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Publié par CRISTOL DENIS

La mise en place de « formation à l’innovation » devrait sortir des sentiers battus qui voient une maitrise d’ouvrage rencontrer une maîtrise d’œuvre et produire un processus formaté risquant d’exclure les bénéficiaires de l’intention du projet. En effet, ce qui caractérise selon moi l’innovation c’est l’intention, toute l’alchimie de la transformation d’un désir en projet, voire même en projet de transformer le monde (même un petit peu). Si l’organisateur a le désir et en exclue les autres, l’innovation risque de d’échapper aux innovateurs.

La mise en place d’une formation peut dépasser le simple apport de concepts théoriques sur l’innovation de rupture, l’innovation incrémentale ou l’apprentissage de techniques de créativité. Elle peut et certainement doit sortir des formes canoniques de l’hétéro formation, c’est-à-dire la planification de son apprentissage et de son processus d’auto direction par un autre que soi. Elle peut dans sa genèse même exprimer des types de désir, et ce faisant les types d’innovations sociales pressenties.

Si l’innovation est bien comme je le crois le fruit d’un ensemble de facteurs variés, de contexte favorable, de rencontres avec des personnalités stimulantes, de logique et d’énergies diversifiées, alors la formation à l’innovation doit être moins un cursus ou un programme doté d’objectifs et plus l’organisation d’un cadre souple à délimiter autorisant la rencontre de tous ces facteurs. Pour être un peu provocateur, si une formation est dotée d’un titre, d’objectifs et de contenus de formation alors une formation s’intéressant à l’innovation devrait résolument s’éloigner de chacun de ces éléments de prescription. La forme de l’enseignement est à mes yeux le véhicule essentiel de l’intention. Mais peut-on se former à l’innovation sans cadre ? En fait oui et non.

Les innovateurs auraient un goût pour explorer, tester, s’affranchir de règles prédéfinies sortir du cadre. Ils apprécieraient souvent de butiner. Ils se nourrissent d’idées auprès d’organisations inspirantes qu’ils fréquentent pour capter des tendances, des questions qu’ils vont hybrider avec leurs propres préoccupations. Ils vont chercher à exceller dans leur matière pour aller plus loin, repérer les limites et bifurcations possibles. L’innovateur se détache peu de son centre d’intérêt. C’est plutôt l’effet de sérendipité, c’est-à-dire de la rencontre d’un esprit préparé et d’une succession d’imprévus que vient l’idée innovante. La seule application d’un programme séquentiel est parfois insuffisante pour faire émerger une innovation sociale. Le contexte favorable, la diversité des rencontres, l’esthétique des formes, le plaisir à éprouver la variété des sensations nouvelles sont des facteurs plus sûrs.

Une formation qui engage véritablement l’innovation gagnerait selon moi à adopter plusieurs principes de conceptions.

  1. La conception d’une telle formation serait en soi la première pierre à l’édifice d’une pensée innovante. Il s’agirait moins d’entrer par un cadre prédéfini d’action que de construire un désir partagé entre aspirant innovateur.
  2. Si le principe d’élaboration du cadre par les participants eux-mêmes se pose, alors la clé d’entrée placerait le QUI et le POURQUOI en tête des préoccupations. Il y aurait donc moins une organisation qui programme qu’un désir de faire autrement de plusieurs personnes qu’il s’agirait de coaguler
  3. Si la question première est de connaître des désirs et des besoins de se transformer et de changer le monde alors le premier pas d’une telle formation passe par l’exploration des lieux et des espaces qui attirent des personnes différents, puis par le recrutement mutuel des apprentis innovateurs.
  4. Si quelques-uns parviennent à se réunir, alors faut-il qu’ils aient un lieu pour le faire, une institution aidante qui abrite ce qui est en train de devenir un groupe. Il faut alors payer l’institution en retours pour qu’elle poursuive son soutien. Il reste à voir ce qui tient à cœur à l’institution : des idées, de l’argent de la réputation etc.
  5. Compte tenu du mode de recrutement mutuel, à parité d’estime et de connaissances, alors il n’y aurait pas forcément besoin de maître puisque tous seraient des pairs et que chacun pourrait enseigner aux autres, négocier ensemble les apprentissages qui valent, se doter de règles de fonctionnement et identifier la difficulté de s’auto diriger, de se donner une progression, d’évaluer où non sa production, de diffuser le fruit de ses apprentissages au plus grand nombre.

La question du cadre organisationnel demeure. La formation est un processus porté par une institution qui est garante de ce qui s’y produit, de la façon dont les débats sont tenus et dont les rôles se jouent. Une forme de contrôle opère en particulier pour les aspects matériels, les lieux de réunion, les frais de déplacement, le soutien administratif. Pour qu’une telle formation puisse voir le jour, la négociation d’un cadre souple s’avère indispensable entre apprentis innovateurs et institution. Un tel cadre devrait indiquer la visée, le processus suivi la méthode d’émergence du désir collectif choisie mais devrait laisser libre les contenus, les objectifs, l’organisation pratique. Dans cette perspective de l’innovation, le mouvement précède la forme, le geste et le déplacement viennent avant l’intention. C’est l’intuition qui l’emporte. La formation à l’innovation est moins de l’ordre d’un projet institutionnel qui affirme « il nous faut développer des compétences d’innovateurs », mais plus le fait d’apprentis innovateurs qui se disent « il nous faut trouver une institution qui nous soutienne ».

Une telle formation plus basée sur le désir et la rencontre que sur l’objectif et le programme peut-elle voir le jour ?

Programme et désir d’innovation. Ou comment développer des formations à  l’innovation sociale ?

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Sophie Ricci 01/08/2013

Bonjour et merci pour cette synthèse à ma connaissance la plus exhaustive à ce jour !

Je souligne un enjeu plus vaste pour la structure des emplois futurs suite au rapport "Future Work Skills" de l'IFTF - Institute For The Future (relayé en français ici : http://www.zevillage.net/2013/03/27/les-10-competences-qui-seront-necessaires-en-2020/ )

Si vous remarquez, la majorité des compétences relevées dans ce rapport prospectif sur l'emploi sont effectivement celles de l'innovateur. D'où, retournons le raisonnement : un "cadre d'apprentissage" (flexible, je suis d'accord) pour sensibiliser ou "former" à l'innovation, préparerait aussi aux emplois de demain !

C'est effectivement mon point de départ pour produire des éco-systèmes d'activités par le web, qui le permettent. Je m'appuie sur les possibilités multimédia pédagogiques et collaboratives, autant que sur des méthodologies de prospectives pluridisciplinaires (exploration collaborative du futur, pour agir au mieux dès aujourd'hui sur ses enjeux d'avenir les plus importants). Avec bien sûr d'autres sources d'inspiration dans les sciences et les arts (la sérentipité comme vous la définissez : "contexte favorable", "diversité des rencontres", "esthétique des formes", ...)

Je mène ces recherches-actions comme un hobby, en plus de mon métier dans un organisme de formation innovant.
Brainstormings et contacts avec des personnes motivées pour concrétiser des actions tout à fait bienvenus !

Au plaisir de prochains échanges,

Sophie Ricci