le font obligatoirement en référence et en reprenant pour partie les espaces sociaux de significations dans lesquels ils se trouvent placés » (barbier p56). L’engagement en formation se trouve être un révélateur extrêmement efficace des représentations du soi actuel et des représentations projectives dans les différents espaces.

 



[1] Zavalloni M (1998), Vers une orientation et une intervention interactive : l’identité comme hypertexte in Numérospécial : Processus identitaire et changements sociaux, Orientation scolaire et professionnelle, mars, vol 27 n°1, Paris

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