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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

 

L’AGRH, association francophone en gestion des ressources humaines a été créée en 1989. Elle vise à promouvoir la recherche et la formation en gestion des ressources humaines dans la communauté francophone. La collection recherche de l’AGRH a noué un partenariat avec Vuibert pour valoriser ses travaux de recherche, éditer des séries d’articles sur des sujets utiles aux chercheurs et aux dirigeants, inciter les chercheurs à rassembler les savoirs existants, proposer des approches comparatives ou des mises en contexte. L’ouvrage coordonné par Eric Pezet est le septième de la collection. Il rassemble les contributions de dix chercheurs, professeurs et maître de conférence sur un sujet d’actualité : le « Management et la conduite de soi ». Le style proposé sans faire de concession à la rigueur et à la précision compose entre recherche scientifique et soucis de mise à disposition  de connaissances, pour un cercle plus large que les spécialistes et les experts. La préface de Pierre Louart président de l’AGRH et responsable de la collection pointe les enjeux sans cesse renouvelés d’ajuster l’individuel et le collectif. Après l’introduction d’Eric Pezet - chercheur à Dauphine en recherche en management, maître de conférences en sciences de gestion à l’Université d’Evry-Val d’Essonne.- qui dégage la problématique, les 8 chapitres sont organisés en deux parties. La première partie est intitulée « Se conduire soi même pour produire plus », elle valorise les résultats de trois études concernant essentiellement une période de genèse d’entre deux guerres. La deuxième « Se transformer soi-même pour donner corps au changement » propose à travers cinq recherches d’illustrer les mécanismes à l’œuvre. La première partie, articule trois articles passionnants. Le premier expose le processus de vulgarisation de la psychotechnique entre les deux guerres, mouvement mondial particulièrement vigoureux aux états unis, en Allemagne, et en Grande Bretagne. Il montre la façon dont la psychologie est sortie des laboratoires et des amphithéâtres pour s’investir en entreprise. Il possède la vertu de situer des travaux souvent perçus comme très connus dans le contexte historique de l’époque et de les éclairer sous un autre jour. Le deuxième article met en évidence la conception de soi dans l’entreprise stalinienne et le rôle des journaux ouvriers. L’exemple de la construction du métro de Moscou et l’incitation à la rédaction de l’histoire de cette « épopée »par les ouvriers eux-mêmes avec le soutien de Maxime Gorki témoigne d’une invention « révolutionnaire ». A l’heure ou le travail sur les récits de vie devient une pratique de formation répandue, cette illustration s’avère pour le moins instructive. Le troisième article parle du « rapport à soi des chefs » et présente une recherche originale ; sont ainsi mis à contribution l’analyse de correspondances d’un directeur de l’entreprise Peugeot, des textes et livres de l’époque, des prises de position d’ingénieurs et d’administrateurs dans la lignée des propos de Liautey ou Lamirand. Il nous donne de nombreux enseignements sur ce qui a marqué les postures et croyances d’une génération de chefs. Dans la deuxième partie, cinq textes abordent le thème de la transformation de soi-même. Les trois premiers s’appuient sur le concept de « souci de soi ». Soit dans le cadre des pratiques de coaching qui se mettent en place. La méthode d’investigation utilisée est alors la conduite d’entretiens avec des DRH ou des coachs, et l’analyse des pratiques et méthodes de coaching. Soit le thème est situé  en référence aux travaux de Michel Foucault sur le « souci de soi antique », soit enfin comme outil de contrôle au sein d’une entreprise. Les deux textes qui clôturent l’ouvrage s’intéressent plus particulièrement à deux populations clés les entreprenants et les créatifs. Chacun d’entre eux montre comment le travail sur soi permet de développer une culture de l’entrepreneurialisme ou de l’innovation. La démonstration s’appuie sur des cas d’entreprise et des récits de vie. Enfin la conclusion propose quelques pistes pour la poursuite de recherches sur le thème, un index par mots clés pour se repérer dans l’ouvrage, ainsi qu’une présentation détaillée des auteurs et de leurs travaux. Cet ouvrage est d’une actualité remarquable, il nous invite à prendre de la distance avec les ouvrages et les idées (souvent toutes faites) diffusées sur le développement personnel au travers  de 966 200 ouvrages en 2003 nous rappelle Eric Pezet. Il nous incite à adopter un regard critique sur ces mécanismes. Il s’inscrit et crée des liens avec les travaux antérieurs de Weber et Foucault. Pour reprendre les mots de Pierre Louart, il nous rappelle la nécessité de « faire intervenir conjointement le travail sur les personnes (par elles, pour elles ou en dépit d’elles) et ceux plus habituels sur les objets techniques, les projets stratégiques et les agencements organisationnels ». A lire absolument.

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