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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

  

 

 

  

Cet ouvrage s’inscrit dans la perspective des histoires de vie en formation, largement popularisée en France par Gaston Pineau[1] depuis plus de 25 ans. Francis Lesourd s’attache à répondre à la question suivante : comment l’adulte des sociétés contemporaines participe-t-il à la construction des moments qui transforment sa vie ? La réponse s’organise en trois grandes parties. La première s’intitule « De l’histoire de vie au mythe personnel », la deuxième dégage une anthropologie des transformations existentielles et la troisième propose une vision méthodologique de l’explicitation biographique.

Dans la première partie les dimensions anthropologiques, cliniques herméneutiques et l’épistémologie sont exposées au regard de la formation des adultes. Les histoires de vie permettent de produire des savoirs interrogeant simultanément la compréhension, l’action ou l’autonomisation du narrateur. Si toute histoire de vie est d’abord une narration rendant accessible sa propre identité dans la durée, le non verbal est lui aussi convoqué. La pensée sans mots vient se combiner avec les interactions linguistiques pour construire le sujet. A côté d’une construction langagière, l’expérience quotidienne suggère l’établissement de temporalités personnelles. C’est à l’occasion d’histoires se précisant à force d’être racontées que le mythe personnel se compose, tacitement, au fil du temps, contribuant à l’établissement d’une cohérence. L’idée du mythe personnel apparaît plus labile que l’idée d’une maturation biologique lisse et harmonieuse. Le récit de soi est sans cesse retravaillé à partir de matériaux pré-narratifs issus de l’enfance qui, à force d’intégration et de répétition, en viennent à devenir un mythe. Petit à petit, par couches successives, une histoire du soi se compose. Viennent tout d’abord les premières étapes de la vie, une phase non verbale venant orienter les matériaux suivants, puis des images se forment, synthèses de sentiment et de connaissances internes. Après quoi se forge une idéologie sur soi, un ensemble de valeurs faisant fonction de cadre pour l’identité. Enfin, les événements isolés de l’enfance se raccordent et sont (ré)interprétés. Alors l’histoire personnelle se développe dans le creuset des relations interpersonnelles, les scénarios s’agencent selon des thèmes ou modèles culturels récurrents, le mythe personnel se fixe pour un temps. Pour l’auteur, des étapes clés sont constituées au sortir de l’adolescence, de crises, ou d’une volonté assumée de transition. Les rites de passage, de séparation, d’initiation ou d’agrégation révèlent à ce moment toute leur importance. Pendant un temps plus ou moins long, le sujet en transition flotte entre deux mondes. Cette expérience hors du temps, cette discontinuité favorise l’individuation. Or, chacun n’est pas si à l’aise dans un « savoir-passer ». Le jeune adulte poursuit la construction du mythe personnel sur d’autres bases. Disposant pour se construire d’une meilleure appréciation des ressources disponibles dans son environnement, il tend à réduire les clivages de soi par le mythe en s’appuyant sur des imagos, c’est-à-dire une conception de soi personnifiée et idéalisée. Les imagos en viennent à personnifier et rassembler les tendances motivationnelles importantes dans l’histoire de vie. La maîtrise de ses imagos au cours de sa vie constituerait un « savoir-transformer » les perspectives, donnant à l’individu une maîtrise de ses facettes ou lui octroyant plus de perspectives. L’adulte âgé, par la réflexivité, peut alors s’autoriser une démultiplication des mises en intrigue, une relecture de sa vie à partir d’une multiplicité de prismes. Le mythe personnel se déforme au gré du temps et des expériences. Aussi l’auteur reprend-il l’image de l’enveloppe, le mythe jouant le rôle d’une interface entre soi et le monde : poreux ou rigide. Le mythe personnel aurait encore une fonction de synchronisation, de régulation des temps et des rythmes intérieurs et extérieurs.

La deuxième partie est consacrée aux transformations du mythe personnel. Elle questionne tout d’abord le processus global de dissolution et de recomposition du mythe pour atteindre dans un second temps les micro-expériences du sujet. Le récit des moments de transformation existentielle des sujets constitue une part importante de leur interaction. Pour l’auteur, deux moments caractérisent les transformations : un moment source, aventure intérieure du sujet, et un moment de réception sociale. Cette dernière est l’objet de plusieurs processus tels que le rôle transitionnel des groupes ou les rituels de passage (phrase à réécrire). L’auteur introduit ensuite une analyse de plus en fine ( ???) des moments de plus en plus courts où le sujet a radicalement changé. Il part à la recherche de moments liminaires, points de bascule et d’éclosion d’un nouveau mythe personnel. Plusieurs théories sont ici mobilisables (ou mobilisées ?)pour expliquer ces liminarités : celle du cycle de la conscience ouvrant des perspectives d’attention, celle des réalités multiples permettant de relativiser, et celle du chaos psychique rendant possible l’émergence et la réorganisation d’une expérience. Le chapitre sur la « gestualité psychique » explique comment fonctionne une « pensée corporelle » et comment celle-ci favorise les transformations de l’individu et de son mythe personnel. Les gestes psychiques repérés sont des gestes de dédoublement favorisant distance aux rôles ou dédoublement réflexif, geste de renversement ou d’accueil de l’expérience, geste créateur de mouvements et de formes nouvelles, geste d’appel à l’autre et geste d’oscillation permettant de passer de soi à un futur soi possible.

La troisième partie de l’ouvrage s’intéresse à la dimension méthodologique de l’explicitation biographique. Elle vise à montrer les ressorts de l’entretien d’explicitation, notamment au regard des actions captées, des temporalités rapportées et des transformations existentielles. A partir d’extraits d’entretiens, elle donne le sens d’un tournant existentiel ou d’une transition. Elle illustre les notions de gestes psychiques avancés dans le texte.

Au total, ce que nous apporte cet ouvrage est la mise en évidence d’une forme de savoir que l’auteur nomme un « savoir-passer ». Ce savoir-passer est mobilisé pour transformer les réalités vécues et réécrire le mythe personnel autorisant des transitions personnelles. En conclusion, il découle des travaux de Lesourd qu’il existe des apprentissages spécifiques pour se transformer et que ceux-ci sont accessibles par les histoires de vie. Les perspectives que l’on peut tirer de cette démonstration sont nombreuses. Ici, j’en retiendrai une. Au moment où l’on demande à chacun de changer en permanence, d’emploi, de travail, de tâche et in fine d’identité professionnelle, apprendre à changer par la maîtrise d’un récit de soi devient une réelle compétence. Alors l’instauration d’histoires de vie ou de formation dans les entreprises, à l’occasion de formation, permettrait peut-être de doter les individus en transition de se dire et de se voir changer avec une moindre peine (dernière partie de phrase à réécrire pour la rendre compréhensible).



[1] Pineau, G. (1983), Produire sa vie : autoformation et autobiographie, Paris : Edilig. ??? Je ne comprends pas ce que  vient faire dans la référence.

 

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