Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

 

 

L-EDUCATION-BUISSONIERE.jpgDans cet ouvrage, Anne Barrère s’intéresse à la façon dont les adolescents s’éduquent eux-mêmes en dehors de tout projet institutionnel. Elle montre comment de nouvelles pratiques sociales,  fondées sur une extension numérique renforcée, sont en train de transformer les conceptions anciennes de l’éducation. Les adolescents apprendraient à partir d’une série d’épreuves et d’excès qu’ils réguleraient pour cheminer vers leur singularité.

L’introduction présente de nombreuses interrogations. Il est d’abord question de  la socialisation des générations qui poursuit son œuvre mais en faisant une place croissante à des différences et des compromis plus qu’à des normes univoques. Il est ensuite fait mention de la mutation de la culture scolaire qui se définit moins par la préservation d’un passé que par des futurs à inventer. Pour finir l’interrogation centrale porte sur l’articulation entre modèle d’individu et projet de société.

Cinq chapitres étayent la thèse d’un âge adolescent qui se construit en échappant au mythe scolaire de la réalisation de soi, et cela de façon buissonnière. Le premier chapitre pose la question de la nouvelle question éducative. Cette éducation n’est plus uniquement constituée des épreuves scolaires où le sérieux et la discipline tenaient lieu d’indicateurs de réussite, mais d’épreuves et d’exposition à d’autres rites de passage. Le métier d’élève et la norme scolaire, pour partie vidée de sa substance, ne sont plus les seules références. Les activités électives au sein de groupes de pairs proposent de nouveaux défis. Les loisirs organisés, en dehors de l’école, l’exploration du monde à l’aide d’internet constituent les  configurations de nouveaux apprentissages. C’est dans ces espaces que se jouent un programme éducatif alternatif à l’école qui segmente les temps sociaux, subit les effets de mode d’une offre culturelle de masse, connait aussi des progressions dans le temps, autorise des apprentissages informels et rencontre parfois des évaluations.

Le deuxième chapitre expose le rapport aux excès. Cette exposition est rendue d’autant plus facile que les produits technologiques limitent toute possibilité de barrage ou de réserve. Il en résulte une possibilité d’activité, de poly-activité voire même de suractivité. Activités organisées et pratiques amateurs s’entremêlent et ouvrent sur de nombreuses possibilités. L’enquête menée par Anne Barrère dans des collèges et lycées montre des adolescents oscillant entre dépendance aux institutions scolaires et addiction à de nouveaux modes de communication et de consommation. La démesure stylistique, les prises de conscience rétroactives, la façon de gérer le trop constituent les éléments d’apprentissage d’une régulation vécue seul ou avec le groupe de pairs.

Le troisième chapitre met en perspective l’idée d’intensité. L’exposition à une variété de stimulations, à une injonction sociale à l’engagement conduirait à la recherche d’intensité. Cette intensité donne un sentiment fort d’exister. Il s’agit d’une quête permanente de l’expérience optimale, d’une mise à distance de l’ennui et de la routine (le plus souvent scolaire), de l’utilisation d’un surplus d’énergie. Les activités qui maintiennent l’intensité sont recherchées. À cet égard, de nouvelles activités individuelles émergent avec les moyens technologiques qui répondent à ce besoin. Mais cette recherche s’accompagne aussi d’un turn-over dans les activités formelles ou de l’entretien de l’intensité par des ambiances collectives. L’écart entre routine scolaire et recherche d’intensité s’exprime alors par le manque de concentration, le désintérêt et les efforts des enseignants pour envisager autrement leur cours, métisser culture académique et  culture de l’industrie culturelle ou redéfinir leur métier.

Le quatrième chapitre traite  du défi de la singularité et de la contradiction existant entre culture de masse et recherche individuelle de singularité. La formule « le narcissisme de la petite différence » répondrait aux discours normatifs d’être soi, de se réaliser, qui finissent par créer des modèles. L’expression de la singularité est donc l’épreuve qui permet de se confronter à la standardisation. « L’école pour tous » ne produit pas les mêmes types de singularités, de même que la consommation d’habits ou d’objets encourage la différence. Sur les deux sujets, les adolescents semblent s’opposer à une « fabrication standardisée ». Selon l’enquête de terrain de l’auteur, l’unité normative est mise en tension entre désirs d’appartenance et d’affirmation personnelle. La pression des groupes se fait sentir soit au niveau du groupe d’amis qui tend à protéger ou du groupe large qui tend à véhiculer références et jugements critiques. Les conflits normatifs ne sont pas sans laisser de trace dans la construction identitaire. L’expression de la singularité s’exprime par le choix de la différence, celui de l’authenticité, celui de l’expression et de la création, ou encore celui de la compétition. Le groupe de pairs apparaît jouer un rôle dans l’expression des singularités. Il pousse à cette singularité, chacun étant à la fois classeur et classé.

Le cinquième chapitre met l’accent sur le cheminement. Il s’agit là encore d’une épreuve éducative. Celle-ci est particulièrement marquée par la confrontation entre le rêve diffus, lointain et les demandes adultes en termes orientation, de choix d’engagements. Les représentations de l’avenir et « l’obligation de projet » constituent une épreuve, celle du deuil des rêves. Parfois, les activités périscolaires permettent d’articuler rêve et projet. Mais, l’expression des projets obéit aux contraintes sociales perçues. C’est ainsi que peuvent coexister un projet conforme aux attendus de l’institution scolaire et une trajectoire véritablement désirée. Le cheminement est le travail qui permet de s’extraire de la situation ou l’espérance s’aligne sur les chances objectives et donc sur les positionnements sociaux initiaux. Le cheminement a partie liée avec les activités électives, lesquelles occupent une place croissante. Ces activités reçoivent des confirmations ou font face à des obstacles. Il s’agit alors de se confronter à ses doutes et de résister aux réprobations des autres. Si l’on voit les adolescents se développer dans une sphère d’autonomie qu’ils préservent du regard adulte, on voit encore comment les activités électives des adolescents contribuent à les socialiser. Les pratiques sportives, musicales ou périscolaires contribuent à enrichir un curriculum alternatif. Les savoirs scolaires sont mis en tension avec des apprentissages informels et malgré l’effort des enseignants l’ennui scolaire est toujours présent. Tout se passe dans l’enquête de Barrère comme si, aujourd’hui plus qu’hier les adolescents souhaitaient éprouver leurs idéaux et leur force de caractère à l’extérieur des institutions traditionnelles. Ce qui est essentiel dans cet ouvrage c’est l’ouverture sur l’idée d’épreuves éducatives que sont aussi amenés à franchir les adultes dans des entreprises en pleine mutation.

Une phrase sur les liens possibles avec les problématiques qui se posent en formation d’adultes ?

 

Le bonus l'éducation à la Française des DESCHIENS (2')

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article