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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

 

 

 

 

Faut-il rappeler que Guy Palmade a été l’un des pionniers de la psychosociologie en France ? Que par ailleurs il a exercé des fonctions dans des organismes d’enquête et de consultation, qu’il a mené une mission psychosociologique à EDF-GDF, qu’il a occupé une chaire de pédagogie à l’université de Lausanne. Enfin, Guy Palmade est le co-fondateur de l’ARIP (Association pour la recherche et l’intervention psychosociologique), qui publie la revue Connexions puis du CIRFIP (Centre international de recherche, formation et intervention psychosociologiques) qui publie la Nouvelle revue de psychosociologie. Dans Connexions[1], Jean Maisonneuve et Claude Tapia avaient déjà consacré un hommage au chercheur et au formateur. L’ouvrage « Les groupes d’évolution : Théorie et problématique », ici présenté, a été composé par Jean Maisonneuve à partir de deux textes de Guy Palmade. Le premier est un article publié en 1972 dans le premier numéro de la revue Connexions, le second est un texte ronéotypé inédit de 234 pages daté de juillet 1974  qui figurait dans sa thèse d’état. Le titre fait référence à la pratique des « groupes de base » ou « T.Group », en vogue entre les années 50 et 80 aux USA et en Europe, qui désignaient une expérience collective visant à produire des changements. Pour Maisoneuve le cœur de l’approche réside dans « une démarche fluctuante , attentive à ce qui se passe ici et maintenant dès la première séance ». La première partie traite d’une conception des groupes d’évolution. Par groupe d’évolution il s’agit de comprendre des évolutions estimées positives des participants, celles-ci devant se produire à partir d’évolutions qui ont lieu dans la vie de ces groupes. La notion de groupe d’évolution permet de rassembler des appellations telles que les groupes de rencontre, les séminaires de relations humaines, les psychothérapies de groupe ou encore le psychodrame. Mais, Palmade accorde de l’importance à la non-directivité comme différenciateur des pratiques de ou en groupe. Pour ce qui concerne le T.Group, plus particulièrement examiné, il reprend et compare les modélisations de Faucheux avec sa distinction des 4 stades articulés autour des thèmes : de l’incertitude initiale, de la dépendance au moniteur, de la résolution du problème de l’autorité, du pouvoir interne du groupe, et de la conduite réfléchie, celles de Meignez s’attachant aux phases de la vie d’un groupe allant de la dislocation initiale jusqu’à l’accession au soi puis celles d’Anzieu proposant un « modèle génétique » de la naissance à la mort du groupe. Palmade réalise alors une critique de ces modèles en commençant par le rôle du moniteur, de la théorie des phases, avec la remarque de l’incomplétude des thèmes pris en considération, notamment celui de l’autorité, puis de l’insuffisance des significations relationnelles concrètes eu égard aux comportements spécifiés. Palmade s’attache ensuite à montrer l’importance des phénomènes de régulation, impliquant notamment les phénomènes inconscients dans une visée commune d’expérience de changement. Les processus de régulation systémique sont alors décrits à l’aide notamment des notions de « régulation focale » qui spécifie les zones d’attention du groupe, et « d’alliance de changement » qui induit un rôle d’interprétation de l’animateur. Les différents phénomènes intervenants dans la régulation sont ensuite développés comme le problème du conscient dans le groupe en tant que manifestation du système focal, ou bien l’interprétation et la perlaboration. Ces phénomènes font appel à des concepts psychanalytiques qui posent notamment la question de la place de l’animateur plus ou moins neutre en fonction de la nature des groupes et de  leurs finalités. Ces phénomènes sont aussi insérés dans un « système groupe » révélé par le jeu des interactions entre T.group et séance plénière. En conclusion de cette première partie Palmade affirme que la mobilisation des conceptions psychanalytiques permet d’aborder la régulation tant du point de vue de la régulation focale, que de la systémique du groupe. La seconde partie traite d’un point de vue théorique des systèmes inconscients  et des transferts dans les groupes d’évolution. Elle se donne pour objectif d’élaborer une systémique du groupe d’évolution qui tienne compte de la personnologie psychanalytique, tout en respectant les phénomènes mis en évidence par la psychanalyse et ceux mis en évidence par la dynamique des groupes. Sept développements étayent le propos. Le premier est celui des propriétés systémiques de la psychanalyse. Palmade examine ainsi des notions telles que l’hétéronomie intrasystémique, le sens la portée et la relativité accordée aux distinctions internes/externes, la nature des « objets » étudiés par la psychanalyse en particulier la distinction entre l’objectal et l’objectif, les significations accordées aux notions d’identité et d’identification, il critique et complète les perspectives de Freud quant aux phénomènes de groupe. Le deuxième développement est celui de la focale et de son identification, il traite lors d’une prise de conscience par un groupe de ce qui se passe dans un groupe. Il montre comment par son activité même la focale peut être créatrice d’inconscient. Le troisième développement explicite deux phénomènes contraires : celui de l’établissement d’une focale qui correspond à la convergence des champs perceptifs et celui d’une tendance de l’affaiblissement de la focale provenant notamment de la non-compatibilité relative entre la conduite focalisante  et l’orientation du groupe, de la « neutralité » de l’animateur et de son activité interprétante. La faiblesse de la focale entraîne une plus grande sensibilité aux influences des instances inconscientes des participants, la focale  s’exprimant alors de façon défensive. Le quatrième développement est celui explicitant les mécanismes de défense individuels et leur interaction en tant qu’ils constituent des sous-systèmes inconscients du moi de chaque participant. Le cinquième développement est celui des objets actant communs. Palmade définit l’objet actant comme  lieu d’articulation des conduites. Il constate que l’affaiblissement du système du moi de chaque participant entraîne un accroissement de sa dépendance vis à vis des autres instances, pour lui c’est en suivant le destin des systèmes et des objets internes de chaque participant et de leurs rapports qu’il est possible de montrer comment se constituent les systèmes inconscients du groupe. Le sixième développement à suivre est logiquement celui de la fantasmatique du groupe ce que l’auteur appelle les « ça ». C’est en effet les demandes indépendantes des « ça » qui sont à l’origine des mouvements analysés. Le septième développement est celui du transfert et des systèmes inconscients. Pour Palmade la notion de transfert dans un groupe implique d’abord un déplacement d’un système de relation avec un (ancien) objet externe sur un nouvel objet (externe), de déplacement pouvant être le résultat de déplacements entre les systèmes internes du sujet qui transfère. Il montre ensuite les différences entre transfert dans la cure analytique et transfert dans le groupe. Enfin la conclusion tire les conséquences et perspectives notamment sur le rôle du travail instituant, le passage d’une systémique à une topique, et le rôle ambigu de l’animateur dans un groupe d’évolution. La conclusion montre encore que le groupe d’évolution se constitue par des systèmes qui le conduisent, eux-mêmes produits de  combinaisons complexes. Enfin, pour Palmade la perspective élaborée et les phénomènes analysés  ne sont ni une projection de l’appareil psychique, ni même la simple reproduction de la famille, et ne sauraient expliquer le fonctionnement des groupes naturels.



[1] Maisonneuve J. et Tapia C., Hommage à Guy Palmade, Connexions 2006/2, n° 86, p. 7-8 

 

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