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Publié par CRISTOL DENIS

Je définirai un Lab comme un écosystème d’apprentissage. Il s’agirait d’un environnement capacitant grâce aux matériaux, à la mise à disposition de ressources, aux experts et médiateurs qui le peuplent. Le Lab rend capable d’agir au-delà de ce que l’individu aurait cru possible. La logique Lab permet un déplacement dans la façon d’interagir, dans le faire soi-même, dans le fait d’être aidé à utiliser un environnement et non instruit d’une matière. Un Lab procure des expositions à des expériences qui sont orientées vers des polarités artistiques, technique ou des idées de projets

Chaque Lab est animé par ses propres finalités et inspirations et obéit à des codes propres en fonction de son implantation dans un ensemble de pratiques sociales préexistantes ou en pleine invention. En voici quelques expressions possibles :

  • L’art Lab représente l’atelier d’artiste. Il est peuplé par des plasticiens dont la fréquentation mutuelle donne lieu à des stimulations, des échanges des hybridations de projets artistiques. Les créateurs s’émulent dans leur projet artistique, fondent des écoles ou des courants, créent des sensations nouvelles.
  • Les Fab-Labs établissent un contact avec la matière, les machines, l’invention de nouveaux usages. Certains poursuivent un projet de micro-industrialisation de la ville, d’autres sont des projets sociaux qui cherchent à créer de nouvelles valeurs humaines et matérielles. Ces Labs sont peuplés de designers, d’artisans qui maîtrisent les outils et techniques de traduction du monde.
  • Les Mind-Labs sont des laboratoires d’idées. Ils s’intéressent à féconder des concepts, des besoins. Ils peuvent proposer des politiques publiques comme s’intéresser au marketing ou à la planification de campagne de publicité.

Chacune de ces formes de Labs a à voir avec la création, l’innovation, l’invention, les nouvelles formes, les nouveaux usages. Dans un Lab si le support où s’exerce l’esprit humain varie (graphisme, objet, politique publique), tous sont pénétrés d’une dynamique de tâtonnement ou de recherche et développement d’idées et de concepts. Tous se préoccupent de l’intégration de la nouvelle création dans un environnement. Un projet artistique est destiné à un public, un objet à un système technico-social une politique publique à des habitants et parties prenantes variées. Les Labs intègrent le questionnement de la transformation du rapport de l’homme à son environnement.

Le Lab a été présenté comme un environnement capacitant car il renforce le pouvoir d’agir en permettant à chacun une expression, l’émergence d’un peu de soi, une emprise sur le monde. Grace aux appuis et ressources disponibles (matière, environnement technique, expertise humaine), chacun peut voir une idée exprimée se transformer et se concrétiser.

Pour entrer dans un tel environnement et en faire un écosystème d’apprentissage, plusieurs conditions sont requises :

  • Un projet éducatif social, artistique, idéologique, c’est-à-dire un désir de transformer le monde doit s’exprimer. Pour qu’un projet nous enseigne, il est important d’en préciser l’intention.
  • Des médiateurs. Il s’agit de « super occupants » de l’espace. Ils en ont l’intelligence. Ils l’ont conçu. Ils sont capables d’en devenir les moniteurs. Ils peuvent assurer une traduction d’une idée, d’une visée d’un participant et la traduire dans le langage spécifique de l’espace.
  • Des boucles rapides d’apprentissages collectifs qui se constituent par une succession d’essai erreurs. Ces boucles seront encouragées par les médiateurs.

Le cœur de l’expérience d’un Lab est constitué de la rencontre entre un désir, les contraintes, obstacles qui s’opposent à sa réalisation, les médiateurs et experts (graphistes, designers, etc.) qui peuplent l’espace tous les matériaux mis à disposition.

La logique du Lab est simultanément connective et disruptive.

  • C’est une logique connective car elle associe une dynamique de groupe usagers de profils et d’intérêts et d’intervenants différents. Elle oblige à envisager à plusieurs des contraintes qu’aucun n’aurait eues seul. L’autre est la limite de son expérience et le début d’une nouvelle question. Chacun doit s’ajuster à des jeux, des idées, des contraintes et bricoler le projet possible à partir de ses possibilités et des ressources disponibles.
  • C’est une logique disruptive car ce même jeu des contraintes induit l’émergence de pistes, d’idées, de solutions qui n’existaient pas encore. Il y a donc une bifurcation qui apparaît par friction de ce jeu des contraintes et des possibilités.

C’est parce que dans un Lab, la forme précède le mouvement qu’il y a renouvellement de l’apprentissage. La logique s’inverse et conduit à des remises en perspectives. La matière pour créer un nouveau rapport au monde est là avant la pensée. La sensation, est première. La question du design est au cœur de la médiation. Qu’il s’agisse d’un design des objets, ou de leurs usages, d’un design symbolique, artistiques ou de design thinking, le design joue le rôle d’intermédiaire entre la forme et le mouvement qui lui est attaché. L’apprentissage se fait exploration. Cette exploration active la curiosité et l’envie d’apprendre.

Labs et renouvellement de l'apprentissage

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Marvin7h99 24/07/2013

Bonjour

Tout d'abord, heureux de lire cette série d'articles sur les Fab labs et les différentes analyses sur leur capital pédagogique.

Tant dans l'autre article, je partageais presque l'intégralité des idées développées avec cet enthousiasme viral où les fab labs peuvent être des espaces de re-création et de création (une pédagogie presque quantique ^^) : http://4cristol.over-blog.com/comment-un-fab-lab-peut-favoriser-un-renouveau-p%C3%A9dagogique tant dans cet article, j'ai l'impression de lire une analyse d'un fab lab faite par des déterminismes pédagogiques, culturels et sociaux.

" Le Lab rend capable d’agir au-delà de ce que l’individu aurait cru possible. La logique Lab permet un déplacement dans la façon d’interagir, dans le faire soi-même, dans le fait d’être aidé à utiliser un environnement et non instruit d’une matière."

Aurait cru possible ou ce que le pédagogue aurait cru possible de la part de l'apprenant ?

Quand nous étudions l'histoire de l'histoire de nature humaine, à savoir l'anthropologie, les dynamiques, les points de divergence, de confrontation ou d’achoppement entre les courants structuralistes, fonctionnalistes, modularistes,... montrent qu'aucun n'avait pas fondamentalement tort même si chacun n'avait pas raison.

Si nous prenons le nouveau né, même si nous ne savons pas encore comment s'articule son développement, nous savons qu'il a des connaissances innées dites naïves en physique, en biologie, ... et même à propos des interactions sociales (théorie de l'esprit).

L'une des questions posées par les anthropologues, les pédagogues, les psychologues a été comment construire ce développement ?

Si l'on considère que le développement se fait uniquement ou même fortement en fonction de l'apport de connaissances extérieures, il est évident d'écrire : Le Lab rend capable d’agir au-delà de ce que l’individu aurait cru possible
Mais si l'on considère que le développement se fait des connaissances naïves, des interactions sociales et de l'extérieur alors l'affirmation devient : Le lab rend capable de révéler à l'individu ses propres connaissances et comment la matérialisation en s'appuyant sur l'ensemble de ses outils et mécanismes internes lui fait alors prendre mieux conscience de son génie humain par le jeu des interactions et des représentations.
Ce qui pour reprendre une citation du professeur philippe Carré : "on apprend toujours seul, mais jamais sans les autres deviendrait : "On sait tout et les autres nous aident à apprendre à le matérialiser".
Le fab lab est un lieu qui permet l'usage et l'intégration des capteurs et mécanismes multisensoriels de l'individu contrairement à une classe en salle ou sur le web (argumentation développée lors de mon précédent commentaire)

Ainsi en fonction des pré-déterminismes pour aborder le capital pédagogique d'un fab lab, l'analyse prend d'autres formes, d'autres angles, d'autres points d'appui et de vigilance.

Où, cela dit, je vous rejoins en d'autres termes, est que le fab lab (notamment ceux qui intègrent la 3D en visualisation immersive) permet à ce jour la meilleure transcription entre les capacités de modélisation de notre cerveau bayésien et finalement sa matérialisation réalisée avec le fab lab.

J'ai hâte de lire le prochain article sur les fab labs et les approches pédagogiques en général car vos articles ont le bénéfice de m'amener à réfléchir sur mes propres conceptions, de les affuter ou les réfuter lors de mon propre parcours d'apprentissage.

Merci

Padawan Marvin

cristol 25/07/2013

Vous avez raison
le ton trop affirmatif enlève de la prudence à l'observation. Il faudrait des preuves pour affirmer. Mais j'ai seulement des observations. En tout cas j'ai l'intuition que nous avons à creuser l'idée de Fab Lab comme environnement capacitant. Cet environnement technico social particulier peut créer une prise de conscience des mécanismes d'apprentissage, de prise de confiance en soi, du rôle de l'autre, à la condition d'avoir pris le temps de réfléchir à l'expérience.
Quand aux futurs écrits, je travaille à la rédaction d'un ouvrage sur le social learning qui va accaparer mon attention jusqu'à sa date de parution prévue en janvier 2014