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Publié par CRISTOL DENIS

L’un des fondements immémoriaux des signes de l’autorité est le contrôle de ce que l’autre fait de son temps. Depuis l’autorité religieuse qui dicte les heures de prière jusqu’aux seigneurs médiévaux qui convoquent leurs sujets à la corvée ou à la guerre, jusqu’à la sonnerie dans les classes d’école ou celles dans les usines, l’obéissance à des temps sociaux contraints et ritualisés est une constante. Le temps de travail fait partie des clauses de contrat. Oui mais voilà, le rapport au temps est de moins en moins une contrainte hétéro-gouvernée, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, depuis le XIXeme siècle le temps individuel disponible n’a cessé d’augmenter. Le sociologue Dumazedier montre comment s’échafaude peu à peu une civilisation du loisir. Sur l’espace d’une vie le temps hors travail l’emporte désormais. Par ailleurs la hausse de la durée de vie change la représentation des grandes périodes d’éducation, de travail et de retraite et des activités affectées à ces temps.

Dans le même mouvement les technologies ubiquitaires (messages téléphoniques, mail) laissent penser à une maîtrise de plusieurs déroulements chronologiques simultanée. S’il y a toujours bien des temps contraints, la perception que d’autres épisodes se déroulent en parallèle est accentuée par la possibilité d’y faire des incursions ou d’y participer. Une diachronie s’installe qui échappe partiellement aux contraintes et aux contrôles des organisations de travail. Les téléphones portables et moyens de communication électroniques renforcent l’idée d’engagements multiples.

Avec les architectures en forme de tours, les horaires de travail ne peuvent plus être identiques pour tous. Dans les grands centres d’affaires ou les bureaux le goulet d’étranglement des ascenseurs oblige à des démarrages décalés d’activité pour rejoindre son bureau.

Le mélange progressif des cultures par les voyages, les relations de travail, les phénomènes d’émigration ou d’immigration enrichit les référentiels temporels de chacun. Les perceptions individuelles affecteraient les perceptions collectives. Les mécanismes de l’individualisation renforceraient encore le sentiment de maîtrise de son temps.

L’accélération des temps de production conduirait à des conflits sur la gestion des gains de productivité. Si des luttes sociales se sont historiquement bâti sur la baisse du temps de travail, c’est aujourd’hui sur son intensification que porterait la discussion. Les risques psycho sociaux seraient pour partie une conséquence de changement de rapport au temps.

Enfin, que dire des repères de la transformation des perspectives sur la datation de l’âge de l’univers ? Incidemment l’extension de la durée de son histoire grandit encore le sentiment de l’éphémère et accélère peut être encore l’idée qu’il faut faire vite pour profiter de la vie.

La fiction d’un travail subordonné au dictat d’une production s’ébrèche par les sensations et représentations individuelles du temps. La question est moins celle du contrôle du temps que de l’orientation de l’attention des collaborateurs vers le dessein commun. Dans les nouvelles conditions de distractions existantes, ce qui importe c’est de garder tous les contributeurs concentrés vers les mêmes objectifs. Se contenter d’édicter des règles de gestion conduirait même à passiver cette ressource attentionnelle. Capter l’attention et focaliser l’énergie et le temps mis à disposition par les collaborateurs est une mission d’inspiration qui requiert un engagement et une proximité de la part des dirigeants. Ils doivent donner à voir le pourquoi de cet investissement temporel. Le risque serait de se contenter de formellement contrôler le temps employé à distance et de se priver de l’attention requise dans des tâches de service.

Le rapport au temps glisse vers le rapport à l'attention
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