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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

7639138098_392afd0cc1.jpgDans la perspective énactioniste, l'apprenant bâtit sa ses connaissances au fur et à mesure des situations qu’il rencontre. Il apprend  au contact, en se liant, en s’insérant dans un réseau relationnel. Il n’y a pas de connaissances révélées mais des connaissances toujours en construction. Chacun fait son chemin et apprend au fur et à mesure qu’il avance.  Sur le chemin, il croise des difficultés et des facilités. Il évolue dans un écosystème et apprend ou non à s’y diriger. Il s’oriente, se perd, fait des détours. Le premier composant de cet écosystème est constitué des hommes qu’il rencontre. Il déploie alors ses potentialités, se révèle à soi-même au fur et à mesure qu’il s’expose aux autres, à leur avis, à leurs envies, à leur jalousie, à leur conseil, à leur résistance, à leur amour, à toute leurs émotions et intentions. Il apprend de son expérience quand toutes ces rencontres font sens pour lui. Apprendre de son expérience nécessite donc de prendre du recul pour comprendre ce qui se passe dans ces rencontres.

 

La rencontre met en jeu :

-          L’intimité,

-          L’extimité,

-          L’altérité.

 

L’intimité mobilise la part réflexive qui conduit celui qui apprend à s’interroger sur les façons qu’il a der se tenir à côté, au-dessus, ou en face des autres. Ce que cette position provoque chez l’autre et comment cela engendre ou non une action. C’est l’intimité du praticien réflexif (Schon, 1994), qui interroge ses actes. Qu’est-ce que tu as fait ? se dit-il pour corriger les effets

 

L’extimité est l’expression publique de l’intime (Tisseron 2001). C’est le désir de rendre visibles certains aspects de soi jusque-là considérés comme relevant de l'intimité, afin de s’exprimer et d’exister. C’est la part de soi qui se voit hors d’un jeu de rôleou d’une convention. Ce sont les échanges sincères avec l’autre. L’extimité interpelle « Qu’est-ce que tu montres vraiment hors de ta carapace ? »

 

L’altérité exprime l’hospitalité d’idées différentes des siennes. L’accueil de l’inconnu, de l’incongru de ce qui surprend ou de ce qui gêne. L’altérité, c’est la façon d’être en situation, dans un collectif, de s’y mouvoir, de s’y frotter, de subir le pouvoir abrasif de la différence. L’altérité pose la question : « que fais-tu de la différence ? »

 

La rencontre avec l’autre est formatrice car elle provoque ces trois questions :

-          1)  Qu’est-ce que tu as fait ? 

            2) Qu’est-ce que tu montres de toi ?

-           3) Que fais-tu de la différence ?

Ces questions dépassent le seul apport informatif. Elles mobilisent les facultés de discernement. Elles vont au-delà du seul apport informatif d’une situation ou le passage d’une connaissance ou d’un tour de main. Ces questions imbriquent le savoir dans les personnes et les relations qui s’établissent. Ce que produit la rencontre au-delà d’un plus d’information, c’est une mise en reflet de soi avec l’autre qui est un miroir de ses propres comportements, intentions et motivations.

 

En même temps que l’on apprend quelque chose dans la relation à l’autre, selon la qualité de la relation la façon dont les questions résonnent nous transforme. Le savoir possède des attributs identitaires. Le prestige ou la morgue de nos interlocuteurs, leur capacité d’écoute, et d’adaptation, de se mettre à portée en fonction de qui nous sommes et non pas de ce qu’ils sont réduit ou augmente la distance au savoir issue de la rencontre. Le savoir humain outre qu’il s’attache aux qualités et limites d’une rencontre  en termes de temps, confort, opportunité, pertinence possède une dimension spécifique : la distance.

La distance au savoir peut être liée à des paramètres tels que :

 

  •  La distance géographique
  •  La distance sociale : les différences de statu, de place dans la hiérarchie, d’âge
  •  La distance relationnelle : position relationnelle haute (beaucoup d’expression) ou basse (beaucoup d’attention), le protocole et les préséances
  •  La distance en termes d’écart de tempérament, de personnalité, de ressenti émotionnel de l’instant
  •  La distance en termes de valeurs de référence explicites ou implicites
  •  La distance en termes d’intérêts de contenu, de différence de projet ou de visée dans le temps

 

Apprendre d’une rencontre serait essentiel dans une vie professionnelle, car les rencontres parsèment nos vies et constituent d’extraordinaire opportunités d’apprentissage.

Plusieurs conseils pourraient être formulés pour saisir ce potentiel d’apprentissage :

 

  •  Se préparer au pouvoir formateur d’une rencontre en travaillant ses capacités d’ouverture
  •  Se rendre disponible aux rencontres et à leur pouvoir formateur en les acceptant et en les provoquant
  •  Apprendre à observer le pouvoir formateur d’une rencontre et les effets sur soi en développant de la réflexivité

 

Pour conclure l’apprentissage par la rencontre est un levier congruent à l’activité de tous ceux qui sont en contacts avec autrui : formateurs, managers, commerciaux, consultants etc. Par exemple pour un manager, les orientations données à une équipe ou à chacun de ses membres font appels aux qualités relationnelles du manager. Quoi de mieux que développer ces capacités apr l’art de la rencontre ? Par ailleurs l’autorité d’un manager repose sur une marge partie sur son identité sa façon à assumer la responsabilité. La rencontre interpelle cette dernière par la mobilisation de l’intimité (il se questionne sur les effets de ses interactions) , de l’extimité (il se montre sincère pour développer la confiance) et de l’altérité (il se préoccupe de l’autre). Tous ceux qui font profession d’être en relation avec les autres ont donc intérêt à cultiver leur art de la rencontre comme un moyen aisément accessible d’auto-formation, constamment disponible et riche de nouvelles perspectives.

 

Schön, DA. (1994), Le praticien réflexif : À la recherche du savoir caché dans l'agir professionnel, Montréal : Editions Logiques.

TISSERON, S. (2001), L'intimité surexposée. Paris : Ramsay

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