Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

images_053.jpgL’ouvrage qui nous est présenté par Xavier Baron professeur en sociologie, traite de la performance collective. Encore un ouvrage sur les techniques du travail en équipe, ou 1 + 1 finisse toujours par faire 3, allez vous dire. Pas du tout ! Car le travail aujourd’hui est devenu informationnel, communicationnel et relationnel. Il s’agit moins de manipuler de la matière, mais surtout de l’information. La performance collective dont il est question est surtout intellectuelle et concerne plus spécifiquement les travailleurs du savoir. Le cœur de l’ouvrage traite donc de l’organisation et de la façon de la rendre apprenante et innovante. 9 chapitres argumentent le propos. L’auteur  pour débuter spécifie les termes et clarifie ce qu’est une production immatérielle et un travail intellectuel. Si le travail intellectuel est individuel, expert, non substituable, inobservable et exige de l’autonomie, la compétence n’en demeure pas moins collective. L’autonomie requise par le travail intellectuel place les organisations dans le paradoxe de « contrôler les initiatives » ou « d’organiser l’autonomie ». Les spécificités de ce travail imposent de nouvelles modalités d’organisation. Des principes dépassant la parcellisation des tâches sont à inventer. Par exemple « agir en commun en connaissance de cause » est une nouvelle exigence du travail intellectuel. L’auteur propose 9 principes pour l’organisation qui doit :

-          être congruente avec sa finalité productive immatérielle

-          promouvoir la réciprocité élargie des interactions organisationnelles au sein des collectifs

-          intégrer l’accès durable à un travail de qualité en contrepartie des investissements psychoaffectifs individuels et collectifs exigés par la coopération

-          instaurer durabilité et  proximité comme dimensions opératoires des travailleurs du savoir

-          développer l’autonomie de condition des travailleurs du savoir par l’accroissement de leur responsabilité et la réduction des psycho-tenseurs

-          trouver dans l’espace élargi du travail intellectuel une traduction spatiale des collectifs de travailleurs du savoir

-          co-construire et intégrer les instruments de gestion dans une élaboration sans cesse renouvelée et dans le dialogue

-          combiner l’enjeu d’une intégration/différenciation des acteurs individuels et des collectifs

-          valoriser la confiance comme actif immatériel de l’entreprise

Pour illustrer ces principes, l’auteur expose deux cas d’entreprise passant du modèle industrialiste à un modèle de l’infoduction (production et travail sur l’information). Les travailleurs du savoir ont surtout besoin de construire le sens de ce qu’il réalise, car l’effort est déconnecté d’un résultat facilement visible et du coup la reconnaissance est difficile. Un des enjeux est de construire des collectifs de travailleurs du savoir, en démultipliant des binômes, des équipes projets, des réseaux. Il est possible d’exploiter toutes les formes de communautés, de mandarinat, d’intégration dans le métier pour apprendre à s’organiser collectivement à coopérer et pas seulement à être coordonné. Ces collectifs vont d’autant mieux fonctionner que l’ergonomie du travail intellectuel aura été intégrée. Les questions de saturation informationnelle et les attracteurs cognitifs  sont à prendre en considération dans un monde où les frontières entre sphère personnelle et professionnelle se brouillent. De même les modes traditionnels d’évaluation tombent si l’évaluateur n’est pas jugé légitime. En conclusion, l’auteur stipule que le contrat traditionnel conformité contre protection n’est plus si efficace ni même légitime.  Cet ouvrage, et il en faudrait encore d’autres de la même veine vient combler une lacune. Il offre une rupture dans la façon d’appréhender le travail invisible. Car à un moment où le travail immatériel est devenu la règle et non plus l’apanage de quelques uns, les façons de gérer restent désespérément stéréotypées et limitées à des indicateurs de gestion qui ont perdu une partie de leur acuité.

Commenter cet article