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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

 

 

 

 

Les cadres et leur activité connaissent un regain d’intérêt ces dernières années avec souvent des écrits argumentés et critiques sur la fatigue des élites, le stress des cadres, le manager jetable, leur grandeur et incertitude… De nombreux auteurs se sont essayés à approcher les cadres. Depuis Luc Boltanski qui a ouvert la voie en s’intéressant à la constitution de ce groupe social dans les années d’après guerre, en passant par les chercheurs du CNRS du GDR-cadres  qui suivent régulièrement les évolutions du groupe. Frederik Mispelblom Beyer chercheur et professeur de sociologie à l’université d’Evry nous donne de nouvelles clés de compréhension. Il a décidé de se placer dans les pas de Henry Mintzberg qui avait mené une étude ethnologique sur les rôles du cadre en observant le quotidien de cadres dirigeants. L’objet d’observation dont il est ici question est légèrement différent puisqu’il cherche à cerner le travail des cadres en situation. L’activité d’encadrer est donc abordée comme un métier. La méthode d’observation conduit l’auteur à étudier l’encadrement en travaillant avec lui. La matière privilégiée de cette étude provient de l’écoute de ce qui se passe, car selon l’auteur « la parole (est la) sphère décisive de l’activité d’encadrement ». Qu’est ce que le métier de cadre ? Au delà des discours managériaux, comment ce métier s’exerce t-il ? Cette question est abordée en trois grandes parties. La première partie situe les enjeux de l’encadrement intermédiaire. Il nous rappelle l’origine militaire du terme. Les travaux fondateurs de Taylor,  sont revus en se centrant et analysant plus finement le rôle d’une nouvelle catégorie de salariés : les cadres. Après une période faisant la part belle au commandement, l’encadrement oscille entre travail social et discipline. Le thème de l’encadrement situé entre la pression d’en haut et celle d’en bas est également revisitée à l’aide des notions de confiance et d’autonomie. L’autonomie fonde dans les esprits une spécificité de l’encadrement. Mais l’auteur nous montre qu’en réalité cette autonomie est fortement contrainte et relativisée par le rapport salarial qui subordonne le cadre à son entreprise, et par tout un ensemble de prescriptions non écrites internes et externes à l’entreprise qui s’impose à lui. L’auteur nous rappelle aussi que l’encadrement est lui-même fortement encadré et que ses actes sont canalisés par toute une série de dispositifs (pressions de réseaux d’interdépendance, contraintes du corps et de la morale, pratiques de distinction). On se rapproche ici d’une des fonctions fondamentales de l’encadrement à savoir « unifier, les salariés, les équipes, les services, pour les amener dans la même direction ». Cette idée fait le lien avec la suite de l’ouvrage. En effet, dans la deuxième partie, l’auteur développe l’orientation comme une dimension essentielle de la fonction d’encadrement. L’orientation est certainement un mot moins philosophique, et moins à la mode pour parler du sens, en particulier du sens collectif de l’action . Orienter devient alors un savoir-faire spécifique qui passe par « tenter de dire ce qu’on fait et ou l’on va », « tenter d’unifier les orientations du travail » et « tenter d’élaborer des compromis productifs ». La modestie contenue dans le verbe tenter, montre toute la difficulté des cadrages, recadrages, conciliations et ajustements inhérents à la position de l’encadrement. Enfin la troisième partie analyse par le détail et nous fait partager la banalité des échanges d’une réunion conduite par un directeur. A partir de l’anecdote, l’auteur retrace le travail de cadrage, les événements de parole, l’expression des normes dominantes, le glissement de cadres de références (du cadre technique au cadre d’autorité). Il montre le rôle des procédures et des consignes et leurs limites. Dans sa conclusion Frederik Mispelblom Beyer synthétise sa vision : oui encadrer est un métier impossible car l’activité d’encadrement est harassante et stressante, difficilement prévisible et standardisable. Elle  est constamment exposée aux divergences d’opinion aux débats tacites ou ouverts, à la menace ou à la réalité de conflit. Deux points formeront ma conclusion sur cet ouvrage. Le premier point est de saluer une approche empirique qui va au-delà de l’analyse de données macro-sociales et globalisantes. Le travail de terrain permet d’approcher au plus prés la réalité. En regardant les activités de l’encadrement, il est certainement possible d’y faire face et d’envisager des solutions nouvelles. Enfin, je partage l’avis de l’auteur qui pointe la limite des sources de recherches qui se concentrent souvent sur des entreprises du secteur public ou semi-public. Si le titre révèle déjà la conclusion - « encadrer un métier impossible ? » - pour ces entreprises, dont il est largement question dans l’ouvrage il serait intéressant de savoir si la situation des entreprises privées est de la même nature ?

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