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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

 

 

 

La vision habituelle fait du leader un héro, un meneur charismatique, à tel point que chacun de ses traits, attitudes et comportements tend à être magnifié. Le leader est de grande taille c’est un signe de prédestination[1]. Le leader possède telle habitude alimentaire ou pratique tel sport c’est une mode à imiter[2].Le leader parle de façon énigmatique. C’est parce qu’il est sage. Le mystère de ce qui produit le leader demeure si épais que tout est motif d’explication. Les analyses portent le plus souvent sur le seul leader, sa pensée, ses prises de position. L’influence  dans l’action est exclusivement appréhendée comme irradiant d’une source unique.[3] Un tel parti pris « personnaliste » ignore toutes les sommes d’énergies, de croyances, de renoncements, d’aspirations de rêves qui mobilisent les suiveurs. Car, il n’y a jamais de leaders isolés. Sans interactions dans un ensemble humain il n’y a pas de leadership. Le leadership est ce qui caractérise ces interactions. Le leader et le leadership sont les deux faces d’une même pièce. De la même façon que dans une combustion, le comburant et le carburant se nourrissent mutuellement l’un de l’autre pour donner du feu. Mais, mettre en contact de l’oxygène et du bois ne suffit pas. Un feu prend au moment de l’étincelle. Nous pouvons dire que pour se révéler le leader et le leadership nécessitent des actes de leadership. Ces actes initiateurs ne sont pas forcément facilement attribuables. Ils peuvent être posés par l’un au sein d’un groupe qui exprime un « voilà où aller » ou un « je ne suis pas d’accord ». Parfois il ne fait rien de plus, mais son geste inspire. Un autre peut se lever et dire à son tour « j’ai une idée, voilà ce que nous pourrions faire ». Un autre peut venir et expliquer comment réaliser l’idée, le projet, la vision ou le rêve. Un autre enfin peut prendre le contrôle des opérations, organiser les tâches pour que le rêve devienne réalité. Tous alors peuvent affirmer c’est là que nous irons, et c’est ainsi que nous le ferons ensemble. Une fois le rêve accompli, ils diront encore c’est nous qui l’avons fait. J’y étais. A décrire un tel enchaînement, qui est le leader ?  Celui qui rêve ? Celui qui le réalise ? Celui qui fait savoir la mission accomplie ? Les études sur le leadership se concentrent sur l’individu providentiel et extraient de sa personne un ensemble d’explications.[4] Elles peinent à envisager les contextes et le pourquoi les leaders sont suivis. Le rendu de la situation est alors réduit à quelques variables, à l’idée d’un individu, le leader, exerçant du leadership sur des suiveurs, faisant du leadership une force d’attraction personnelle. Ces études à force de rassembler sur un seul homme tous les actes de leadership finissent par simplifier une réalité complexe. Deux questions se posent. La première est pourquoi l’un réussit-il mieux qu’un autre pour exercer cette force d’attraction ? La deuxième est comment cette force se transforme en une attribution de rôle ? Il existe à propos de ces questions une littérature importante qui cherche des explications à l’impact de leaders dans la dynamique des groupes restreints[5], les sources de l’autorité[6], ou la façon dont les organisations construisent de la légitimité. Mais, force est de constater que les groupes, les sources de l’autorité et les conditions organisationnelles varient avec le temps et les circonstances. C’est pourquoi, il est plus plausible d’envisager qu’il existe une multiplicité d’actes de leadership qu’un rôle définitivement assis rassemblant toutes les initiatives de la naissance à la réalisation d’un projet. Nous touchons peut être là un point de divergence essentiel entre ce qui est de l’ordre du leadership, constitué d’un ensemble d’actes de leadership qui s’agrègent et ce qui est de l’ordre du pouvoir. Si le leadership distribue entre plusieurs les motivations de réussir l’action, le pouvoir limite à quelque uns et de façon hiérarchisée et individualisée les moyens d’agir. Délier le leadership et l’exercice du pouvoir aide certainement à percevoir qu’être leader n’est pas un capital de moyens appropriables, mais un état ponctuel, dépendant de l’adhésion la cause commune et des actes menés pour elle. A suivre ce raisonnement, le leadership est une contribution à l’œuvre commune. Nous avons précédemment nommés actes de leadership les manifestations visibles de l’engagement d’un membre d’un ensemble humain. Ces actes ne sont pas forcément le fait d’un seul homme. Voici quelques actes clés de leadership repérables :

-          adoption d’un engagement collectif

-          expression de l’idée de sa réalisation

-          moyens de mener à bien l’œuvre commune

-          organisation de coopérations

-          ralliement des énergies

-          mise en œuvre

-          transformation collective

C’est parce que les actes sont répartis et que chacun peut contribuer à l’œuvre collective qu’une énergie dépassant la force d’un seul est générée et se propage au sein d’un groupe, donnant à chacun l’envie de contribuer de son propre chef. Comme l’électricité dans une pièce, le leadership circule et est bien présent dans un ensemble humain, mais demeure insaisissable puisqu’il est un peu chez chacun, présent dans chaque acte. Une telle perspective décrit le leadership comme un ensemble d’actes de leadership et pointe la multiplicité de leaders pour les accomplir.

 

 

Dès lors, comment participer au leadership partagé ? Quelle contribution proposer ? L’une des hypothèses est que chacun à un moment de l’histoire d’un ensemble humain (groupe, équipe, communauté, nation), peut s’engager au service d’une cause servant la collectivité. La nature de cet engagement va dépendre de la place de l’individu dans l’ensemble humain, de ses compétences, de sa vision des enjeux collectifs. Dans la mesure où le leadership est composé d’un ensemble d’actes, il n’est pas l’apanage d’une seule personne. Les résultats de l’engagement ne sont pas connus par avance. Il y a donc une incertitude sur les résultats à attendre. Cette incertitude est une des caractéristiques du don. Car lorsque l’un donne, il ne sait jamais précisément comment ce qu’il donne sera reçu. Selon la théorie du don[7], ce qui est donné peut produire des effets dans un autre temps, en un autre lieu et pour une autre personne. Le leadership partagé est basé sur des engagements librement consentis. Il s’inscrit dans le triptyque donner-recevoir-rendre. Contribuer au leadership partagé c’est alors se mettre au service d’une cause et donner de son temps, de ses idées, de ses compétences, de ses talents d’organisateur, de communicateur ou de révélateur. Toutes formes d’actes de leadership utiles à la progression d’une œuvre commune. Tous ces actes sont gratuits car c’est cette qualité qui leur confère une telle influence. La gratuité distingue un acte de leadership d’un acte de pouvoir. En effet il ne saurait y avoir de calcul ou d’avantages à tirer pour gagner en emprise sur la situation d’un acte de leadership puisque les résultats en sont incertains. Pour conclure, celui qui participe au leadership c’est celui qui s’engage sans rien en attendre en retour dans une cause plus grande que lui au service des autres. Parfois, parce qu’il va exercer au sein d’un ensemble humain des actes de leadership, il sera reconnu par les autres comme l’incarnation de la cause. C’est pourquoi, alors qu’un détenteur officiel du pouvoir peut être aisément remplacé, un leader désigné par ses actes le sera plus difficilement. Ou bien il le sera d’une toute autre manière en fonction du leadership partagé en place et des capacités de tel ou tel de poser un  acte de leadership avec sa propre sensibilité à la cause commune.



[1] Le poids des apparences (Amadieu)

[2] La reproduction (Bourdieu)

[3] Handbook of leadership (HBS)

[4] Handbook of leadership (HBS)

[5] Tremblay

[6] Weber

[7] Mauss, Alter

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