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APPRENDRE AUTREMENT

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APPRENDRE AUTREMENT est le blog dédié aux approches innovantes de la formation dans les organisations


Apprendre ensemble pour servir le vivant

Publié par CRISTOL DENIS sur 18 Octobre 2025, 12:18pm

Catégories : #facilitation, #intelligence du vivant

Apprendre ensemble pour servir le vivant

 

Apprendre, un acte collectif

J’ai toujours pensé que l’apprentissage n’était pas une activité solitaire, mais un acte relationnel. On apprend avec les autres, à travers eux, parfois contre eux, mais jamais sans eux. Cette dimension collective me semble fondamentale. Elle rejoint la philosophie africaine Ubuntu : « Je suis parce que nous sommes. »
Dans cette perspective, l’apprentissage entre pairs devient un puissant moteur d’innovation et de motivation. Il repose sur la reconnaissance mutuelle : chacun est détenteur d’un savoir, d’une expérience, d’une sensibilité qui enrichissent le collectif. Quand les relations sont fondées sur une dignité égale, la créativité se déploie et le sentiment d’efficacité collective s’amplifie.


L’expérience du collectif

Mon intérêt pour ces formes d’apprentissage est né d’un voyage au Québec il y a une dizaine d’années. J’y ai découvert des communautés de pratique, des groupes de codéveloppement professionnel, des collectifs de recherche où chacun contribue à la fois en tant qu’apprenant et en tant que formateur. J’y ai compris la puissance des groupes qui acceptent de sacrifier un peu de leur individualisme pour la réussite commune.
Cette expérience a profondément marqué ma manière d’envisager la pédagogie. Elle m’a confirmé que l’apprentissage est avant tout un phénomène social et contextualisé, comme l’avait pressenti Albert Bandura : nous apprenons plus vite et plus durablement quand nous sommes proches les uns des autres, en présence, dans la confiance.


La co-construction comme philosophie éducative

J’ai souvent été frappé de constater combien les dispositifs d’apprentissage sont encore pensés pour les apprenants, et non avec eux. Pourtant, la co-construction est un levier extraordinaire de motivation. Elle s’enracine dans des traditions multiples : le codesign américain, les pratiques démocratiques des pays nordiques, mais aussi le Ringy Show japonais, où les idées sont mûries collectivement avant d’être présentées.
Co-construire, c’est redonner aux apprenants la maîtrise d’usage : ils participent à la conception de la formation, ils s’en sentent responsables, ils en deviennent les co-auteurs. Cela change tout : la formation cesse d’être une prestation, elle devient une expérience partagée.


Du formateur à la posture de facilitateur

Cette approche exige de transformer en profondeur la posture du formateur. Pendant longtemps, j’ai moi-même enseigné en position d’expert, face à un groupe d’apprenants. Mais j’ai compris, au fil des années, que cette posture limite la dynamique d’apprentissage.
Aujourd’hui, je préfère être aux côtés des participants plutôt qu’en face d’eux. J’essaie de créer les conditions d’un apprentissage collectif : un cadre sûr, une écoute active, un espace où la parole circule librement. Le rôle du formateur n’est plus de tout savoir, mais de soutenir le mouvement d’apprentissage. Il devient facilitateur — un mot que je préfère à celui d’enseignant, car il dit bien ce déplacement : il s’agit moins de transmettre que de rendre possible.


Une pédagogie de la force collective

Je vois la pédagogie comme une énergie de groupe. Chaque apprenant apporte sa part, et c’est dans la mise en commun que se crée la connaissance. Dans mes formations, j’invite les participants à inventer leurs propres rituels, leurs propres mots, leur propre culture d’équipe. C’est un processus proche de la création d’un dictionnaire collectif : chacun propose, discute, ajuste, et peu à peu un langage commun émerge.
J’ai décrit dans L’art de la facilitation douze éléments essentiels pour soutenir cette dynamique : la simplicité, l’art de la rencontre, le silence, la vision partagée, le questionnement, l’influence, la codécision, la coanimation, le coapprentissage, le cercle et la présence. Ces éléments ne sont pas des techniques, mais des manières d’être qui donnent au groupe la possibilité de s’autoréguler et de grandir.


Apprendre partout, tout le temps

Une autre conviction forte m’anime : la majorité de nos apprentissages se produit en dehors des cadres formels. Les études montrent que 70 % des apprentissages se font de manière informelle, 20 % par la formation continue et seulement 10 % dans la formation initiale.
Cela oblige à repenser le rôle du formateur : il ne s’agit plus d’enseigner un contenu, mais d’observer les dynamiques d’apprentissage déjà présentes, de proposer des défis, de cultiver la curiosité. C’est une pédagogie de la vigilance : prêter attention à ce qui se passe entre les lignes, entre les gens, entre les moments.


Le dialogue, cœur du collectif

Apprendre ensemble suppose aussi d’apprendre à dialoguer. Le dialogue, tel que l’a défini David Bohm, n’est pas un débat où l’on cherche à avoir raison, mais un espace où l’on cherche à comprendre ensemble.
J’essaie de créer dans mes groupes des temps où la parole circule lentement, où le silence a sa place, où chacun peut être entendu dans sa singularité. C’est dans ces moments suspendus que naissent les intuitions les plus fortes et les transformations les plus profondes.


Réflexivité et apprentissage vivant

Je crois profondément à la réflexivité : la capacité de revenir sur ce que l’on vit pour y déceler du sens. Sans ce retour sur l’expérience, il n’y a pas d’intégration durable. C’est pourquoi j’ai créé des Learning Labs, des espaces où l’on expérimente librement, où l’erreur est non seulement permise mais encouragée.
Apprendre, c’est oser, essayer, échouer, comprendre, recommencer. C’est une recherche-action permanente, proche de la pensée de John Dewey, où le savoir se construit en marchant, dans la friction du réel.


Organisations apprenantes et facilitation

J’encourage aujourd’hui les institutions à devenir de véritables organisations apprenantes. Peter Senge en a défini les cinq disciplines : la pensée systémique, le travail sur les modèles mentaux, la vision partagée, l’apprentissage en équipe et la maîtrise personnelle.
Ces principes me paraissent essentiels pour les universités, les associations ou les entreprises qui veulent évoluer avec leur environnement. La facilitation est le fil qui relie ces disciplines : elle aide à penser ensemble, à agir ensemble, à devenir ensemble.


Apprendre pour le vivant

Enfin, j’insiste sur une dimension qui me semble aujourd’hui incontournable : l’apprentissage au service du vivant.
Nous ne pouvons plus former sans tenir compte de l’état du monde. Apprendre n’est pas seulement acquérir des compétences ; c’est participer à la transformation d’un milieu, à la régénération du lien entre humains et nature.
Former, c’est apprendre à prendre soin : de soi, des autres et de la Terre. Si la formation retrouve cette finalité — nourrir la qualité du vivant —, alors elle redeviendra une source de vitalité et d’espérance.

 

webinaire de présentation du parcours Les essentiels de la facilitation le 22 octobre à 13h https://docs.google.com/forms/d/1qwrJmBN42LrEm8a3F2Z-_2GeJP2rAeXeupx2bKDvaL0/edit 

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