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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

   

 

 

Ces trois auteurs s’intéressent à construire une autre vision de l’éducation et de la formation. Ils cherchent à apporter des éléments de réponse aux questions : que veut dire connaître ? Apprendre ? Enseigner ? Pour progresser dans leur compréhension ils placent au cœur de leur réflexion la notion de situation. Ils partent en effet du constat que l’apprenant est toujours lié à une situation  ils développent sur ce constat le concept d’énaction qui fusionne personne, action et situation. Ils sont redevables du paradigme de Barbier qui intègre théorie du sujet et théorie de l’activité d’une part et de Vergnaud qui montre la place centrale de la situation en formation. L’énaction questionne donc la personne en situation. L’énaction souligne l’indissociabilité de l’être et du monde. L’énaction se veut une synthèse et un dépassement de perspectives telles que celle du constructivisme, de la cognition située, et de l’intelligence distribuée. Si le praticien réflexif met l’accent sur la réflexion, le praticien énactif met l’accent sur l’agir. Plusieurs concepts sont mobilisés pour explicités la théorie de l’énaction tels que « être en situation de… » le réseau d’action virtuelle, la relationnalité, la marge de manœuvre, et la disponibilité. Le concept « être en situation de … » accrédite l’idée du lien indissociable entre action et cognition « apprendre ou connaître, c’est réaliser une action situante et située ». Dans la relation si le primat est accordé à la situation la perspective est qualifiée de situationniste, lorsque la primauté est accordée à la personne la perspective est personnaliste. Une personne du seul fait qu’elle vit est toujours dans une situation. Le concept de personne-en-action-et-en-situation. « être en situation de… c’est se produire en situation y être et en être. Dés lors dire que toute connaissance est énactée et se manifeste par et dans l’action c’est affirmer que la connaissance n’est pas un objet mais une action. Connaître c’est agir. L’émergence renvoie à la dialectique situant/situé au moyen de laquelle la personne s’adapte au monde physique et social. Le sujet n’est pas à proprement parler le constructeur autonome de ses connaissances car l’objet joue aussi un rôle. Les études de psychologie étudient ce que plusieurs appellent la personne solo et néglige le « en situation ». Perkins (1995) propose au contraire l’alternative de la personne-plus. Le plus réfère aux ressources physiques, sociales et spatio-temporelle que comprend l’environnement. l’énaction peut aussi être collective dés lors que la personne en situation est intégrée dans un groupe. Le groupe fait preuve de compétences énactives lors d’action collective selon qu’il se comporte comme une foule ou une équipe. Le réseau d’actions virtuelles constitue le deuxième concept de l’énaction. il s’agit ici de rappeler que si une personne en situation s’avère compétente ce n’est que lorsqu’elle est dans les conditions d’exercer sa compétence. Un alpiniste sans paroi ne peut dévoiler sa compétence. Pour Damasio (1995 p14), l’esprit est le prolongement du corps  - même « l’environnement en fait partie car l’environnement est, en partie, le produit de l’activité elle-même de l’organisme ». Dans une perspective énactive la personne dans sa globalité s’organise tout en organisant le réel, et le réel ainsi organisé influe en retour sur sa propre structure. Les auteurs montrent que les personnes agissent et dans le même temps se munissent d’un réseau d’actions virtuelles. Cet ensemble de possibilité constitue la marge des manœuvres activables en situation. Le troisième concept clé est celui de relationnalité. Dans une perspective énactive, une personne est et évolue comme être-au-monde. L’évolution de l’être au monde implique le développement concomitant du soi, du découpage du monde en diverses réalités et la construction d’une relationnalité. Le rapport entre le sujet et l’objet est circulaire car si la personne se développe en tant que sujet, alors elle ne se relie plus de la même façon à l’objet (qui est devenu différent). En action le sujet et l’objet se constituent ensemble. En fait si une partie du tout sujet ou objet s’altère, les autres parties s’altèrent aussi. La relation s’exprime en symbiose (confusion du sujet et de l’objet), extériorité (coexistence du sujet et de l’objet) ou intériorité (incorporation). L’évolution de la relation à l’autre ou à l’objet est évolutive. La disponibilité s’avère être au cœur de l’intelligence énactive. Pour les auteurs l’intelligence est adaptative, rationnelle, cognitive, émotionnelle, évolutive, multiforme et distribuée. Le qualificatif d’évolutif signifie que l’intelligence se prolonge dans le corps d’abord et dans les ressources de l’action. L’intelligence énactive serait dispositionnelle (la maîtrise de soi avec pour finalité la réalisation de soi), positionnelle (la maîtrise des situations avec pour finalité la compétence) et gestuelle la dextérité avec pour finalité la performance). Alors que la compétence s’acquiert par combinaison de ressources internes et externes et repose sur la sanction sociale, les dispositions et l’intelligence dispositionnelle sont de l’ordre du développement personnel. Elles touchent à l’être de la personne et s’apprécie plutôt de l’intérieur. Les principales dispositions relevées par les auteurs sont la créativité, l’identité, le rapport réflexif à l’action, le rapport critique au pouvoir, le rapport empathique aux autres. La disponibilité se présente comme l’élément essentiel de l’intelligence dispositionnelle, il s’agirait d’une façon d’être présent en situation en engageant, unifiant et canalisant  toutes les ressources dans la tâche à réaliser. C’est aussi faire corps avec la situation en déployant le réseau des actions virtuelles. L’intelligence positionnelle correspond à la manière de prendre place dans la situation tant du point de vue physique que mental, pour s’adapter aux situations nouvelles. Il s’agit ici de se situer, c’est à dire saisir les circonstances, puis de se centrer c’est à dire établir son intention avant de transformer la situation. Se positionner c’est en fait se donner un maximum d’alternative. L’intelligence gestuelle est l’expression de diverses ressources internes qui caractérise la dextérité. Accéder à l’intelligence énactive procède du développement d’une intériorité profonde. Cette intériorité est le fait d’une présence physique et mentale, du développement du champ de l’attention, de la fluidité, tous ces aspects appartenant à la perspective zen, ou au do qui participe de la maîtrise de soi et de son union au monde.

En conclusion un praticien énactif exerce trois fonctions hiérarchisées : une fonction d’instruction (être gestuel), une fonction d’enseignement (être positionnel), une fonction  d’éducation (être dispositionnel). Le praticien énactiviste vise le développement de l’être en situation de …il se distingue des pratiques suivantes :

·         Le praticien humaniste considère que sa mission éducative est avant tout d’aider l’élève à développer ses dispositions

·         Le praticien constructiviste vise le développement d’une personne autonome

·         Le praticien cognitiviste dé-corporalise la cognition et la limite à une activité cervicale qui organise et met en conserve les informations

·         Le praticien béhavioriste opère dans une perspective situationniste : les situations sont considérées comme des stimulations environnementales qui provoquent et conditionnent le comportement

Pour s’inscrire dans les principes dispositionnels le praticien énactif

-          engage l’apprenant dans une voie

-          valorise le développement d’une disponibilité mentale

-          valorise la maîtrise de soi

-          valorise le développement de dispositions positives

-          encourage les apprenants à réfléchir sur leurs dispositions

Pour s’inscrire dans les principes positionnels le praticien énactif

-          valorise l’apprentissage par l’action

-          encourage la prise en charge des situations par l’apprenant

-          prend en considération les possibilités de l’apprenant

-          aide les apprenants à enrichir et élargir leur être-en-situation-de…

-          fournit des occasions d’apprentissage dans des situations d’adversité

-          encourage les apprenants à réfléchir sur leur manière de se positionner en situation

Pour s’inscrire dans les principes gestuels  le praticien énactif

-          met l’accent sur la justesse et  l’efficacité des actions en situation

-          encourage les apprenants à réfléchir sur leurs performances et les résultats de leurs actions

Etre un praticien énactif repose sur une adaptation des méthodes pédagogiques utilisées en fonction de l’évolution des situations, dans la dialectique situant/situé.

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