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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

artenreel.jpgLes idées de coopération et de collaboration progressent dans les entreprises. Elles glissent des discours vers les pratiques. Le management matriciel a été projeté dans les organisations sans qu’il y ait parfois d’accompagnement adapté. Tout au plus quelques rares formations pour les chefs de projets ou contributeurs clés isolés qui se trouvaient dés lors bien isolés pour soulever la montagne organisationnelle qu’on leur offrait comme terrain de jeu.

 

La mobilisation des hommes sur des modalités de travail plus transversale que le découpage hiérarchique traditionnel repose sur d’autres approches que la seule note de service ou le séminaire de lancement du projet. Passer en mode projet requiert une implication et une compréhension de tous de ce que signifie ce mode de travail en termes de concessions et de bénéfices à en attendre.

 

Une façon de s’imprégner de ce mode de travail passe par l’exposition à d’autres formes d’apprentissage. En effet, les approches transversales ne peuvent être appréhendées et appropriées que sur un mode co-élaboratif. Se contenter de dire, « travaillez donc différemment, mettez vous ensemble, mutualisez vos savoirs », ne suffit pas pour aller contre des habitudes, en particulier quand il s’agit d’une injonction descendante.

 

Face à l’insuffisance d’un discours velléitaire ou d’un cours de gestion de projet, que faire pour donner à voir la richesse du mode projet ? L’alternative de remplacer les professions d’un maître par l’exposition à une équipe intervenante est prometteuse. Une équipe intervenante présente plusieurs avantages. Tout d’abord, elle offre la possibilité de conjuguer plusieurs talents, savoirs et disciplines. Ensuite, l’équipe intervenante propose dans son intervention un système énergétique plus complexe et plus riche que ne sait proposer un consultant seul, aussi brillant soit-il. Enfin, l’équipe développe une multiplicité de points de vue sur ce qui se passe. Une équipe intervenante est en soi un écosystème relationnel qui donne à voir et à vivre des dynamiques projets  des processus complexes de coopération.

 

L’idée d’équipe intervenante elle-même en interaction et en tension avec une organisation qui se métamorphose rend visible le message même de la transformation en train de se faire. Changer apparaît bien comme une œuvre collective. Le collectif d’intervenants le montre en s’adaptant à des situations inconnues pour lui. S’il est possible d’attendre un tel effet d’une équipe intervenante, c’est parce que cette dernière est porteuse de pratiques, d’apports et de valeurs variées. Dès lors, pour impulser des modes de fonctionnement alternatifs plus collaboratifs quoi de plus logique que de recourir à une équipe porteuse de valeurs, de modalités d’action, de variations, de savoirs mais surtout d’un mode de travail lui-même hautement collaboratif, comme par exemple un collectif d’artistes organisé en   SCOP ? Les SCOP sont une ancienne utopie ouvrière faisant de ses collaborateurs des sociétaires. Par les valeurs d’engagement, de responsabilité individuelle et de soutien mutuel elle est porteuse de ce qui pourrait être l’entreprise de demain. Un des exemples les plus fameux est celui de la coopérative de Mondragon au Pays Basque  (90 000 personnes collaborent à la SCOP) qui inscrit durablement son action dans la volonté de développer un territoire.

 

« Artenréel[1] » est une SCOP particulière qui agrège un collectif d’artistes sous la forme d’équipe d’intervention pour créer avec des organisations publiques ou des entreprises des choses qui n’existent pas. Chaque expérience est un événement unique. Si cette SCOP parvient à faire simultanément converger et diverger des artistes réputés individualistes (plasticien, danseur, conteur, vidéaste, comédien, musicien…), elle sait aussi mettre au service des entreprises ce savoir particulier de travailler ensemble sur des projets innovants.

 

Les interventions agissent sur plusieurs niveaux : le niveau organisationnel, le niveau des émergences créatives et le niveau des relations de confiance. Détaillons les processus enclenchés.

 

Au niveau organisationnel, l’intervention d’une équipe de la SCOP constituée ad hoc en mode projet, elle-même régie par les tensions et valeurs sociétaires qui la traversent offre un méta modèle de référence et d’ancrage possible quant à l’idée de travailler ensemble. L’équipe présente l’exemple d’une auto-organisation et d’une communication en train de se faire au service d’un projet créatif et en cours d’invention.

 

Au niveau des émergences créatives, les différents artistes assemblés en équipe  sont placés dans un environnement nouveau pour eux. La rencontre entre cet environnement structuré et finalisé et  leurs libertés (proposition artistique, nouveaux sens, détournement, utopie, impossibilité) crée des frottements d’objectifs, d’interprétation, de modalité d’action. Les interactions à l’œuvre produisent un effet de sérendipité par lequel il faut comprendre la rencontre du hasard et de l’intelligence. Cet effet est un phénomène caractéristique des réseaux. Cet effet est découvert plus sûrement avec des artistes car leur façon d’interpeller le monde vise d’abord à nous étonner, nous émouvoir, nous déranger. La mobilisation, décomposition-recomposition de symboles, d’images, de mouvements et de matières nous aide à rêver notre futur et pas seulement de l’adapter au présent. C’est bien là toute l’énergie alternative souhaitable pour un projet.

 

Au niveau de la confiance qui s’enclenche, l’exposition à une équipe imprégnée de l’approche coopérative permet de poser de nouvelles bases de travail, car cette équipe par son appartenance sociétaire a déjà fait le chemin de l’adhésion au travail d’un autre que soi. Plusieurs étapes permettent par le jeu de la création réussie ensemble de passer du statut de travailleur isolé, éventuellement méfiant et chargé d’une lourde tâche, à celui de travailleur ouvert et prêt à concéder du temps au collectif.

  1. -          La première étape passe par le renforcement de sa sécurité personnelle. Ce que je fais ici et maintenant ne me met pas en danger
  2. -          La seconde étape est la mise en scène de soi (par exemple par le moyen d’autobiographie raisonnée)
  3. -          La troisième est la création d’un  espace de confiance. Un tel espace se découvre dans les premières ébauches de création, par la sécurisation d’un lieu de dialogue, excluant le jugement
  4. -          La quatrième est la création d’un espace de délibération
  5. -          La cinquième étape est l’introduction de nouveaux acteurs dans le processus et le parrainage par les plus anciens

 

Menée d’une telle façon, l’initiation à la création d’un projet artistique offre cette opportunité d’entrer dans le cycle de la confiance en soi et en l’autre.

 

Ces trois niveaux sont générateurs d’un cadre d’action coopératif. Petit à petit chacun accepte de passer d’une logique collaborative marquée par un investissement individuel sur des tâches pas toujours circonscrites et bien réparties à une logique coopérative repérable par la réalisation d’activités ordonnancées et finalisées. Pour que chacun s’inscrive dans un champ de contraintes non désirés au départ, il doit percevoir qu’il participe au cycle don-contre don théorisé par Marcel Mauss[2]. Il doit personnellement vivre puis comprendre que donner-recevoir-rendre est le socle du travail en commun indispensable dans les organisations fonctionnant sur la base des projets.

 

Coopérer, c'est-à-dire consentir à s’investir librement dans un ensemble de tâches et de contraintes s’apprend donc en en faisant l’expérience concrète. Recourir à un collectif d’artiste porteurs de valeurs coopératives peut être un détour innovant et créatif pour y parvenir.

 



[1] http://artenreel.com/

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Mauss  Lire absolument  Essai sur le don. Forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques(1925),

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