Publié par CRISTOL DENIS

L’un des usages des Fab-Labs est la création d’une approche pédagogique expérimentale. Bien souvent l’apprentissage s’inscrit dans une perspective déductive dans laquelle la leçon précède l’exercice. Le Fab-Lab peut permettre d’entrer dans un autre cycle pédagogique ou l’expérience tactile engage d’abord un processus d’action, de motivation et d’idéation. L’intégration de séquences pédagogiques dans un Fab-Lab peut contribuer à accélérer l’apprentissage par la conjugaison de plusieurs phénomènes ci-après présentés :

  1. Tout d’abord rappelons qu’un Fab-Lab peut être appréhendé comme un espace intentionnel de création équipé de machines. C’est potentiellement un espace capacitant c’est-à-dire qui offre des possibilités d’action sur le réel et qui rend capable d’agir.
  2. Les fonctions techniques mises à disposition (outil d’usinage, logiciel graphique, imprimante 3D, matériel de menuiserie, ou de découpe automatisé) offre un environnement support à la matérialisation des idées.
  3. Le Fab-Lab est un espace de concrétisation d’une idée dans un objet. La création donne le plaisir d’agir.
  4. L’espace comprend aussi bien des hommes compétents que des machines. Lorsqu’un utilisateur exprime une idée, les ressources humaines et techniques mises à sa disposition autorisent très vite d’enclencher un cycle essai-erreur de voir les résultats d’une esquisse, et d’ajuster le tir. Ce faisant un tel processus en boucle courte permet de mieux comprendre le rôle de l’erreur dans l’apprentissage. Il désinhibe l’envie d’apprendre car l’aide fournie permet de bifurquer vers une nouvelle possibilité.
  5. Le Fab-Lab peut aussi être considéré comme un laboratoire des usages qui s’inventent en émergence par la confrontation d’un utilisateur porteur d’idées et de facilitateurs techniques. Utilisateurs et facilitateurs sont stimulés par un environnement riche de potentialité, de contraintes, de matières, de formes. Le jeu entre le porteur d’idée, le facilitateur, la matière et les machines produit un résultat inattendu. Un ajustement de la situation est produit par bricolage. Un objet qui n’existait pas prend forme sur la base d’un désir ou d’une intuition et d’une adaptation négocié avec le réel.
  6. Le Fab-Lab permet d’entrer dans un cycle d’apprentissage par le faire. Le tâtonnement précède la conceptualisation. Le mécanisme d’idéation s’enclenche par la main, par l’appréhension physique du réel qui ouvre d’autres chemins d’accès aux idées que par la seule exposition de concepts abstraits via une conférence ou une vidéo-projection par exemple.
  7. La réalisation finale, la concrétisation est un objet, quoiqu’il se passe une réussite, car il s’agit d’une œuvre originale. L’apprentissage procède d’un cumul de réussites petites ou grandes auxquelles s’accrochent les motivations. A partir desquelles on peut dire je l’ai fait moi-même. Cela renvoie au sentiment d’efficacité personnelle décrit par le psychologue Albert Bandura. Cela ancre l’envie de faire un pas de plus.
  8. Le Fab-Lab est encore un lieu de rencontre avec des personnes mais surtout avec des logiques différentes. C’est la différence de perception des partenaires impliqués qui fait grandir le potentiel créatif de l’espace. La diversité de façon de penser le monde de menuisier, graphiste, facilitateur, participant, commanditaire ouvre des possibilités. Les dialogues préalables à l’entrée dans l’espace constituent les prémices de l’expérience. Les représentations a priori seront modifiés.
  9. L’implantation, voire l’encapsulement d’un Fab-Lab dans une école de design, un centre culturel, ou tout autre espace hybride décale les apprenants, les confronte à l’énergie aux circulations aux ambiances d’un lieu intermédiaire : mi- atelier, mi- espace culturel, mi- espace d’apprentissage. Cette implantation renforce l’expérience de ce que signifie partager une différence. Cette différence est une des conditions de la créativité.
  10. Les sensations, émotions, couleurs, rythmes, odeurs, personnes qui constituent le Fab-lab tranchent de l’univers aseptisé de la salle de formation, colle au réel et à la matière ouvre des possibilités pour ressentir et agir, autorise un contrepied et in fine de nouveaux sens.

En conclusion une expérience dans un Fab-Lab offre une possibilité de réinterpréter son rapport aux savoirs. L’expérience d’un autre lieu, d’une autre logique, d’un temps dédié à la création dans un environnement facilitant le bricolage d’idée révèle chacun à soi-même et l’autorise à tester ce qu’il n’aurait jamais pu faire seul.

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Marvin7H99 21/07/2013

Bonjour

Les 10 arguments mis en avant me font croire que les fab labs sont des lieux de re-création et de création dans le sens où, non que les logiques différentes mais complémentaires (mon point de divergence quand aux arguments déroulés), permettent à chacun par l'essai-erreur, le dialogue indispensable pour faire de la machine une externalité utile entre celui qui veut intenter, celui qui sait faire fonctionner et ceux qui naviguent entre les deux et même ailleurs.
Re-création et création car même si chacun par des choses connues, d'objets de connaissance connus et peut-être communs ou partagés, ils vont découvrir, associer, imiter et faire des médiations dans la re-construction d'un concept (en cela ils appliquent une pédagogie dite active de type Montessori, à mon sens) ou de construction et de création par une combinaison finale inconnue à ce jour d'eux-mêmes et des autres.
Ce qui m'interroge est qu'en plus de l'adaptation de pédagogies déjà documentées du type Learning by Doing cela donne corps à une manière de penser la pédagogie plutot marginale, à savoir : apprendre comme un acte d'invention, une thèse défendue par Delacour http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/55/33/61/PDF/THES_GDelacour.pdf.

Ce que je trouve de particulièrement stimulant dans l'apprendre avec un fab labs, par ce rapprochement temporel et distanciel entre une théorie et sa mise en pratique est qu'il permet de faire émerger à la conscience des individus qui le pratiquent, la métacognition pour mieux reproduire par la suite, de faire émerger comment d'un modèle au départ "probabiliste" ou bayesien, comment le cerveau a la capacité de modéliser puis d'envisager de nouveaux systèmes naturellement.
Ainsi par la lecture des 10 arguments avancés, par le détour d'une fabrication (ludopédagogie), comment l'acte, non pas d'apprendre à apprendre, mais d'apprendre en s'appuyant mieux sur notre propre fonctionnement cérébral répond notamment aux problématiques des décrocheurs alors l'apprendre en classe ou sur le web propose d'utiliser quelques unes de nos fonctionnalités cérébrales, nous mettant, nous plaçant dans une position d'handicap face à une situation d'apprentissage.
Il semble mais cela doit d'étudier, etre documenté qu'ainsi, il est plus facile de donner corps à l'éducation pour tous.

Merci de ce partage et de cette invitation à la réflexion.

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