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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

Le mot société est banal, il évoque vaguement en chacun de nous la référence à l’état nation rassemblé autour de valeurs. Liberté, égalité, fraternité, clament les frontons des mairies et des écoles. Mais scrutant ces mots, le lecteur sent confusément l’écart se creuser entre l’intention et la réalité dans laquelle il est engagé. Alors, si déjà le mot société fait problème, y adjoindre connaissance augmente le trouble. De quelle connaissance parle t-on ? De la connaissance commune nous rassemblant avec les autres tout d’abord, de la connaissance appropriée qui nous en distingue ensuite. Si par société de la connaissance on s’intéresse au socle commun, alors le projet est celui du partage d’un patrimoine culturel. Mais, 60 000 jeunes sortent sans diplôme des premiers cycles scolaires chaque année et 75 000 autres échouant dans  l’enseignement supérieur les rejoignent. C’est plutôt la société de la méconnaissane qui s’impose à eux. Lorsque ces jeunes se trouvent en marge, la bonne société, digitalisée, impersonnelle produit des rapports sur la jeunesse gâchée. Elle stigmatise du haut de son savoir. Que se passe t-il ? D’une part ceux qui participent favorablement de la division sociale des diplômes, d’autre part, ceux qui n’ont rien fait reconnaître. Ces derniers finissent par exécuter les tâches de reproduction à faible valeur ajoutée que requière la gestion de mégabit d’informations, ou la délivrance d’une variété de services. A en croire l’acception économique de la déclaration de Lisbonne, la société de la connaissance nous plonge dans la compétition internationale. Depuis 1960, les multinationales recensées dans le monde ont été multiplié par 10. Plus de 65 000 « major company » pénètrent des espaces géographiques toujours plus reculés. Le moteur capitaliste se nourrit d’asymétrie, on se souvient de l’ouvrage de la « richesse des nations » d’Adam Smith et des travaux de Ricardo qui ont justifié le colonialisme. Aujourd’hui, après avoir épuisé les territoires et les hommes, le capitalisme cherche de nouvelles différences à exploiter. Par force de marketing, il s’engouffre dans les fragilités des exclus de la consommation, qui,  s’accrochant à des marques, ont l’impression   d’exister. La société de la connaissance dont il est question, fait implicitement référence aux savoirs formels monnayables, au détriment des savoirs informels locaux.  Cette société classe, hiérarchise, discrimine et laisse pressentir une société où l’on se croise sans se voir ou l’on peut vivre dans des mondes parallèles. C’est pourquoi nous appelons de nos vœux une société de l’interconnaissance ou les 6000 langues et cultures composant le substrat des connaissances planétaires se rencontrent, une société dans laquelle, à force d’être partagé, le savoir grandisse chacun. Aujourd’hui, les savoir verticaux sont contestés par des savoirs horizontaux diffus et critiques. A l’arrosage du haut de la cruche succède la capillarité, la diffusion au sein de réseaux, de wiki, de blogs, de chats. Quand 132 milliard de recherches sur internet sont faites chaque année, il n’est plus de profession, d’Académie ou de politique qui puisse prétendre discipliner le monde unilatéralement. Avec 1,5 milliard d’internautes, de twiternautes et surfeurs en tout genre dans le monde, le pouvoir de rencontrer l’autre ne cesse de croître. Mais paradoxalement, si les transferts de données ouvrent aux horizons lointains, et aux idées exotiques, le quidam du coin de la rue reste toujours un étranger.

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